Ensemble, c’est tout

Simon Rattle au Verbier Festival © Nicolas Brodard

Les parties qui forment un tout, l’importance d’un chef bienveillant soucieux de révéler les talents, les interprètes au service de la partition… le Verbier Festival a donné une leçon d’orchestre à l’unisson ce 20 juillet, avec Simon Rattle dans le rôle du professeur.

Des airs de grand soir aux Combins ce 20 juillet : un public en nombre dans une salle pleine, quelques élus en mode incognito, beaucoup de journalistes présents. Au programme, le Rach III, Atmosphères de Ligeti, Une vie de Héros de Richard Strauss et une ouverture de Wagner. Et l’intérêt n’était pas forcément où on l’attendait.

Un Orchestre du Verbier Festival en pleine forme, sous la conduite bienveillante de Simon Rattle© Nicolas Brodard

Loin de la figure toute-puissante du maestro autocratique et autocentré, le chef Simon Rattle a un talent incomparable pour aller chercher chez les jeunes musiciens du VF Orchestra le meilleur, se mettre à leur service de manière communicative pour les mettre en confiance. Et ça marche. Dans le Concertopour piano n°3 de Rachmaninov, Le corniste Claudio Minervini livre des solos élégiaques, tout comme le flûtiste Julin Cheung. Après l’entracte, c’est le hautbois solo qui dévoile tout son charme dans le dernier mouvement de Heldenleben. Mais la force de Rattle, c’est en plus de dessiner une ligne d’ensemble, de susciter une cohérence, loin d’une succession manière de morceaux de bravoure.

Petite astuce
Prenons les choses dans l’ordre : la soirée débute avec Atmosphères, une pièce sombre de Ligeti alternant silences tendus et crescendos inquiétants, pour grand orchestre et piano préparé. Les contrebasses sont rugissantes, les altos se font plaisir, les percussions aussi. Le morceau termine par un murmure… un silence… une battue à vide du chef, qui passe sans transition aux premières notes éthérées de l’ouverture de Lohengrin. Bien joué de Simon Rattle, qui avait fait le même coup il y a quelques années au Victoria Hall, avec le Berliner Philharmoniker. Aux Combins ce soir-là, l’orchestre a tenu un impressionnant crescendo, des premières notes chuchotées au finale brillant et puissant.

© NicolasBrodard

Un piano troppo presto
On l’attendait comme le moment de la soirée, et certains étaient déçus. Si le Concerto n°3 de Rachmaninov a été magnifiquement tenu par orchestre uni, les cordes parlant d’une seule voix, les bois prenant leur place, le pianiste Kirill Gerstein a de son côté surpris, voire décontenancé. Son équilibre main gauche main droite est intéressant et différent, son expression parfois mystérieuse, mais il n’est pas toujours facile à suivre. Il impose surtout des tempos très compliqués, erratiques, comme s’il cherchait à montrer sa maitrise en accélérant la cadence. L’échange avec l’orchestre devient difficile, virant parfois au dialogue de sourds. Rapide et démonstratif, il sait pourtant prendre son temps, et le montre à la reprise du thème d’ouverture, plus délicat et expressif. Soyons clairs : la partition demande un jeu d’équilibriste, le long d’un fil ténu, qui lui donne toute cette saveur et ces couleurs. Mais il ne faut pas confondre allure claudicante et démarche boiteuse. À ce jeu-là, il perd son équilibre.

Strauss, vie héroïque
Disons-le tout de suite, la partition de Richard Strauss dans Heldenleben est parfois difficile à suivre, alternant maladroitement ambition bravache et tendresse un peu niaise, dans des temps resserrés. Un côté lourdaud qui fait penser à certaines symphonies de Bruckner… Il n’empêche, le maestro et l’orchestre développent une présence brillante. Mention spéciale à Polina Senatulova, première violon solo, qui a superbement tenu le pupitre avec charisme, assurance et élégance dans le 3e mouvement « Das Helden Gefahrtin ». On se réconcilie avec l’œuvre au dernier mouvement « Das Helden Weltflucht und Vollendung », très harmonique, entre le finale de la Walkyrie et les « Variations Enigma ». Comme quoi, tout est possible.

Verbier Festival
Jusqu’au 2 août 2026

verbierfestival.com