
Go Out! n°139
Il suffit parfois d’un geste. D’un frôlement. D’une tentative presque innocente et tout vacille. Sur cette couverture, signée Otobong Nkanga, les lignes s’entrelacent comme un jeu d’enfant devenu système. Un mikado à ciel ouvert. Des tiges fines, fragiles en apparence, mais chargées de tensions invisibles. Ici, rien n’est anodin : chaque mouvement engage l’ensemble, chaque extraction déstabilise l’équilibre.
Et si le monde n’était qu’un immense jeu de mikado dont on aurait oublié les règles ?
Chez Nkanga, la terre n’est jamais un décor. C’est une matière vivante, une mémoire active, une surface sous pression. Elle en révèle les strates, les cicatrices, les flux — tout ce qui circule, tout ce qui s’épuise, tout ce qui résiste encore. Alors oui, l’artiste sort son mikado du jeu. Elle le déplace, le détourne, le politise. Elle transforme un geste ludique en cartographie des tensions contemporaines : extraction, circulation, domination, réparation. Et nous, autour, comme ces mains suspendues — hésitantes, presque coupables — à tenter de saisir sans faire s’effondrer.
Ce numéro d’avril s’inscrit dans cette ligne de crête : celle où l’on observe, où l’on raconte, mais surtout où l’on prend conscience que tout est lié. Culture, territoire, corps, mémoire. Rien n’est isolé. Tout est affaire de liens… et de lignes.
Reste à savoir : que choisit-on de déplacer, et à quel prix ?





















