La Méditerranée sur les rails
Marseille joue les prophètes : une langue de sable, la Méditerranée plein cadre et la ville qui vient presque tremper ses pieds dans l’eau (c) DR
Pas besoin de prendre l’air pour prendre le large. Depuis ce printemps, TGV Lyria déroule son tapis de rails entre Genève et Marseille : 3h36, zéro correspondance et quelques-uns degrés de plus à l’arrivée. On a sauté dedans pour voir si le Sud était vraiment devenu notre nouveau voisin. Spoiler : à midi, la Méditerranée était déjà à table. Et Marseille n’était que le début.
Plein Sud !
8h34, Genève. Un café, une valise et basta. Pas de Cointrin, pas de liquide à transvaser dans un sachet transparent, pas de chaussures à retirer ni de « final call » qui transforme soudain tout le monde en sprinteur olympique. On monte. On se pose. Et surtout, on ne change plus!
Genève–Marseille sans changer de train : avec TGV Lyria, la Méditerranée est désormais à 3h28 de Genève (c) DR
À travers la vitre, notre cité calvine tire doucement sa révérence, Lyon passe par là, la lumière change, les paysages aussi. À 12h10, Marseille-Saint-Charles. 3h36 pour troquer le Léman contre la Méditerranée : même pas le temps d’avoir le mal du pays!
La liaison existait déjà en été, mais TGV Lyria a sérieusement rallongé la saison : en 2026, elle court du 16 avril au 2 novembre, cinq jours par semaine au printemps et à l’automne et quotidiennement au cœur de l’été, hors interruption liée aux travaux. Le Sud n’est donc plus réservé aux grandes vacances : il devient une très sérieuse option pour un week-end prolongé. Et côté carbone, le train ne fait pas seulement joli dans le paysage : TGV Lyria annonce jusqu’à 24 fois moins d’émissions de CO₂ qu’un trajet comparable en voiture thermique ou en avion. Prendre le large sans trop plomber la planète : on valide!
Le Bouillant sis au Mucem, où Rudy Ricciotti a dessiné une dentelle de béton qui découpe le ciel marseillais. Architecture spectaculaire, ombres comprises (c) DR
Marseille nous met Bouillant
À peine débarqués, Marseille nous met à table. Direction le Mucem, ce cube de dentelle noire posé face à la Grande Bleue. Signé Rudy Ricciotti, relié au fort Saint-Jean par une passerelle presque suspendue dans le ciel, il réussit déjà à nous en mettre plein la vue avant même qu’on ait vu une œuvre. Tout en haut, autre genre d’exposition : Bouillant, le nouveau terrain de jeu d’Alexandre Mazzia, trois étoiles au compteur avec AM, mais qui laisse ici la haute voltige gastronomique quelques étages plus bas pour réinventer le bon vieux bouillon en version marseillaise. Ouvert en septembre 2025, ce spot gourmand joue la Méditerranée populaire plutôt que précieuse : produits locaux et de saison, cuisine généreuse, métissée, vivante, grandes tablées et cuisine ouverte. Bref, du Mazzia sans chichis mais certainement pas sans relief! On mange presque les pieds dans le musée et la tête en Méditerranée. Une table pensée pour décloisonner la gastronomie autant que les cultures.
Et pour poser nos valises, difficile de faire plus marseillais sans dormir directement dans le Vieux-Port. L’InterContinental Marseille – Hôtel Dieu, monumental ancien hôpital perché au-dessus du Panier, nous offre la parenthèse cinq étoiles qui va bien : pierre blonde, grandes arches et Notre-Dame-de-la-Garde en ligne de mire. Un pied dans l’Histoire, l’autre déjà dans la Méditerranée. Bonne Mère, bonne nuit.
InterContinental Marseille – Hotel Dieu Perché au-dessus du Vieux-Port, l’InterContinental Marseille – Hotel Dieu joue les grands seigneurs avec la Méditerranée en toile de fond (c) DR
Auffo, notre crush culinaire
Le lendemain, Marseille nous emmène en mer. Château d’If, îles du Frioul, embruns dans les cheveux puis retour sur terre au Vallon des Auffes. Et là, coup de food! Le vrai. Celui qu’on n’avait pas prévu au programme.
Chez Auffo, Coline Faulquier a posé ses couteaux et son talent dans cette minuscule enclave de pêcheurs coincée entre deux pans de Marseille. Et le décor n’est pas là pour faire joli sur Instagram : la cheffe travaille directement avec les pêcheurs du Vallon. Une cuisine qui a donc littéralement la mer en circuit court.
