alma de feu (et de faim)
ALMA, ou l’art de vous mettre à table avant même la première bouchée (c) ALMA
Aux Eaux-Vives, ALMA change de peau sans perdre son âme — et c’est précisément là que ça devient intéressant. Exit le simple lifting, place à une mue maîtrisée : plus chaude, plus terrienne, plus sensuelle. Une adresse que l’on croyait connaître… et qui vous regarde désormais droit dans les papilles. Retour de flamme.
On vous voit venir : “encore un resto qui se refait une beauté”. Oui… mais non! ALMA ne s’est pas contenté de passer chez le coiffeur, il a changé de vibration. Subtilement. Intelligemment. Sans trahir ce qui faisait déjà son sel.
Couleurs qui claquent, textures qui s’annoncent…
ALMA transforme le dîner en odyssée colorée (c) ALMA
Le décor : du ciel à la braise
Ici, pas de révolution tapageuse. L’architecte Patrick Csajko a préféré jouer la carte du glissement plutôt que du grand saut : on quitte le bleu céleste pour plonger dans des rouges terre cuite, des matières minérales, une chaleur presque tactile.
Résultat ? Un lieu plus enveloppant, presque charnel. ALMA ne vous accueille plus — il vous absorbe. Mention spéciale à la cevicheria, repositionnée comme une scène ouverte dès l’entrée : ça donne le ton, ça aiguise l’appétit, ça annonce la couleur (littéralement).
Dans l’assiette : Lima flirte avec Tokyo (et vous aussi)
En cuisine, le chef Cesar Ortiz ne change pas de cap : il affine sa trajectoire. Formé entre la Colombie, le Pérou et des brigades étoilées, il joue les équilibristes entre tradition et liberté.
Le ceviche claque comme une vague fraîche, le lomo saltado réconforte avec une précision presque affective, et le shitomi gohan fait des infidélités assumées au Japon. Ici, la fusion n’est pas un gadget, c’est un langage. Et chaque assiette raconte une histoire, sans jamais tomber dans le folklore.
Derrière le rideau
Aux manettes, Uniq Project insuffle une vision : faire du restaurant un lieu de vie, pas juste une table. Traduction ? On ne vient pas seulement dîner, on vient habiter l’endroit — le temps d’une soirée (ou plus si affinités).
Cela dit, soyons honnêtes : à force de vouloir créer “l’expérience globale parfaite”, certains lieux finissent par lisser leur spontanéité. ALMA flirte avec cette ligne — mais pour l’instant, il garde ce petit grain d’imprévu qui fait la différence.
Verdict? Fidèle… mais plus audacieux! ALMA ne renie rien : il intensifie. Plus chaud, plus incarné, plus maîtrisé aussi. Peut-être un peu moins brut qu’avant, mais clairement plus affirmé.
Et au fond, c’est ça qu’on attend d’une adresse qui grandit : qu’elle ose évoluer sans devenir une copie d’elle-même.
ALMA
Rue Henri-Blanvalet 6, 1207 Genève
