Sarah Lévy, corps à cœur couture

Le chest bag de Sarah Lévy (c) DR

Elle ne crée pas des accessoires — elle fait des accros. Chez Sarah Lévy, le corps devient point d’ancrage, terrain d’attache, surface à hacker avec élégance. Ça zippe, ça clipse, ça détourne : le sac migre, la silhouette s’émancipe. Lauréate du prix de l’accessoire de l’ANDAM 2025, elle dynamite les catégories avec des pièces à double fond — mi-prothèse, mi-poésie. Sac ou soutien ? Harnais ou parure ? Elle brouille les pistes, zippe les catégories et dézippe nos habitudes. Le sac devient geste, la fonction devient fiction, et la silhouette prend position. Coup de cœur. 

Née dans l’ombre fertile de Bruxelles, formée à La Cambre (École nationale supérieure des arts visuels) en architecture, passée par les plans et les volumes avant de bifurquer vers les peaux et les matières, Sarah Lévy a gardé de sa première formation, une obsession : la structure! Sauf qu’ici, les bâtiments respirent, marchent, vivent. Pendant dix ans, elle a construit des espaces. Aujourd’hui, elle construit des gestes. Et ça change tout.

Le chest bag de Sarah Lévy (c) DR

Son terrain de jeu ? Le corps humain, version terrain d’expérimentation. Ses pièces — harnais, moufles zippées, bombers asymétriques (dont un manifeste co-signé avec Schott NYC) — semblent sorties d’un vestiaire parallèle, entre armure contemporaine et poésie utilitaire. Son iconique chest bag ? Un OVNI stylistique, quelque part entre lingerie et maroquinerie, entre protection et provocation. Une pièce qui ne se porte pas : elle se positionne. Comme une déclaration.

La collab Sarah Lévy X Schott NYC (c) DR

Chez elle, l’accessoire n’accompagne plus le corps — il le prolonge, le précède presque. Une philosophie qu’elle revendique sans détour : penser des objets hybrides, à mi-chemin entre prothèse et parure. Et derrière ce mot, “prothèse”, une révolution douce. Car Lévy collabore avec des orthopédistes, détourne les codes médicaux, injecte du quotidien dans l’extraordinaire. Résultat : des pièces qui répondent à des usages réels, mais avec une allure qui frôle le manifeste.

Repérée dès le Festival international de mode, de photographie et d’accessoires de Hyères, adoubée par des maisons comme Marine Serre, Givenchy ou Patou, elle avance avec cette élégance rare : celle des créateurs qui ne cherchent pas à plaire, mais à déplacer les lignes. Sa nomination puis sa consécration à l’ANDAM — jusqu’au Prix de l’accessoire 2025 — ne font que confirmer ce que la rue avait déjà compris : quelque chose est en train de se passer.

La designer Sarah Lévy (c) DR

Et puis il y a ses mises en scène. Pas de défilé classique, non. Elle préfère le mouvement incarné, la chorégraphie, le corps en action. Comme une évidence : ses pièces ne prennent sens que lorsqu’elles vivent. Quand elles respirent au rythme de celui ou celle qui les porte.

Sarah Lévy ne crée pas pour orner. Elle crée pour révéler. Avec une ironie fine, presque espiègle, elle détourne nos réflexes — glisser un billet dans un soutien-gorge devient un concept, une silhouette, un objet. Elle attrape l’intime, le banal, et le hisse au rang de langage stylistique.

Le tits bag de Sarah Lévy (c) DR

Dans un paysage saturé d’images, elle propose autre chose : une fonction avec du fond, une esthétique avec du sens. Une mode qui pense. Une mode qui panse aussi, parfois.

Et au fond, peut-être que son véritable talent est là : nous faire croire qu’un accessoire peut changer une allure… alors qu’il redéfinit, en silence, toute une manière d’habiter son corps.

Sarah Lévy https://sarahlevy.be