Chez Auffo, Marseille se met à table au ras de l’eau : quelques barques, un bleu insolent et la Méditerranée en guise de décor (c) DR
Et 2026 lui donne raison : Auffo vient de décrocher sa première étoile Michelin! Une consécration qui a quelque chose d’évident tant l’adresse colle à son environnement. Ici, la Méditerranée n’est pas une vue panoramique ajoutée à l’assiette : elle est l’assiette. Poissons, arrivages, saison, précision… Coline Faulquier ne cuisine pas Marseille en carte postale, elle la cuisine au présent.
Chez Auffo, la cheffe étoilée Coline Faulquier met la Méditerranée dans l’assiette : une cuisine iodée, végétale et millimétrée, avec Marseille en ligne d’horizon (c) DR
C’est aussi tout ce qu’on aime dans ce voyage : passer en quelques heures du Mucem monumental au minuscule port du Vallon, du bouillon populaire signé par un trois-étoiles à la cuisine marine d’une cheffe fraîchement étoilée. Deux tables, deux tempéraments, une même Méditerranée! Bouillant nous avait chauffés. Auffo nous a cueillis.
Aix à l’œil
Quelques kilomètres plus loin, Aix change complètement la bande-son. Après le joyeux boucan marseillais, ici tout semble baisser d’un ton. Pierres blondes, fontaines, petites places, terrasses et cours Mirabeau : Aix maîtrise l’art de vivre comme d’autres maîtrisent l’art de ne rien faire. Et parfois, c’est exactement la même chose. Mais pas question de somnoler.
Premier uppercut rétinien à la Fondation Vasarely, qui fête cette année ses 50 ans. Formes géométriques XXL, perspectives qui jouent avec le cerveau, couleurs qui claquent : après quelques minutes, on ne sait plus très bien si ce sont les œuvres qui bougent ou le rosé provençal qui nous attend déjà sur le cours Mirabeau.
À la Fondation Vasarely, Aix passe en mode op art : géométries XXL, illusions d’optique et couleurs qui font joyeusement perdre le nord (c) DR
Balade dans la ville, Caumont Centre d’Art et Toulouse-Lautrec le lendemain matin : Aix nous fait les yeux doux et nous en met plein les yeux. Puis cap sur Gallifet, où l’art contemporain s’invite dans un hôtel particulier du XVIIIe et prend même le jardin : une dernière parenthèse arty, entre vieilles pierres et œuvres bien vivantes.
À Gallifet, l’art contemporain prend l’air : sculptures, vieilles pierres et jardin secret en plein cœur d’Aix-en-Provence (c) DR
Avignon, quelle histoire !
Dernier changement de décor. Et pas des moindres. À Avignon, l’Histoire n’est jamais bien loin. Elle dort dans les pierres, squatte les ruelles et finit évidemment par nous conduire au Palais des Papes. Mais avant les papes, place aux planches : la Maison Jean Vilar rembobine l’histoire du Festival d’Avignon, né en 1947, avant un passage par La Mirande, sublime demeure du XIVe siècle blottie au pied du Palais.
Puis vient un crush à contre-voie: les Bains Pommer. D’anciens bains publics Belle Époque devenus musée, restés comme suspendus quelque part entre l’intime et l’Histoire. Un lieu un peu hors temps, loin de la carte postale avignonnaise.
Aux Bains Pommer, Avignon remonte le temps : baignoires, faïences et cabines d’époque racontent près d’un siècle d’intimité et d’hygiène. Une drôle de plongée dans la Belle Époque, sans même se mouiller (c) DR
Et puisqu’on était venus jouer les touristes, autant pousser le vice jusqu’au bout : Palais des Papes en visite privative, dîner face à lui, puis le lendemain matin passage de l’autre côté du Rhône pour les jardins de l’Abbaye Saint-André à Villeneuve-lès-Avignon.
Un train peut en cacher trois
Marseille, Aix, Avignon. Trois villes, trois tempéraments et une même envie : faire durer le Sud. C’est finalement là que cette ligne directe devient intéressante. Elle ne rapproche pas seulement Genève de Marseille. Elle ouvre toute une Provence que l’on peut picorer au fil des rails : un peu de mer ici, beaucoup d’art là, une table au passage, quelques siècles d’Histoire plus loin.
Et que 3h36 pour passer du Léman à la Grande Bleue sans escale, sans correspondance et sans aéroport ? La Provence n’a pas déménagé. Elle vient juste de se rapprocher dangereusement.
TGV Lyria — Genève–Marseille
Liaison directe saisonnière entre Genève-Cornavin et Marseille Saint-Charles, en 3h28, avec arrêts notamment à Lyon, Avignon et Aix-en-Provence TGV. En 2026, la liaison circule jusqu’au 2 novembre selon les jours et périodes.
Pour préparer le voyage
Office de Tourisme de Marseille