Quand l’héritage prend de la hauteur

Le rouge comme fil de vie chez Luo Mingjun

Une bande textile traverse l’espace, chargée de mémoire, de visages, de temps vécu (c) Mina Sidi Ali

À la Banque Heritage, l’art ne se contente pas d’être montré : il se transmet, il se vit, il s’inscrit dans le temps long. Pour la cinquième année consécutive, la banque ouvre ses portes à une immersion artistique où l’intime rencontre l’universel. Avec L’art en héritage, Luo Mingjun explore ce que l’on reçoit, ce que l’on transforme et ce que l’on transmet. Née en Chine, installée en Suisse depuis 1987, l’artiste déploie une œuvre profondément introspective, façonnée par le dialogue entre deux cultures. Entre ombre et lumière, plein et vide, tradition et affranchissement, son travail dessine un troisième espace — un territoire sensible où la mémoire devient matière et l’art, langage commun.  
Conversation avec une passeuse de mémoire, entre deux mondes.

En découvrant l’exposition, on est frappé par cette traversée verticale, ce ruban rouge qui relie les étages. Pourquoi ce geste ?
Parce que l’héritage n’est jamais immobile. Il circule. Il descend, il remonte, il traverse les corps et les lieux. Ici, j’ai voulu que l’œuvre accompagne le mouvement naturel du bâtiment, des pas, du regard. Ce n’est pas une œuvre que l’on regarde de face, mais que l’on rencontre en marchant!

Le rouge devient presque une architecture dans l’architecture…
Oui, le rouge est un fil. Un fil de vie, de sang, de mémoire. Il porte beaucoup de choses : la Chine, la Suisse, les drapeaux, l’amour, la douleur, la joie. Dans cet espace institutionnel, très structuré, très maîtrisé, le rouge vient introduire quelque chose de plus organique, de plus vivant.

Les figures peintes, elles, semblent flotter dans le blanc…
Elles ne sont pas là pour raconter une histoire précise. Ce sont des présences. Des fragments. Comme des souvenirs qui n’ont pas encore trouvé leur place. Le blanc est essentiel : il laisse respirer, il laisse apparaître. C’est un espace de silence, de suspension.

L’exposition s’intitule L’art en héritage. Comment ce mot résonne-t-il pour vous ?
L’héritage, ce n’est pas seulement ce que l’on reçoit. C’est ce que l’on porte, parfois sans le savoir. Et ce que l’on transmet, consciemment ou non. Mon travail est nourri de cette tension : entre ce que je viens de, et ce que je deviens.

Votre parcours entre la Chine et la Suisse est très présent, sans jamais être illustratif…
Parce que je ne cherche pas à expliquer mes origines. Je les vis. Je les transforme. Je crée un troisième espace, entre les deux. Un espace où le plein dialogue avec le vide, où la tradition peut coexister avec l’affranchissement. Ce n’est pas une réponse, c’est une recherche permanente.

Exposer dans une banque est assez rare. Que permet ce contexte ?
Cela permet une rencontre différente. Les musées ne peuvent pas tout accueillir. Et l’artiste a besoin d’aller vers les gens. Dans un lieu comme celui-ci, l’art n’intimide pas. Il se laisse approcher. Il devient un langage commun. C’est une expérience que je trouve profondément humaine. Ainsi, ici, les gens ne viennent pas “voir une exposition” comme dans un musée. L’art surgit dans leur quotidien. Il surprend, il interroge autrement. Je trouve cela très juste pour parler d’héritage : quelque chose qui nous accompagne sans toujours se montrer frontalement.

 

‎Art Bongard — la galerie qui représente Luo Mingjun, organise des expositions et collabore avec institutions et collectionneurs

Avenue du Mail, 1205 Genève info@artbongard.com (+41 79 247 89 35)

www.luomingjun.com