Stella réveille H&M
Entre maillot sculptural, trench jeté à la volée et escarpins assassins, Stella transforme une prairie en front row sauvage (c) DR
Vingt ans après leur première collision mode, Stella McCartney et H&M remettent le couvert. Mais cette fois, il ne s’agit plus simplement d’une collaboration nostalgique destinée à faire trembler les files d’attente et exploser les paniers virtuels. Non. Cette collection ressemble davantage à une conversation entre passé et présent. Une archive qui aurait appris à danser avec son époque.
Oversized shirts, trenchs qui balayent le sol avec l’assurance d’une diva en retard, tailoring affûté comme une réplique bien placée, robes maille nervurées, imprimés bijoutés, slogans assumés… Stella McCartney replonge dans ses signatures avec la désinvolture chic de quelqu’un qui n’a jamais vraiment quitté la pièce. Et au milieu de tout ça ? Une énergie pop, presque insolente, qui rappelle que la mode peut encore sourire sans devenir superficielle.
Des jambes disco-ball, un hoodie cosmique et cette allure de créature échappée d’un rêve Y2K sous adrénaline. Stella ne fait pas du comeback : elle rallume carrément la boule à facettes (c) DR
Ce qui frappe surtout, c’est cette manière qu’a Stella de rendre la nostalgie portable sans la transformer en costume d’époque. Ici, les références Y2K flirtent avec des volumes contemporains, les chaînes Falabella s’invitent sur des robes et des mocassins comme des bijoux rebelles, tandis qu’un t-shirt “Rock Royalty” débarque avec l’arrogance délicieuse d’un backstage des années 2000.
Foulards cerises, licorne galactique, chaînes XXL et mocassins qui ont l’air de connaître les meilleures afters de Londres : la collection joue au grand mélange des fantasmes Stella McCartney (c) DR
Mais derrière les paillettes et les épaules bien coupées, Stella continue aussi son vieux bras de fer avec l’industrie. Matières recyclées, coton organique, laine certifiée RWS, huiles végétales recyclées et dérivés de maïs industriel : la collection tente de prouver qu’on peut faire du désir sans transformer la planète en dommage collatéral. Et dans un paysage où beaucoup de marques confondent encore “conscience” et “greenwashing sous filtre beige”, ça mérite d’être souligné.
Ann-Sofie Johansson, directrice du design femme chez H&M, et Stella McCartney (c) DR
La campagne, shootée à Londres par Sam Rock avec Reneé Rapp, Angelina Kendall et Adwoa Aboah, pousse encore cette idée de transmission pop et intergénérationnelle. Une mode qui regarde dans le rétroviseur… mais avec les deux mains sur le volant.
Le plus intéressant finalement ? Ce n’est peut-être pas la collection elle-même. C’est ce qu’elle raconte de notre époque. En 2005, collaborer avec H&M relevait presque du scandale chic pour une créatrice de luxe. Aujourd’hui, les frontières ont fondu comme un gloss oublié au soleil. Le prestige veut être accessible. Le mainstream veut du sens. Et Stella, elle, continue de marcher entre les deux avec ce mélange rare de militantisme poli et de glamour qui refuse de s’excuser.
La collection sera lancée le 7 mai. Et il y a fort à parier qu’une partie du monde mode replongera dedans comme on rouvre une vieille playlist : pour la nostalgie, oui… mais surtout pour retrouver cette sensation précise d’avoir été cool avant tout le monde.