Dafné Kritharas, sacrée Méditerranée

Entre ferveur et fièvre, Dafné Kritharas fait de sa voix une Méditerranée sans frontières (c) DR

Le 2 octobre, Dafné Kritharas jette l’ancre à Plan-les-Ouates avec Prayer & Sin, un troisième album où la Méditerranée n’a rien d’une carte postale. Elle y prie, pèche, aime, brûle et brouille les frontières entre Grèce et Orient, tradition et électro, ferveur et désir. Une voix de velours traversée de braises, qui transforme l’Espace Vélodrome en odyssée charnelle.

La méditerranée dans les veines
Chez Dafné Kritharas, la géographie n’a jamais vraiment appris à respecter les frontières. Tant mieux. Franco-grecque, bercée par la Crète et les étés dans l’archipel, elle grandit entre plusieurs rives, plusieurs langues, plusieurs mémoires. Les grandes voix grecques croisent les musiques arabes et africaines, les chants soufis répondent aux Balkans, le rébétiko flirte avec le jazz et l’électronique vient joyeusement déranger les ancêtres. Un métissage qui pourrait ressembler à un inventaire. Dans sa bouche, il devient une langue.

Car Dafné Kritharas ne collectionne pas les influences : elle les digère. Sa voix passe du murmure à la morsure, de la plainte à l’envolée, avec cette façon presque insolente de donner l’impression qu’elle chante depuis plusieurs siècles et exactement maintenant.

Prier, pécher, recommencer
Avec Prayer & Sin, son troisième album, le titre donne déjà le ton : prière et péché sont invités à la même table. Le sacré se frotte au charnel, la ferveur au désir, les instruments acoustiques aux pulsations contemporaines. Piano, guitare, cordes et sonorités orientales construisent un territoire mouvant où les étiquettes deviennent vite encombrantes.

Ses chansons convoquent des femmes blessées, des amantes, des exilés, des marins, des morts et quelques fantômes mythologiques. Des histoires qui semblent parfois avoir traversé les siècles avant de venir nous souffler quelque chose de terriblement actuel à l’oreille. Chez elle, les mythes ne prennent pas la poussière. Ils transpirent.

De la tragédie à la transe
Sur scène, Dafné Kritharas ne se contente pas de chanter. Elle raconte, incarne, convoque. Une histoire précède parfois une chanson, quelques mots ouvrent une brèche, puis la voix s’y engouffre. Grave, cristalline, fragile puis soudain féroce. On croit entrer dans une complainte et l’on finit presque dans une fête de village grecque.

Les panigyria, ces célébrations populaires qui ont accompagné ses étés helléniques, rôdent d’ailleurs derrière sa musique. Car chez Dafné, même la mélancolie possède un sens du rythme. Le chagrin danse, la joie garde ses cicatrices et la tragédie finit toujours par trouver un tambour.

L’odyssée fait escale à Plan-les-Ouates
Le 2 octobre, cette Méditerranée-là accoste à l’Espace Vélodrome de Plan-les-Ouates dans le cadre de la Saison culturelle, en collaboration avec JazzContreBand. Entourée de Camille El Bacha au piano, Milan Tabak à la batterie, Pierre-Antoine Despatures à la contrebasse et Louis Desseigne à la guitare, Dafné Kritharas y déploiera Prayer & Sin pendant une heure trente.

Pas besoin de billet pour Athènes. Ce soir-là, quelques accords devraient suffire pour faire dériver Genève vers le sud. Et quelque part entre la prière et le péché, il faudra surtout éviter de choisir.

Dafné Kritharas – Prayer & Sin
Vendredi 2 octobre 2026 à 20h
Espace Vélodrome, Plan-les-Ouates
Durée : 1h30
Plein tarif : CHF 25.– / tarif réduit : CHF 20.–
En collaboration avec JazzContreBand