Cannes hors cadre

Le Festival de Cannes 2026 déroule une programmation qui confirme ce que la Croisette sait faire de mieux : créer un choc de films, de styles et de regards. Entre grands noms du cinéma international, premières œuvres et propositions hybrides, la 79e édition dessine une cartographie mouvante du cinéma contemporain, où les “Séances spéciales” occupent une place particulièrement vivante. À découvrir du 12 au 22 mai prochain! 

Des mémoires qui persistent
Steven Soderbergh ouvre la marche avec John Lennon : « The Last Interview », comme si une voix continuait de flotter dans le présent, sans jamais vraiment s’éteindre. Ron Howard, avec Richard Avedon, se place du côté du regard : celui qui capte les visages mais aussi ce qu’ils cachent.

Dans un autre registre, Pegah Ahangarani (Rehearsals for a Revolution) et Christophe Dimitri Réveille (Les survivants du Che) s’inscrivent dans une zone plus politique, où l’histoire ne se referme jamais totalement. Elle se rejoue, se déplace, se contredit parfois.

Premiers gestes, premières secousses
Il y a dans cette sélection une place importante laissée aux débuts, à ce qui n’est pas encore totalement fixé. Printemps de Rostislav Kirpičenko, « Le Triangle d’or » d’Hélène Rosselet-Ruiz, ou encore « Tangles » de Leah Nelson (film d’animation) portent cette fragilité particulière des premiers films : celle d’un cinéma qui cherche encore sa propre langue.

Corps, territoires, fissures
Diego Luna propose avec « Ceniza en la boca » une matière plus intime, presque brûlée de l’intérieur. Joshua et Rebecca Tickell, avec Groundswell, ferment ce paysage en mouvement avec une sensation plus large, presque environnementale, comme si le cinéma regardait aussi les rythmes du monde.

Films qu’on attend déjà
Au-delà des titres déjà très commentés, la sélection réserve d’autres propositions qui attisent la curiosité.

Les Matins merveilleux – Avril Besson
Un titre qui évoque une lumière fragile, comme si le film cherchait à capter ce moment précis entre nuit et jour, entre doute et commencement.

Richard Avedon – Ron Howard
Au-delà du portrait, c’est peut-être une réflexion sur ce que la photographie fait au temps : comment elle fige, mais aussi comment elle révèle.

L’Affaire Marie Claire – Lauriane Escaffre & Yvo Muller
Un récit qui semble s’inscrire dans une tension entre réalité et reconstruction, entre faits et perception.

Rehearsals for a Revolution – Pegah Ahangarani
Déjà très attendu pour sa manière d’aborder la politique comme un mouvement permanent, jamais totalement figé.

Groundswell – Joshua et Rebecca Tickell
Un film qui laisse imaginer un rapport presque organique au monde, entre forces naturelles et récits humains.

Une sélection qui ne cherche pas à conclure
Les Séances spéciales de Cannes 2026 ne racontent pas un monde uni. Elles montrent des fragments, des hésitations, des lignes qui ne se rejoignent pas toujours. Mais c’est précisément dans cette dispersion que quelque chose se dessine : un cinéma qui ne cherche pas à fermer les récits, mais à les laisser respirer.