concorde, les lieux et les liens

À Châtelaine, de nouvelles lignes pour faire bouger celles de la culture © KEYSTONE / Salvatore di Nolfi

À Châtelaine, Genève s’offre une nouvelle chambre d’échos. Son nom ? Concorde. Son tempérament ? Pluriel. Spectacles, studios, bibliothèque, restaurant, hôtel et logements étudiants : sous un même toit, les arts prennent leurs aises et le quotidien prend du relief. Ouvert le 25 septembre, ce nouveau lieu fait une promesse autrement plus excitante que celle de mettre tout le monde d’accord : donner aux différences des occasions de résonner.

L’art d’habiter
Un billet de spectacle, une clé de chambre, un livre emprunté. Trois façons d’entrer, mille raisons de s’attarder. À Concorde, la culture se glisse dans les interstices du quotidien. Elle peut commencer par une répétition, se prolonger à table, laisser une phrase en suspens jusqu’au lendemain. Le lieu se prête à ces heureux débordements : ceux qui transforment une sortie en rencontre, une adresse en habitude.

Des fenêtres sur la ville, des portes sur l’imprévu : Concorde conjugue les arts au pluriel ©DR

Porté par la fondation pour le développement des arts et de la culture et la Ville de Vernier, codirigé par Eve-Anouk Jebejian et Frédéric Steinbrüchel, Concorde installe à Châtelaine une ambition à hauteur de quartier : faire cohabiter la création et la vie courante. Que l’une dérange délicieusement l’autre. Que le voisinage devienne un commencement.

Faire chambre commune
Deux salles de spectacle, dix studios de danse, douze salles de musique et un studio d’enregistrement : derrière le rideau, toute une fabrique s’active. Les gestes se cherchent, les partitions se frottent, les œuvres prennent corps. Au restaurant La Noisette, la saison passe aussi dans l’assiette. À l’hôtel Les Loges, les quarante-six chambres permettent même de dormir sur place. De quoi prendre l’expression « habiter la culture » au pied de la lettre. 

L’Orchestre de Chambre de Genève, la filière danse contemporaine du CFP Arts et la Bibliothèque de Châtelaine comptent parmi les résidents. Musiciens au travail, danseurs en devenir, lecteurs de passage : autant de rythmes qui partagent désormais une adresse. La présence du Collectif d’Associations pour l’Urgence Sociale et de la Fondation Officielle de la Jeunesse élargit encore la partition. La pluralité se joue aussi là, dans les personnes auxquelles un lieu fait de la place.

Hôtel Les Loges: du lever de rideau au tomber de sommeil, la culture fait chambre commune avec les rêves ©Concorde

Accords indociles
Pour sa première saison, Concorde annonce quarante-sept propositions et près de cent représentations. Théâtre, danse, musique, cirque contemporain, magie nouvelle : les disciplines ont la bougeotte, et le programme cultive le goût des traversées. Une partition plurielle, avec assez de changements de tempo pour donner des fourmis aux habitudes.

Dès le 3 octobre, ISHA et Limsa d’Aulnay font rouler les syllabes de Bitume Caviar vol. 2. Du grain dans la voix, du bitume dans les vers : le rap ouvre le bal. Les 10 et 11 octobre, Les Indes galantes – De la voix des âmes réunissent notamment Leonardo García-Alarcón, Bintou Dembélé et Cappella Mediterranea. La musique baroque et la danse se donnent rendez-vous, les siècles se rapprochent, les répertoires prennent l’air. À Concorde, passer du flow aux voix lyriques tient déjà de la déclaration d’intention.

Avec Bitume Caviar, ISHA et Limsa d’Aulnay taillent des perles dans le pavé © DR

Les 16 et 17 octobre, le théâtre entre dans la conversation avec La politique du pire d’Adrien Barazzone. Puis les corps reprennent la parole : le 27 octobre, AS WE ARE : Joséphine / Bantu inscrit à l’affiche Germaine Acogny et Gregory Maqoma. Le 31, Pillowgraphies, de La BaZooka, ouvre une parenthèse chorégraphique destinée au jeune public. Une façon d’aiguiser la curiosité dès les premières sorties, lorsque le spectacle est encore ce grand mystère dont on rentre avec les yeux plus grands.

Novembre multiplie les accords et les écarts. Le 80e Concours de Genève s’invite les 7 et 8, avant la performance documentaire Une introduction (revisitée) d’Olga de Soto, les 10 et 11. Le 14, Azur et Asmar rencontre les instruments de l’Orchestre de Chambre de Genève en ciné-concert : les images trouvent un souffle au présent, l’écran une compagnie bien vivante. Le 20, place à CARCAÇA de Marco da Silva Ferreira ; le 25, au jazz de Flore Benguigui & The Sensible Notes ; le 28, à Black Lights de Mathilde Monnier. De la fosse imaginaire à la pulsation des corps, l’automne change de peau sans perdre le rythme. 

CARCAÇA — Marco da Silva Ferreira Les corps s’empoignent, les élans s’emmêlent : CARCAÇA fait du pluriel une force de frappe ©DR

Décembre garde quelques échappées dans sa manche. Le 3, la danse poursuit son mouvement avec Time of my life / Echos, une soirée réunissant les noms de Kiyan Khoshoie, Frank Fannar Pedersen, Javier Rodríguez Cobos et la Tanzkompanie St.Gallen. Les 9 et 10, le Galactik Ensemble investit la piste du cirque contemporain avec Optraken. Les 15 et 16, Étienne Saglio entraîne la programmation du côté de la magie nouvelle avec Les Limbes. Puis Alliance Créative prête ses voix au Doublage improvisé, le 17, avant le rendez-vous hip-hop et rap JUMP X Concorde, le 19. Jusqu’au bout de l’année, les genres jouent à saute-frontières. Une saison à conjuguer à plusieurs temps, plusieurs voix, plusieurs élans et autant de raisons de laisser son agenda prendre des libertés.

Laisser le temps au trouble
Une création demande aussi du temps hors lumière. Celui de tenter, de rater, de reprendre. Concorde engage ainsi une complicité sur trois saisons avec Alliance Créative, le Collectif du Feu de dieu, Kiyan Khoshoie et Pekodjinn. Improvisation, danse, clown, composition musicale : quatre présences pour nourrir le lieu dans la durée. Neuf artistes ou compagnies sont également accueillis en résidence de création ou de recherche durant cette première saison. L’enjeu : offrir aux idées l’espace nécessaire pour devenir des œuvres, et au public des occasions d’en approcher la naissance. 

Avant les rappels, les reprises : entre ces murs, la musique cherche sa voix ©DR

C’est peut-être là que Concorde trouve sa note la plus juste. Dans cette possibilité de fréquenter l’art avant qu’il soit prêt, après les applaudissements, entre deux rendez-vous. D’entrer pour quelque chose et de repartir avec quelqu’un, une question, une envie imprévue. À Genève, une nouvelle scène s’allume. Le plus beau serait qu’elle éclaire aussi ce qui se passe autour.

Concorde espace culture
Avenue de l’Ain 60, 1219 Vernier
Programme et billetterie : concorde.ch
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