animatou, à dessein désobéissant
© Animatou
Du trait, du trouble, du tendre. Du mordant sous les pigments. Du 1er au 10 octobre, Animatou fait sortir Genève de ses lignes : les souris déraillent, les images bataillent, les petits formats voient grand. Pour sa 21e édition, le festival cultive le coup de crayon qui caresse et le trait d’esprit qui transgresse. Du beau, du bizarre, du baume et du barouf : de quoi réveiller l’enfant qui sommeille et l’adulte qui somnole.
Le trait se rebelle
Sage comme une image ? Mauvaise adresse! Chez Animatou, les images prennent la tangente et nos certitudes prennent cher. Dessins, matières, expérimentations : tout s’anime, rien ne se tient tranquille. De l’Alhambra au Spoutnik, du Grütli au MEG jusqu’au Cinéma Bio à Carouge, le festival déroule une géographie de l’indiscipline. Genève déboutonne son col. L’imaginaire fait le reste.
Atelier Magic House en collaboration avec La Ville de Carouge, Le Musée de Carouge et Caran d’Ache, l’artiste Lauren Thiel a conçu sa Magic House dans le cadre de son Master en Media Design à la HEAD — Genève ©DR
Au programme, treize sessions compétitives et une conviction qui dépasse des marges : quelques minutes peuvent suffire à déplacer des montagnes intérieures. La création suisse côtoie les découvertes internationales, le laboratoire des formes dialogue avec le documentaire. Même les petits prennent les grandes décisions : dans les programmes adaptés de 3 à 16 ans, les jeunes spectateurs votent pour leur film préféré. Le discernement n’attend pas le permis de conduire.
Des merveilles et des morsures
L’animation sait aussi appuyer là où le monde fait mal. Seize courts métrages composent la compétition documentaire, traversée par la guerre, les troubles mentaux et la liberté de la presse. Le trait délie ce que les mots nouent. Il donne une forme au vertige, un contour au silence, une voix à ce qui reste coincé dans la gorge. Sous les pigments, les sentiments. Sous la douceur apparente, la secousse. Le dessin autorise ce paradoxe précieux : s’éloigner des apparences pour approcher une vérité. Le réel passe par l’imaginaire et revient, parfois, plus difficile à esquiver.
Souris sous surveillance
Avec Decorado, Alberto Vázquez met un rongeur dans l’engrenage. Sa souris sans emploi soupçonne le monde ultralibéral et ultraconnecté qui l’entoure de n’être qu’un vaste décor. Le doute grignote, la façade se fendille. The Truman Show prend du poil de la bête, et la crise existentielle des airs de piège à fromage. À découvrir en avant-première genevoise au Cinéma Bio.
Decorado d’Alberto Vázquez ©DR
Dans la famille des empêcheurs de rêver en rond, Autour de Minuit fête ses 25 ans avec deux cartes blanches, pour enfants et adultes, présentées par son fondateur Nicolas Schmerkin. Daniel Šuljić, qui a dirigé Animafest Zagreb pendant seize éditions, apporte aussi ses Daniel’s Bangers : deux sélections où poésie et provocation se passent les allumettes. De quoi éclairer quelques zones d’ombre. Ou mettre le feu aux idées fixes!
Noir de rire
Phil Mulloy, lui, taillait ses crayons comme on aiguise une objection. Disparu en 2025, le réalisateur britannique fait l’objet d’un hommage en onze courts métrages au Grütli. Mythes virils, conformisme, autorité, peur de l’autre : ses silhouettes rudimentaires déshabillent des mécanismes autrement sophistiqués.
Arco de Ugo Bienvenu ©DR
Le trait paraît simple. L’attaque porte juste. Sous le grotesque, un miroir ; dans le rire, une écharde. Un cinéma qui gratte le vernis jusqu’à faire apparaître les petites lâchetés bien propres sur elles. Les bonnes manières peuvent patienter dehors.
Totoro, tendre rempart
Après les griffes, la fourrure. Mon voisin Totoro, introduit par le spécialiste de l’animation japonaise Ilan Nguyen, rejoint une réflexion autour du soin, en écho à l’exposition de la Bibliothèque de la Cité Bonjour, ça va ? Petites histoires pour créer du lien. Cette question qu’on lance souvent sans attendre la réponse retrouve soudain sa profondeur. Écouter, accueillir, consoler : la tendresse a du travail.
Mon voisin Totoro ©DR
Avec Arco, Ugo Bienvenu ouvre une autre fenêtre. En 2075, Iris voit tomber du ciel un garçon venu du futur. Sous sa combinaison arc-en-ciel, une aventure où l’écologie rencontre la poésie, où demain garde une chance de ne pas déchanter. Mary Anning, de Marcel Barelli, regarde pour sa part vers une pionnière de la paléontologie longtemps laissée dans l’ombre. Les fossiles remontent à la surface, les préjugés accusent leur âge.
L’imagination déménage
Le festival ouvre aussi la boîte à malices. Pierre-Luc Granjon partage avec le jeune public ses procédés artisanaux, dont le rarissime écran d’épingles : piquer la curiosité devient presque littéral. Au Musée de Carouge, la Magic House de Lauren Thiel transforme les dessins réalisés au sol en images animées. Les idées courent sur le papier avant de prendre leurs jambes à leur cou.
À l’Alhambra, quatre œuvres en réalité virtuelle invitent les spectateurs dès 12 ans à franchir le cadre. Et pour achever de décoiffer les rétines, WTF OFF promet une clôture mordante et délirante. Dix jours de traits libres et d’esprits frondeurs. À Genève, les dessins s’animent. Les idées arrêtées feraient bien d’en faire autant!

Animatou — 21e Festival international du film d’animation
Du 1er au 10 octobre 2026, à Genève et à Carouge
Programme complet et billetterie : www.animatou.com