Cindy Van Acker transforme Xenakis en paysage sensoriel

Pléïades, in absentia au Pavillon ADC (c) DR

Il est des œuvres qui ne se laissent pas approcher frontalement, mais qui se traversent comme des territoires physiques. Pléïades, partition majeure de Iannis Xenakis, appartient à cette famille rare : une architecture sonore plus qu’une composition, un système de forces où le rythme semble autant relever de la géologie que de la musique. À aller expérimenter du 27 au 31 mai à l’ADC. 

Avec Pléïades, in absentia, présentée au Pavillon ADC du 27 au 31 mai 2026, Cindy Van Acker poursuit son exploration d’un langage chorégraphique où le corps ne représente pas, mais entre en résonance. Ici, la pièce ne met pas en scène une musique : elle s’y expose, s’y laisse traverser, jusqu’à en devenir un prolongement sensible.

Réunissant cinq danseuses et six percussionnistes de l’ensemble Eklekto, dirigés par Dorian Fretto, le projet efface les hiérarchies habituelles entre son et mouvement. Aucun élément ne domine. Tout circule. Tout s’accorde dans un même régime de vibration.

Xenakis : une écriture du monde
Compositeur de l’extrême rigueur et de l’intuition physique, Xenakis a développé une écriture fondée sur les mathématiques, les probabilités et les phénomènes naturels. Ses partitions, souvent tracées sur papier millimétré, cherchent moins à raconter qu’à produire des états : nuages de sons, masses en déplacement, turbulences organisées.

Pléïades (1978), écrite pour six percussionnistes et un vaste ensemble instrumental incluant le fameux sixxen, condense cette pensée du sonore comme matière en tension. L’œuvre repose sur quatre grandes sections — Claviers, Peaux, Métaux et Mélanges — qui peuvent se combiner ou se permuter, comme des blocs énergétiques en recomposition permanente.

Le corps comme surface d’écoute
Dans la lecture que propose Cindy Van Acker, cette matière sonore ne sert pas de cadre : elle devient environnement. Sa danse, connue pour sa précision quasi géométrique, sa lenteur active et son économie radicale du geste, s’inscrit ici dans une écoute élargie du plateau.

Le mouvement ne s’oppose pas au son, il en épouse les tensions invisibles. Les interprètes semblent moins danser qu’habiter un champ vibratoire instable, où chaque percussion agit comme une variation de gravité.

Une disparition du centre
Le titre in absentia ouvre une ligne de fuite : celle d’une présence qui ne se fixe jamais tout à fait. Le centre s’efface, non pour créer un vide, mais pour multiplier les points d’écoute. Rien n’est frontal. Tout est périphérique, diffus, en circulation.

Dans cet espace élargi, la scène devient moins un lieu qu’un système perceptif. Le regard du spectateur lui-même est déplacé, décentré, rendu poreux à ce qui advient.

Une expérience de perception
On ne vient pas ici chercher un récit, mais une expérience de transformation lente du regard et de l’écoute. La pièce s’inscrit dans cette zone rare où la chorégraphie ne décrit plus le mouvement, mais le rend sensible comme phénomène.

Entre rigueur et dérive, structure et instabilité, Pléïades, in absentia compose un espace où la perception devient l’enjeu principal. Une expérience qui ne s’impose pas, mais qui agit — discrètement, profondément — sur la manière même de sentir.

Pléïades, in absentia au Pavillon ADC du 27 au 31 mai 2026
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