Les frissons de l’Arctique
En Zodiac, cap sur les paysages bruts de l’Arctique, entre montagnes minérales, eaux miroir et icebergs © Bernard Pichon
Alternative bienvenue aux « villes flottantes » souvent décriées, les bateaux à taille humaine et à vocation plus culturelle attirent un nombre restreint de voyageurs au long cours
Face à la démesure des glaces, le Zodiac donne soudain une toute petite idée de l’échelle humaine. © Bernard Pichon
Depuis un bon quart de siècle, le terme galvaudé de « croisière d’expédition » est encore utilisé pour attirer les foules sur de clinquants parcs d’attraction flottants. Pour Christian Kempf – géographe et auteur prolifique d’une trentaine d’ouvrages sur les Pôles et les destinations exotiques – le spectacle a toujours été celui de la banquise et des icebergs, la musique celle du silence ou des cris de goélands, à mille lieues des discothèques et casinos embarqués. Cet insatiable bourlingueur a fondé et préside Grands Espaces, compagnie qui affiche ses engagements environnementaux depuis plus d’un demi-siècle :
Christian Kempf, fondateur et président de Grands Espaces, à bord du MV Discover, avec le Grand Nord pour horizon © Bernard Pichon
Explorer
Affrété par cette société, le MV Discover a été construit en 1989, en Finlande. Il parcourt depuis des décennies certaines des eaux les plus reculées du monde. Mesurant 108 m de long avec 1 maître-bau d’environ 15,5 m, spécialement conçu pour l’expédition, il est doté d’une coque renforcée pour affronter les glaces.Sa manœuvrabilité lui permet d’accéder à des mouillages inaccessibles aux paquebots. Au fil des années, il a navigué sous plusieurs pavillons avant de rejoindre sa flotte actuelle, transportant des générations de curieux accompagnés de guides francophones qualifiés – géologues, ethnologues, photographes animaliers – dont les commentaires et les conférences enrichissent chaque périple.
Explorateur, pas « touriste »
Pour les vacanciers exigeants cherchant à fuir coûte que coûte la saturation touristique, s’inscrire dans la foulée des découvreurs est un fantasme de plus en plus tendance. Le rêve semble se concrétiser dès que l’on monte à bord d’un navire dont la machinerie et les équipements ramènent à ces romanesques péripéties. Il y a actuellement un boom dans la construction de ces bâtiments bien équipés, de taille plutôt modeste (souvent moins de 50 passagers).
Le MV Discover au cœur des glaces : un navire d’expédition taillé pour s’aventurer là où les grands paquebots ne passent pas © Bernard Pichon
Confort
Alors, on dort dans la soute à charbon ? Pas vraiment. Jouer au viking n’implique plus de claquer des dents sous une fourrure humide. Les cabines sont conçues comme les chambres d’un hôtel étoilé, et les mets du restaurant n’ont rien à envier aux bonnes tables de terre ferme.
Le grand frisson du découvreur, c’est en confiant son destin aux bondissants Zodiacs qu’on l’éprouve. Dument équipé, on va alors louvoyer d’un iceberg à l’autre, guetter les cétacés ou photographier l’ours polaire au plus près de sa banquise. Émotion garantie.
À bord du MV Discover : pont extérieur, salon panoramique et Zodiacs prêts à larguer les amarres pour l’aventure. © Bernard Pichon
Improvisation
Libéré des itinéraires calibrés comme papier à musique, le capitaine se soumet ponctuellement aux humeurs – voire aux caprices – de la météo et aux opportunités offertes par Dame Nature. Il n’hésite pas à se réorienter vers une zone abritée, se détourner pour observer les oiseaux et les mammifères marins…autant de diversions dont chaque passager tirera le bilan au terme d’un périple riche en surprises et imprévus.
Rencontre avec le seigneur des lieux : l’ours polaire, observé au plus près de son territoire arctique. © Bernard Pichon
Finalement, n’est-ce pas cela, l’esprit du voyage ?
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