
Go Out! n°140
Pour cette cover de mai, Go Out! a choisi le visage de Setsuko, la petite fille dans Le Tombeau des lucioles. Oui, ce dessin-là! Cette petite silhouette devenue l’un des plus grands séismes émotionnels du dessin animé. Une enfant minuscule devenue gigantesque dans l’histoire du cinéma. Une silhouette qui tient presque debout avec du silence, trois grains de riz et une luciole au bord des paupières.
Choisir cette image aujourd’hui n’avait rien d’anodin. Parce qu’on vit dans un monde où tout brûle vite : l’attention, les nerfs, les forêts, parfois même l’empathie. Une époque qui transforme les tragédies en notifications push et les émotions en contenu recyclable. Alors remettre Setsuko en couverture ressemblait presque à une manière de ralentir le vacarme. De rappeler que derrière les chiffres, les conflits et les discours géopolitiques, il reste toujours des visages. Des enfances. Des fragilités.
Et puis Isao Takahata avait ce génie rare : parler de la guerre sans fabriquer de spectacle. Chez lui, les bombes ne faisaient pas de cinéma. Elles laissaient surtout des boîtes à bonbons vides et des silences trop lourds pour des épaules d’enfants.
Ce qu’on aime aussi dans cette cover, c’est son étrange douceur. Ce personnage semble fragile, mais il possède cette puissance discrète des êtres qui continuent malgré tout. Un peu comme les lucioles finalement : ça n’éclaire presque rien… et pourtant on regarde encore.
Cette couverture fait aussi écho à l’exposition consacrée à Isao Takahata présentée au mudac, à découvrir jusqu’au au 27 septembre 2026. Une plongée sensible dans l’univers du cofondateur du Studio Ghibli, où dessins, storyboards et fragments d’enfance dialoguent avec l’histoire, la mémoire et cette poésie fragile que l’époque oublie parfois de regarder.
Chez Go Out!, on croit profondément que la culture sert aussi à ça. À remettre un peu d’âme dans une époque qui confond parfois vitesse et profondeur. À nous rappeler qu’un dessin peut être plus politique qu’un débat télé, plus bouleversant qu’un discours, plus durable qu’un buzz de six heures.
Et quelque part, c’est rassurant de penser qu’au milieu du vacarme mondial, il existe encore des œuvres capables de nous faire pleurer… avec simplement un regard dessiné. Comme quoi, même les traits les plus fins peuvent laisser les cicatrices les plus profondes.






