Il paraît que l’été est une saison.

David Hockney nous aura passé sa vie à démontrer que c’est surtout une façon de regarder le monde. Lorsque la nouvelle de sa disparition est tombée, une évidence s’est imposée : cette couverture ne pouvait appartenir à personne d’autre. Parce que, depuis son départ vers d’autres lumières, on ne voit décidément plus la mort en peinture.

Hockney avait ce pouvoir rare de transformer une simple éclaboussure en œuvre d’art, une piscine en icône, un arbre en fleurs en feu d’artifice. Il peignait la lumière avec une telle générosité qu’on finissait par croire qu’elle ne s’éteindrait jamais. Et pourtant.

À 88 ans, le peintre britannique tire sa révérence. Il nous laisse des bleus dans lesquels continuer à noyer notre chagrin, des printemps qui refuseront obstinément de faner et une leçon devenue presque révolutionnaire : ralentir. Regarder. S’émerveiller.

À l’heure où tout défile, où l’on collectionne les images plus vite qu’on ne les contemple, son œuvre agit comme un rappel à l’ordre. Lever les yeux reste sans doute l’un des gestes les plus subversifs de notre époque.

Ce numéro d’été lui est entièrement dédié en couverture. Non par nostalgie, mais par gratitude. Parce que certaines œuvres ne vieillissent pas ; elles continuent simplement de nous apprendre à voir.

Le reste de ce magazine vous emmènera, comme toujours, d’une table à une exposition, d’un hôtel à une rencontre, d’une terrasse à une escapade. Des kilomètres, des saveurs, des visages, des idées. Mais un même fil rouge traverse chacune de ces pages : celui de l’émerveillement.

Au fond, c’est peut-être cela, l’héritage de David Hockney. Nous rappeler que le plus beau voyage commence souvent par un regard.

Bel été à vous tous. Et n’oubliez pas de lever les yeux.

Mina Sidi Ali

Dans ce numéro