Milan, mille mains…et une seule pulsation
Coexister plutôt que posséder : un intérieur à hauteur d’animal, où l’objet devient langage et le geste, relation (c) HEAD
Chaque printemps, le Salone del Mobile transforme Milan en laboratoire habité. On n’y visite pas seulement des stands : on franchit des seuils, on entre dans des vies, on s’immisce dans des récits. Cette année, plus que jamais, le design quitte le piédestal pour se poser — sur une table, un tapis, une peau. Plus intime, plus incarné. Comme si l’objet, enfin, acceptait de parler à voix basse. Immersion domestique, vibration organique.
Appartements ouverts, secrets révélés
Le luxe ultime cette année au Salone del Mobile ? Entrer là où l’on n’entre jamais. Les appartements signés Osvaldo Borsani ou Franco Albini s’ouvrent comme des livres rares. Le design ne s’y expose pas : il s’y glisse. Une chaise contemporaine murmure à une commode d’époque. Une lampe dialogue avec une mémoire.
La foire de design Alcova a investi une villa privée achevée en 1938 par Franco Albini (c) Luigi Fiano
Chez Interni Venosta, les pièces semblent avoir toujours été là — illusion parfaite. Plus loin, Alcova investit la villa Albini : brutalisme feutré, escaliers dramatiques, designers en liberté. Ici, le design ne crie pas. Il habite.
Crin, cuir, métal : le vase Hermès en clair-obscur, entre discipline et frisson (c) Hermès
La matière comme langage : Hermès en tête-à-tête
Chez Hermès, la matière n’habille pas : elle raconte. Un cuir qui respire. Un crin qui frissonne. Un marbre qui s’ébroue presque. Tout est tension douce entre rigueur et sensualité. Les objets deviennent phrases : patchworks de cachemire, boîtes marquetées comme des partitions, vases gainés de mémoire animale. Notre crush? Le vase, silhouette sculpturale, ceinturé de crin noir et de veau Swift, bordé de lézard — écho au sac Toupet! Le métal capte la lumière, le crin l’absorbe. Chapeau bas au clair-obscur maîtrisé!
HEAD Genève — Quand l’animal redessine l’espace
La HEAD signe l’un des gestes les plus sensibles de cette édition. Présentée à Alcova, No One Sees Them Like We Do ne met pas en scène l’animal — elle lui rend sa place!
Ici, chiens, rats, colombes ou grenouilles ne sont ni motifs ni métaphores, mais des présences actives, capables de faire vaciller notre centralité bien installée. À travers six récits spatiaux, le projet glisse du design vers l’attention : gestes de soin, coexistences discrètes, architectures presque invisibles. Le foyer devient terrain de négociation. Le détail, un manifeste. Et soudain, habiter ne signifie plus posséder — mais coexister.
Le retour des années 90 avec IKEA
Les années 90 reviennent… gonflées à bloc! Chez IKEA, on a flashé sur le fauteuil IKEA PS 2026 qui fait pop! Une bulle bien dessinée, héritée des 90’s, remise au goût du jour avec du style et zéro prise de tête. Ici, le design décompresse. Il prend l’air.
À découvrir lors des Democratic Design Days à Älmhult (13 mai 2026), avant de débarquer en Suisse le 15 mai.
Assise rebondie, lignes sous tension : le confort chez IKEA prend du volume, sans jamais perdre la ligne (c) IKEA
Pro Helvetia — le design en partage
À Milan, Pro Helvetia ne signe pas une exposition — elle orchestre une conversation. Shared Matter, pensée avec Presence Switzerland, réunit une nouvelle génération de designers suisses autour d’un même fil : créer à plusieurs, penser plus loin.
Un instrument né entre Athènes et Lausanne, une ampoule consciente dessinée à l’échelle européenne, des tuiles qui capturent la neige entre Japon et Suisse, une lampe sculpturale, un verre en papier qui fait oublier le plastique, un tapis nomade tissé entre cultures… Ici, les objets voyagent autant que les idées. Dans la scénographie immersive de SPAZIOVENTO, le design ne se contente plus d’exister : il relie. Les pratiques s’entrelacent, les savoir-faire circulent, les frontières s’effacent.
Le design devient un terrain commun. Une matière partagée.
Miele — la cuisine se replie, le quotidien s’étire
Dans des villes qui se contractent, Miele fait l’inverse : elle déploie. Avec Compact Living : Kitchen Unit powered by Hettich, la cuisine devient un système caméléon — compact en surface, expansif en usages.
Un seul bloc, mille vies : plan de travail à l’aube, cuisine à midi, table le soir. Les fonctions s’imbriquent, glissent, disparaissent presque, portées par des mécanismes intelligents et un électroménager intégré qui pense avec vous. La cuisine n’est plus une pièce — c’est un rythme.
Pensé avec Hettich, le concept répond à une évidence : habiter moins grand, mais vivre plus fluide. Technologie connectée, modularité radicale, intelligence discrète — tout converge vers un espace qui s’adapte au quotidien plutôt que l’inverse. Moins de mètres carrés. Plus de scénarios.
Cuisine caméléon signée Miele : un seul module, mille usages — cuisiner, travailler, recevoir… tout tient dans le geste (c) Miele
SMEG — la cuisine devient manifeste
Chez SMEG, l’électroménager quitte le rang pour monter sur scène. Avec Musa (signée BorromeodeSilva), la cuisine devient rythme visuel. Avec Isola (par Stefano Boeri Interiors), elle se fait sculpture. Et la ligne Portofino, revisitée en mat profond, ajoute une texture presque tactile à la couleur. Ici, cuisiner devient un geste architectural.
Objets hybrides, récits métissés
Le reste de la ville vibre à l’unisson. Dozie Kanu signe pour Knoll des tables frangées comme des tambours africains. Mutina revisite Josef Albers en céramiques vibrantes. Baccarat orchestre un futur rétro avec Bethan Laura Wood. Hannes Peer sculpte le marbre comme une mémoire solide. Partout, les disciplines fusionnent. Les références s’entrechoquent. Le design devient un langage hybride — entre archive et projection.
L’éditeur américain Knoll continue de twister son répertoire avec de nouvelles signatures. Pendant Il Salone Mobile, l’enseigne dévoile les tables frangées de Dozie Kanu. Ses tables s’inspirent des tambours africains et des tenues cérémonielles
(c) Knoll
Milan, chambre d’échos
À Milan, cette année, le design n’était pas une démonstration. C’était une conversation. Avec le passé, avec le vivant, avec la matière. Avec nous. Et dans ce murmure collectif, une certitude : l’objet n’est plus un objet. C’est une présence.
Salone del Mobile www.salonemilano.it/en
