L’archi-sculpture selon Daniel Grataloup

Daniel Grataloup au MAMCO

Pour son cycle automnal le MAMCO nous entraîne à la re-découverte d’une figure emblématique de l’architecture prospective du bassin genevois, dès les années 1970, Daniel Grataloup. Au dernier étage du musée nous découvrons alors ses maquettes, celles des projets qu’il a mené à bien, d’autres qui resteront en suspens, ne passant jamais du carton au béton. Autrefois largement discuté pour son approche dans son travail d’une architecture résolument singulière qui allait révolutionner l’urbanisme, Daniel Grataloup deviendra une figure emblématique de cette architecture organique née de sa main dans les années 1970 et s’étant largement implantée dans le bassin genevois. L’architecte nous entraîne dans son monde de béton et de métal, offrant à notre regard fasciné les maquettes de ses nombreux projets, comme une fenêtre ouverte sur l’esprit d’un visionnaire. 

 

Un architecte venu des Beaux-Arts

En pénétrant dans la salle du quatrième étage du MAMCO, c’est une ville miniature qui se déroule sous nos yeux. Déposées sur les tables, les maisons, les temples, les constructions étranges se côtoient dans un monde presque imaginaire, notre esprit vagabondant vers ces villes merveilleuses que l’on pourrait apercevoir dans un film d’animations. C’est dans le monde d’un artiste devenu architecte que nous venons de pénétrer. Daniel Grataloup étudie les Beaux-Arts et les Arts décoratifs à Lyon et Paris, avant de déposer en 1966 un brevet de construction et de devenir architecte. Un parcours tout en courbes et divergences, à l’image de ses constructions, qui en dit long sur sa vision de l’architecture. Dès le départ, c’est un caractère résolument organique qui se manifeste dans son travail, les formes voluptueuses et moulées emblèmes de ses constructions. Une vision autre, artistique l’on pourrait dire, d’une architecture qui est bien plus qu’un toit au-dessus de nos têtes. Ici le bâtiment se fait personnage à part entière, à l’image de cette construction réalisée en Algérie et prenant la forme d’un coquillage vue du ciel. Mais tout commence en réalité bien plus tôt, dès 1968, quand l’architecte est invité à Genève par Jacqueline Jeanneret. Dès lors, Grataloup laisse libre cour à son imagination et à son désir de créer une architecture qui sera plus tard qualifiée de prospective, un chemin également emprunté par Pascal Häusermann et Chanéac dans les années 1970. Bénéficiant d’un terreau fertile pour faire croitre ses recherches, l’architecte réalise dès 1969 le temple St-Jean à La-Chaux-de-Fonds. Le premier de nombreux projets portant l’emprunte de ce visionnaire. 

Daniel Grataloup au MAMCO

Architecture-sculpture

Le temple St-Jean est certainement le parfait exemple pour illustrer les recherches de Daniel Grataloup. Sa construction même se veut pour l’époque totalement novatrice. En effet, l’architecte construit d’abord une armature en treillis métallique, sur laquelle il projette par la suite du béton. Une méthode rare pour l’époque, mais qui lui permet de jouer avec les formes, et par-dessus tout avec les courbes. Le caractère organique et elliptique de son travail restera un fil d’Arianne dans sa carrière qui trouve sa source à La-Chaux-de-Fonds. Le temple est dénué d’angles, ici uniquement des arrondis, une ellipse géante, presque lunaire. Ce premier projet sur le territoire allait alors lancer sa carrière, rapidement après sa construction il reçoit en effet ses premières commandes pour réaliser des logements privés. Il bâtit alors une villa à Anières, dans le canton de Genève, puis suivront le Grand Saconnex, Conches, avant de réaliser des projets en France, puis en Algérie. Chacune de ses créations porte sa patte : le béton projeté, immaculé, l’absence d’angles et de lignes droites, toujours cet organisme voluptueux, qui nous donnent la sensation d’avoir rencontré un mirage, un rêve, sur notre route. Le choix de la matière, de la construction basée sur une armature métallique, accentuent encore un peu plus ce que Michel Ragon qualifiera par la suite d’archi-sculpture. Tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de ses projets, Daniel Grataloup semble traiter le bâtiment comme une oeuvre à part entière, transcendant sa fonction première sans jamais la perdre de vue, élevant la construction à un rang encore plus noble, brouillant les pistes entre art et architecture. 

Daniel Grataloup au MAMCO

Des logements individuels aux collectifs 

Si les commandes se multiplient pour la réalisation de villas privées, au milieu des années 1970 Daniel Grataloup se penche sur les logements collectifs. Il imagine alors un projet qui autrefois paraissait utopique, mais qui aujourd’hui est en adéquation parfaite avec la réalité. Sur une colonne centrale les logements s’accrochent à l’image de capsules organiques, se projetant verticalement. C’est ce qu’on appellera alors l’organisme multi-coques. Le MAMCO nous propose de découvrir nombre de ces maquettes, certaines qui allaient se concrétiser, d’autres restant à l’état de recherches, mais se rassemblant toutes autour d’une esthétique propre à l’architecte. Aujourd’hui une importante partie de ses dessins ont été acquis par le Museum of Modern Art de New York, tandis qu’en 2015 le département de l’aménagement, du logement et de l’énergie (DALE), qui autrefois émettait des réserves face au travail de l’architecte, inscrit à l’inventaire l’ensemble des constructions de Daniel Grataloup. Quand le visionnaire est enfin compris…

 

Daniel Grataloup
jusqu’au 29 janvier 2023
MAMCO, Musée d’Art Moderne et Contemporain
10, Rue des Vieux Grenadiers, 1205 Genève,
www.mamco.ch/fr