L’air de rien, Saint Laurent signe l’été

Un sac posé sur une chaise, la mer en toile de fond. Certaines natures mortes respirent davantage que des villes entières (c) Saint Laurent

Et si le plus beau vêtement de l’été n’était ni une robe, ni un maillot, mais une sensation ? Avec Respiro, Anthony Vaccarello signe pour Saint Laurent une campagne où le vent habille les silhouettes, le soleil écrit les dialogues et la mer orchestre la scénographie. Une collection qui ne vend pas la mode, mais cet instant suspendu où le temps retire ses chaussures… et marche enfin pieds nus.

Les campagnes de mode ont souvent un défaut : elles cherchent à faire rêver avec tellement d’application qu’elles finissent par ressembler à un rêve sous contrôle. Chaque mèche est disciplinée, chaque rayon de soleil négocié, chaque émotion repassée avant d’être photographiée. Respiro prend le contre-pied de cette obsession du parfait. Ou plutôt, elle réussit le luxe suprême : faire croire que la perfection n’a jamais essayé de l’être.

Allongée entre le sel et la lumière, l’été ressemble soudain à une matière que l’on pourrait enfiler (c) Saint Laurent

Le mot signifie « respiration » en italien. Impossible de trouver un titre plus juste. Cette campagne ne crie jamais. Elle inspire. Elle expire. Elle laisse de l’espace entre les images comme on laisse de l’espace entre deux vagues. Pour une maison qui a bâti son histoire sur le noir, la tension et le désir, Saint Laurent signe peut-être ici son exercice le plus lumineux.

Sous l’objectif d’Henrik Purienne, l’été cesse d’être une saison pour devenir une texture. On entend presque les galets rouler sous les pieds, le vent froisser une chemise ouverte, la mer déposer une fine pellicule de sel sur la peau. Les photographies possèdent ce grain légèrement imparfait des appareils photo jetables que l’on glissait autrefois dans une valise. Ceux que l’on retrouvait au retour, avec des clichés parfois flous, souvent bancals, mais toujours infiniment plus vrais que n’importe quel filtre.

Entre ombre et lumière, Saint Laurent rappelle que le plus beau reflet n’est pas toujours celui du miroir, mais celui d’un instant qui suspend le temps (c) Saint Laurent

Et c’est précisément là que Respiro frappe fort. La campagne ne donne pas l’impression d’avoir été produite. Elle semble avoir été retrouvée. Comme une boîte remplie de souvenirs oubliés dans un grenier de la Riviera. Chaque image ressemble à une réminiscence plutôt qu’à une publicité. On ne regarde plus des mannequins ; on espionne des fragments de vacances qui auraient pu être les nôtres.

Anthony Vaccarello ne dessine plus seulement des silhouettes. Il orchestre des atmosphères. Les vêtements dialoguent avec le paysage au lieu de lui voler la vedette. Une robe glisse comme une vague sur la peau. Un débardeur blanc devient aussi iconique qu’un bronzage de fin août. Le cuir, signature historique de la Maison, perd toute rigidité et semble lui aussi avoir pris quelques jours de congé. Même les sacs Loulou et Panier, revisités en raphia et matières naturelles, paraissent avoir troqué les pavés parisiens contre les criques méditerranéennes.

Le soleil, les galets et deux silhouettes qui prouvent qu’un été bien habillé n’a jamais besoin d’en faire trop (c) Saint Laurent

Le plus brillant reste sans doute cette capacité à vendre une émotion avant de vendre un produit. On ne se surprend pas à vouloir absolument cette robe, ce sac ou ces lunettes. On rêve plutôt de cette lumière de fin de journée, de cette peau chauffée par le soleil, de ce temps qui ralentit enfin. Les vêtements deviennent presque secondaires. Ils ne sont plus les héros de l’histoire ; ils en sont la bande-son silencieuse.

Au fond, Anthony Vaccarello ne vend pas une collection printemps-été 2027. Il remet le sable à l’heure, le vent au centre de la conversation et la lenteur sur le devant de la scène. Et dans un monde qui court après chaque seconde, cette campagne accomplit peut-être le geste le plus subversif de la saison : elle nous donne envie de poser notre téléphone… pour regarder la mer.

Les talons prennent le guidon. La dolce vita, elle, s’occupe du reste (c) Saint Laurent

Saint Laurent
Respiro – Printemps-Été 2027

Direction artistique : Anthony Vaccarello
Photographe : Henrik Purienne

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