De l’Eglise à la tente, de l’hiver à la lumière

Alexander Shelley dirige la 5ème de Beethoven

© Raphael Faux

Alors que l’Europe vit des canicules à répétition, il fait bon prendre le frais sur l’Oberland bernois, le temps aussi d’écouter quelques concerts proposés par le Menuhin Festival. Entre trio, ténor, concerto pour violon et symphonie, retours sur deux concerts là-haut sur la montagne.

Voyage emphatique
Une église emplie de fresques suivant un parcours, celui de Marie, quoi de mieux pour un autre voyage, celui d’hiver de Schubert. Dans le temple évangélique aux allures de chapellede Zwisimmen a été donné un élégiaque Winterreise, dans un format différent –Roloaded– qui fait du bien : un trio à la place du piano solo, un ténor à la place du baryton, même si l’on adore les versions avec Dietrich Fischer-Diskau ! Le chanteur Daniel Behle a arrangé la partition pour l’occasion, où l’arrivée des cordes (violon et violoncelle) rend le voyage intérieur encore plus intense et les paysages sonores plus tangibles, par touches délicates. Parmi la vingtaine d’airs joués ce soir-là, on pourrait relever le « Rückblick » (n°8) staccato à l’impeccable prononciation et au rythme enlevé, le « Wasserflut » (n°6) allant crescendo, à fleur de peau, mélancolique, sombre, presque grave. La soirée a débuté avec un « Gute Nacht » tout en douceur, presque chuchoté, avec beaucoup de maîtrise. C’est peut-être là que le bât blesse : si la présence scénique et vocale du ténor est incontestable, la maîtrise annihile parfois le charme, la nonchalance que pourrait permettre une partition romantique. Mais il est bien accompagné par Olivier Schnyder au piano, Benjamin Nyffenegger au violoncelle et Andreas Janke au violon.

© Raphael Faux

Symphonie énergique
Le lendemain a marqué une étape importante pour le directeur artistique du Festival Daniel Hope, puisqu’il a joué le Concerto pour violon d’Edward Elgar, un monument de 50 minutes très exigeant, accompagné par l’orchestre du Menuhin. Un défi autant physique que mental, d’ailleurs relevé par Yehudi à l’âge de 16 ans, dans une version gravée chez EMI, avec à la direction… Edward Elgar ! Par moments expressif, à d’autres plus doux, mais à chaque fois dans une maîtrise virtuose, le violoniste a livré une version sans faute. Après la pause, le maestro Alexander Shelley n’a pas laissé les applaudissements d’entrée se terminer pour démarrer la 5èmesymphonie de Beethoven. Sans attendre, il imprime une battue rapide qui donne une lecture énergique à cette partition si connue. Certains pupitres sonnent comme des percussions. On sent l’allant, le flux, la ligne, comme quatre mouvements emmenés d’une seule traite, en un cycle rapide. Altier, élégant, le maestro imprime sa marque et marque les esprits. Dans le premier mouvement, on entend et voit les cordes se succéder dans une vague de gauche (violoncelles) à droite (premiers violons). A peine le temps de souffler, l’orchestre passe au deuxième mouvement frappé de timbales sèches (très adaptées pour l’époque), laissant cordes et vents dialoguer. Au troisième, les attaques des cuivres sont presque violentes à force de rugir, renforçant le crescendo qui conduit à l’ouverture triomphal du dernier mouvement. Cordes et cuivres se répondent dans l’esprit d’une concorde aux airs de réconciliation. Orchestre et maestro ont fait de cette symphonie une chevauchée de l’ombre vers la lumière.

© Raphael Faux

Menuhin Festival Gstaad
Jusqu’au 5 septembre 2026

www.menuhin.ch