Pom., la marque qui tricote l’avenir

©Pom.

C’est une créatrice qui tricote son avenir au rythme des aiguilles et des rangs de laine. Marian Delgra lançait sa marque Pom. il y a tout juste une année, proposant des pulls, bonnets, et écharpes tricotés par ses soins. Passionnée depuis toujours par le travail de la laine, la jeune créatrice aujourd’hui installée dans la ville fourmillante d’Anvers inonde les réseaux sociaux de ses créations de plus en plus populaires, mais parvient à garder sa philosophie. Désireuse de promouvoir une mode durable, universelle, mais également de mettre l’accent sur le véritable coût du travail dans cet univers, elle invite sa clientèle à retrouver la vraie valeur d’une mode bien faite. Et le succès est au rendez-vous. Les commandes afflues tandis qu’on rêve de se perdre dans ses pulls douillets, aux styles originaux et intemporels, d’une qualité sans pareil. Rencontre avec une passionnée qui garde les pieds sur terre.

Quelle est l’histoire de Pom. et qu’est-ce qui vous a donné l’idée de commencer votre marque ?

J’ai commencé à tricoter quand j’avais 14 ans. À cette époque, durant mon adolescence, le tricot n’était pas considérée comme une passion très cool, mais je m’y suis accrochée. Depuis je rêve d’avoir ma marque et de vendre mes créations. Mais créer une micro-entreprise est plutôt terrifiant ! Après y avoir longuement réfléchi, avoir rêvé de ce projet, avoir dessiné des logos, créés des patrons, j’ai fini par lancer Pom. à l’automne 2019.

Selon vous, quel est le style de Pom. ?

À mes yeux Pom. est adapté aux femmes de tout style et de tout âge. Mes créations sont oversize, confortables, faciles à porter, mais véhiculent un chic naturel. Ce sont des pièces que je porte, elles reflètent vraiment mon style. Et à travers cette marque ma volonté principale est d’attirer l’attention sur le consumérisme excessif, la nécessité de pouvoir offrir des salaires justes dans ce milieu, et bien sûr la réduction du gaspillage vestimentaire.

La ville d’Anvers, et la Belgique en général, sont reconnues dans le monde entier pour la qualité et l’originalité de ses designers mode. Quelle a été votre expérience en lançant votre marque dans un lieu si emblématique ? Est-ce que votre environnement vous a poussé à vous lancer ?

Je suis née aux Philippines, et j’ai été élevée dans un petit village dans la province d’Anvers, où l’idée même de la mode était très basique. Tout le monde adoptait le style du moment, et porter quelque chose de légèrement différent attirait immédiatement l’attention. C’est pour cette raison que j’ai autant aimé déménager dans la ville ! Il n’y a aucune pression, tout le monde s’habille comme il le veut. À Anvers, il est en réalité assez difficile de faire tâche. Et c’est surtout ça qui m’angoissait. Ici rien ne semble surprendre ni choquer, il est difficile de sortir du lot et de se faire remarquer. Mais déménager ici a été une des meilleures choses qui me soit arrivée. Il y a une certaine atmosphère que je n’arriverais pas à décrire, et j’en suis tombée totalement amoureuse. Donc oui, cette ville vibrante m’a définitivement encouragé à me lancer.

©Pom.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre processus de création ? Vous travaillez uniquement sur commande, est-ce que vous pensez que cette manière de faire permettra aux consommateurs de mieux comprendre les valeurs que la mode devraient porter aujourd’hui ?

La marque se veut durable et éthique quant à la création. Nous détestons le gaspillage chez Pom., et nous avons donc un stock très limité. C’est pour quoi nous travaillons presque uniquement sur demande – il faut garder en tête qu’un pull tricoté à la main demande 20 à 25 heures de travail !

D’une certaine façon, je pense que cela a un certain charme. L’idée d’attendre pour votre pièce, qui est faite à la main de A à Z, et ce exclusivement pour vous, rend la chose encore plus unique, et ajoute une certaine valeur à votre vêtement. Je pense que les gens comprennent ainsi la vraie valeur de mon travail et la réalité derrière la création d’un vêtement de qualité.

Vous exprimez votre attachent à une mode plus lente. Comment est-ce que vous envisagez cela, et est-ce que vous pensez que cette vision du monde de la mode se développera dans un futur proche ?

J’adorerais voir de nombreuses marques partageant mes valeurs apparaitre dans les années à venir. Mais malheureusement aujourd’hui l’idée de payer le moins cher possible  semble gravé dans notre ADN. Beaucoup de personnes me disent que nos pulls sont trop chers. Mais en disant cela ils admettent qu’ils ne connaissent pas le vrai coût d’un vêtement et le travail qu’il demande. J’espère qu’une mode plus lente et plus éthique deviendra la norme à l’avenir, ou alors cela n’est peut-être qu’utopie…