Mettons du GIFF entre nous

Lucky Kirkwood, Adult Material

C’est avec tristesse que le Geneva International Film Festival a annoncé l’annulation de sa 26ème édition. Circonstances obligent. Malgré cela, leur programmation et le travail accompli ne nous ont pas laissé indifférents. On a pu croire le temps de quelques semaines qu’une manifestation culturelle d’une telle envergure pouvait se frayer un chemin dans ces eaux troubles. Le GIFF passait au travers les mailles du virus pour nous contaminer avec leur programmation toujours aussi riche et surprenante et cela encore jusqu’au 28 octobre. Gaspar Noé, Naomi Kawase, Abel Ferrara, Woodkid, Mads Mikkelsen, Sara Forestier etc. Que de personnalités qui devaient être célébrées! « Une créativité sans faille et sans fin », voici le slogan de cette édition 2020, une année qui faut le dire nous a failli (et paraît être vraisemblablement sans fin). Échappons-nous cependant avec la découverte de quelques films choisis par nos soins.

HIGHLIGHT

En ce début de mois de novembre, de remarquables projets cinématographiques devaient être mis en lumière. Passons en revue les quelques films qui nous ont intéressé. On découvre par l’auteur d’Irréversible, Gaspar Noé, Lux Aeterna. Un trailer vibrant, des sons qui retentissent, des flickers qui nous aveuglent. Ce film tourné en improvisations et en seulement cinq jours nous amène à voir des sorcières contemporaines, interprétées entre autres par Charlotte Gainsbourg, dans une déco extatique de boite de nuit. Poursuivons avec les femmes, cette fois-ci, d’un milieu clandestin avec Filles de joie de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich. Un long métrage qui nous montre une réalité bien connue mais peu commune, celle de femmes célibataires, sans diplômes, enfants à charge qui choisissent d’utiliser leurs corps. Une chose qu’elle maitrise. Puis, direction le Japon avec la réalisatrice Naomi Kawase. Sur fond printanier, le thème de la famille adoptive se cueille dans son film True Mothers. Quand la légitimité biologique questionne le rôle de la mère d’adoption, il naît une injustice pour les deux parties, à qui doit-on accorder raison ? Un tiraillement couvert par la douceur et la poésie des images. Ajoutons à cette sélection, le film de Lucas Belvaux Des hommes, ce dernier nous transporte dans un autre registre : la guerre d’Algérie. Adapté du roman de Laurent Mauvignier, l’histoire retrace le parcours d’un homme solitaire et hargneux ayant passé sa jeunesse en Algérie. Une jeunesse brisée. Les souvenirs lui reviennent, le silence se rompt. Un rôle qui ne pouvait se jouer par une autre figure que Gérard Depardieu. Un personnage hors norme avec ses propres humeurs. 

 

 

GRAND ET PETITS ECRANS

Rions un bon coup avec le film Another round du danois Thomas Vinterberg et en tête d’affiche Mads Mikkelsen. O,05% d’alcool dans le sang serait le chiffre parfait pour prendre la vie du bon côté. C’est l’idée d’un philosophe, inspirée par le mode de vie d’Hemingway qui serait de garder un taux d’alcoolémie constant uniquement durant les heures de travail, pas une goutte après 20 heures, ni le week-end. Une expérience qu’un groupe d’amis décident de s’y prêter. Une euphorie ressentie et partagée qui s’assombrit pourtant au fil des images. L’alcool mènerait-il à une catharsis ? On poursuit, sur un fond de pandémie, avec le new-yorkais Abel Ferrara qui nous livre un documentaire sur le fait de faire un documentaire, Sportin’ Life. Coincé à Berlin, en quarantaine réflexive, il se filme lui et Willem Dafoe son acteur fétiche. Des images prises sur le vif, authentiques ; on est transporté dans le Bronx à discuter avec les deux italiens. 

En série, on découvre Cellule de crise, adaptée par Jacob Berger cinéaste et ancien reporter suisse. Une série qui vaut sa place sur nos écrans romands. On connait Genève en capitale internationale abritant un nombre important d’ONG. A travers cette fiction, on connaîtra la sphère humanitaire de l’intérieur : son éthique et ses difficultés. Un thriller politique qu’on contemple avec compassion. 

 

MONDES VIRTUELS

Pour cette 26e édition, le Plaza devait rouvrir ses portes pour le GIFF avec la création de Stephan Eicher It’s alive : a journey into invisible cinema, mais consolons-nous, elle sera déplacée à une date ultérieure! Autre surprise et comme déjà annoncé, le Plaza redeviendra cinéma en 2023, le plus grand du canton et centre culturel cinéma et architecture. On vous en reparle bientôt!

Le Geneva Digital Market sera cependant maintenu du 9 au 13 mars en ligne, comme il était initialement prévu. La technologie, mot d’ordre de cette période, nous entraine toujours un peu plus loin dans l’univers fascinant (et salvateur surtout durant cette période) qu’est le virtuel.

Geneva International Film Festival

 2020.giff.ch