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Mawu-Sika de Steven Af plonge dans l’univers des Nana Benz du Togo, entre héritage familial et pouvoir économique féminin (c) DR

Pendant longtemps, l’Afrique a été racontée, cadrée, commentée, parfois même sous-titrée par les autres. À Lausanne, depuis vingt ans, elle récupère la caméra. Du 13 au 16 août, le Festival cinémas d’Afrique (FCAL) souffle ses 20 bougies avec près de 60 films et une idée qui n’a pas pris une ride : changer celui qui tient l’objectif change forcément l’histoire. 

En 2006, le constat tient presque du mauvais gag : chercher les cinémas africains sur les écrans suisses revient à chercher le Sahara sous la pluie! Une bande d’amis décide donc d’arrêter d’attendre l’invitation et pose ses propres fauteuils.

Les Nana Benz du Togo (c) Arnold Anani

Vingt ans plus tard, près de 900 films ont traversé les écrans lausannois. Pas mal pour ce qui était au départ une histoire de passionnés décidés à ouvrir une fenêtre là où le paysage culturel avait curieusement laissé un mur.

Car le problème commence peut-être avec ce fameux singulier : « l’Afrique ». Un mot immense dans lequel on voudrait parfois faire tenir 54 pays, des milliers de langues, des mémoires, des diasporas et quelques milliards de nuances. Le FCAL préfère le pluriel. Celui des regards, des territoires, des esthétiques et surtout des histoires.

Son Panorama aligne cette année 43 œuvres récentes venues de 27 pays : fiction, documentaire, animation, expérimental… aucun genre n’obtient le monopole du bon goût. Le seul videur à l’entrée s’appelle qualité.

Prière de laisser les clichés au vestiaire
Ici, pas d’Afrique-safari sous filtre sépia. Pas de continent transformé en éternel dossier humanitaire. Encore moins de jolies cases « diversité » cochées au stabilo pour se donner bonne conscience.

Le cinéma reprend quelque chose de beaucoup plus précieux : le droit au hors-champ. Celui d’être drôle sans devoir être folklorique. Politique sans devenir démonstratif. Tendre, chaotique, queer, violent, amoureux, urbain, ancestral, ultra-contemporain. Bref, humain. Le Festival défend depuis vingt ans cette multiplicité des récits et refuse les représentations réductrices qui ont longtemps enfermé le continent dans des scénarios écrits ailleurs. Et pour cette édition anniversaire, le voyage est particulièrement bien monté.

Mawu-Sika plonge dans l’univers des Nana Benz du Togo, entre héritage familial et pouvoir économique féminin (c) DR

Le Togo prend le premier rôle avec un focus réunissant notamment Mawu-Sika, Cent Douze et Abalo & Afi. Le Burkina Faso, lui, rembobine plusieurs décennies d’histoire avec Traversée du cinéma Burkinabé : mémoire, résistance et modernité. Pas une rétrospective poussiéreuse sous naphtaline : plutôt une façon de rappeler combien le pays occupe une place centrale dans l’histoire du cinéma africain. 

Alger voit la vie en violet
Et puis il y a Alea Jacarandas. Forcément, celui-là nous cueille un peu plus près du cœur. Hassen Ferhani filme Alger dans le sillage de son père, Ameziane, écrivain habité par ces fameux arbres violets. Au fil de cette chasse aux jacarandas, la ville effeuille ses souvenirs : un quartier, une rue, une présence, une absence. La caméra se glisse entre filiation, transmission et amour, jusqu’à faire de la beauté bien plus qu’un joli plan : une forme douce de résistance.

Hassen Ferhani parcourt Alger sur les traces de son père dans Alea Jacarandas (c) DR

La mémoire ressemble finalement beaucoup aux jacarandas : elle perd parfois ses fleurs, jamais vraiment ses racines.

Le générique finit, la fête commence
Parce que rester sagement vissé à son fauteuil pendant quatre jours manquerait sérieusement de mouvement, le FCAL fait joyeusement déborder le cinéma hors de l’écran.

Le 14 août, Nana Benz du Togo monte le son avant que Spice & Curls ne récupère les platines. Le lendemain, Christian Mukuna débarque avec Et si c’était le dernier ?, présenté pour la première fois à Lausanne, précédé de Mamari. DJ sets, tables rondes, studio photo et séances jeune public viennent joyeusement déranger l’idée selon laquelle un festival de cinéma devrait obligatoirement parler à voix basse. 

Et puis il y a cette affiche. Une simple chaise rouge en plastique. Celle du café, de la cour, du mariage, du salon improvisé sur le trottoir. Celle qu’on tire pour quelqu’un en disant : assieds-toi.

Créée par Antoine Brack du Studio LA, elle symbolise l’hospitalité et le partage. Difficile d’imaginer meilleur générique pour ces vingt années. Une chaise. Un écran. Des histoires. Et enfin, ceux qui les vivent derrière la caméra.

Festival cinémas d’Afrique Lausanne
13–16 août 2026
Casino de Montbenon, Lausanne

cinemasdafrique.ch