La montagne, ça vous gagne
Hervé Boissière (c) Denis Rouvre
Besoin de changer d’air, de voir plus loin et penser à demain ? Prenez une bonne dose d’Hervé Boissière chez l’apothicaire.Grâce à ses formules, le co-directeur du Verbier Festival a donné de nouvelles impulsions, avec des projets en Chine, accompagné une nouvelle salle de concerts et mis en place une expérience revisitée. N’avait-il pas déclaré, au moment d’entrer en fonction, vouloir « donner les moyens des ambitions artistiques » ? Fondateur de la plateforme medici et du label naïve classique, ancien directeur de la chaîne MEZZO, Hervé Boissière co-dirige le festival alpin depuis 2024, aux côtés de son fondateur, Martin Engstroem. Entretien face aux Combins.
C’est votre troisième année au Verbier Festival. Vous avez très vite apporté de nouvelles idées avec une vraie présence en station, des conférences et une expérience spectateur renouvelée. Quels sont les retours ?
Très positifs ! Cela était attendu depuis quelques années. On n’a pas fait la révolution, mais procédé par une mise à jour, assez rapidement et facilement. C’est le cumul de petites touches qui donne une belle image d’ensemble. Il s’agissait de traduire plus concrètement l’ADN du festival, par exemple en rendant plus concrets les nombreux enregistrements de concerts sur plateforme. Ainsi, on an mis en place cette année le juke-box, où le public peut se rendre et vivre la musique physiquement incarnée. Plus largement, une journée à Verbier, c’est juste génial, avec une randonnée accompagnée d’artistes, une conférence avec des professionnels, des concerts en salle et des improvisations dans des lieux inédits. On an mis deux ans pour mettre tout ceci en musique, cela coûte un peu, mais le résultat est là, et on a atteint le niveau souhaité. D’ailleurs, en 2025, les ventes ont augmenté de 25 %.
Le Verbier festival © SilviaLaurent
Parlons des artistes : beaucoup de célébrités viennent depuis longtemps au Festival Quels jeunes artistes sont votre coup de cœur cette année ?
Au concert d’ouverture, la violoniste Amira Abouzahra a fait sensation. C’est un véritable talent qu’on a envie de voir continuer. D’ailleurs, je remarque que beaucoup de jeunes pianistes émergent, pas mais assez de violonistes. Je profite aussi pour saluer ici le rôle de l’Acadamy, qui a constitué avec les années une véritable famille de talents. Je citerais par exemple Kirill Gerstein, Timothy Ridout, Adèle Charvet.
Un projet de Centre Culturel a été dévoilé l’année dernière, dessiné par Kengo Kuma. Il prévoit pour 2031 une salle de 800 places au cœur de la station. Où en est le processus ?
On va franchir une grosse étape, avec la mise à l’enquête publique début octobre. La commune Val de Bagnes a proposé un superbe terrain pour ce projet qui prévoit une salle de concert, de studios de pratique mais aussi de galerie d’art et de site pour les congrès. On parle d’ici d’un site majeur qui serait ouvert toute l’année. Au terme du processus, la population sera sûrement appelée à se prononcer. D’ici là, on rencontre les acteurs de la région et on essaie de comprendre les attentespour mieux y répondre. Parallèlement, des recours sont évidemment possibles. Mais vous savez, un tel projet servirait plusieurs générations, donc si ça prend du temps, ce n’est pas si grave. Quoiqu’il en soit, je sens un très grand enthousiasme de la population, qui vit ici à l’année et se réjouit du projet. Si on voulait résumer, on pourrait dire que c’est un peu l’histoire de la poule et de l’œuf : aux personnes sceptiques, je dirais qu’un tel centre créerait une offre très attirante à même d’attirer une nouvelle demande pour Verbier.
Le Verbier Festival est parti cette année à Shenzen en Chine. En lien avec ce projet, vous avez déclaré dans 24 Heures (28.11.2025) que « la Chine le Japon et la Corée sont les marchés sont plus ouverts ». Qu’entendez-vous par là ?
Le Japon a développé la musique classique depuis plus de 50 ans, avec des formations comme l’orchestre de la radio-télévision publique nationale NHK. Plusieurs artistes européens sont venus dès les débuts, par exemple Maurice André. On sent dans le public une culture déjà bien implantée. En Chine et au Corée du Sud, cela est plus récent, moins de 40 ans, et cela s’en ressent. Cette musique touche les jeunes générations, touchées par ce répertoire. On pourrait parler d’un simple décalage temporel finalement. La Chine a construit beaucoup d’infrastructures et de salles, mais il reste à mettre sur pied des orchestres. Vous savez, ce pays est très en avance en termes de technologie, mais témoigne d’un grand respect pour l’art classique occidental. Notre démarche consiste donc à aller les voir, faire connaissance, et leur proposer quelque chose. Il s’agit d’un vrai dialogue, puisque des artistes et des publics viennent ensuite à Verbier pour la musique, peut-être aussi pour nos paysages de montagne [sourire].