PlasMAH: Anatomie d’une pierre vivante
À force de courir après le temps, certains finissent par lui servir de piédestal (c) Go Out Magazine
Oubliez les natures mortes! Cet été, au MAH (Musée d’art et d’histoire de Genève), la pierre transpire, les coquillages respirent et les toilettes entrent au panthéon. Avec PlasMAH – La chair et le siphon, Daniel Dewar & Grégory Gicquel rappellent une vérité aussi simple que dérangeante : derrière chaque monument se cache un corps… et derrière chaque corps, un système de tuyauterie. Certaines expositions demandent du recul. Celle-ci préfère vous prendre aux tripes!
Dans la cour du MAH, un mocassin semble avoir fossilisé en pleine promenade. Plus loin, des coquillages géants poussent dans le marbre comme si la mer avait décidé de s’installer en vieille ville. Puis viennent des lavabos, des toilettes, des siphons, des gargouilles et des fontaines qui brouillent joyeusement les frontières entre sculpture antique et plomberie contemporaine. On ne sait plus très bien si l’on visite un musée, des thermes romains ou les entrailles d’un organisme géant. C’est précisément là que l’expérience commence.
Des coquillages qui semblent avoir oublié de retourner à la mer… pour mieux coloniser le musée (c) Go Out magazine
Le duo franco-britannique Daniel Dewar & Grégory Gicquel n’a jamais eu peur de salir les mains de la sculpture. Leur matière préférée ? Le vivant. Celui qui transpire, qui circule, qui se transforme et qui refuse obstinément de rester figé. Ici, la pierre cesse d’être un matériau inerte : elle semble respirer, gonfler, digérer et parfois même sourire. Le marbre n’imite plus la vie. Il finit par en adopter le pouls.
Le titre, La chair et le siphon, donne immédiatement le ton. D’un côté, le corps, ses muscles, ses fluides, ses désirs. De l’autre, les canalisations qui permettent à tout cela de circuler. Une association aussi absurde qu’évidente. Après tout, les cathédrales ont leurs gargouilles, les palais leurs fontaines, les villes leurs égouts. Pourquoi nos corps feraient-ils exception ?
Les Romains avaient les thermes. Le MAH a désormais son sanctuaire du siphon (c) Go Out magazine
L’exposition dialogue avec les collections historiques du musée sans jamais leur manquer de respect. Elle les chatouille plutôt. Les sculptures antiques, les fragments lapidaires et l’architecture monumentale deviennent les complices d’œuvres qui osent parler de ce que les musées évoquent rarement : les orifices, les écoulements, les métamorphoses, bref tout ce qui fait de nous des êtres vivants avant d’être des statues.
Le résultat est aussi drôle que troublant. On sourit devant un bloc de marbre transformé en toilettes, puis l’on réalise que les Romains avaient déjà fait des bains publics un art de vivre. On contemple un coquillage monumental avant de comprendre qu’il ressemble presque à un organe. Même le célèbre drapeau genevois, partagé entre l’aigle impériale et la clé de saint Pierre, paraît soudain dialoguer avec cette exposition où tout est affaire de passages, d’ouvertures et de circulation.
Au MAH, le marbre n’est plus un piédestal. Il devient une peau (c) Go Out magazine
Avec PlasMAH, le MAH poursuit son programme estival qui invite des artistes contemporains à réinventer la cour du musée et à questionner son architecture en attendant sa transformation future. Une manière de rappeler qu’un musée n’est pas un mausolée, mais un organisme capable d’évoluer, de provoquer et parfois même… de faire sourire.