Claire Guanella : anatomie d’un humain augmenté
Laborantine en biologie moléculaire devenue artiste, Claire Guanella n’a jamais vraiment quitté le vivant. Elle l’a simplement déplacé du microscope vers la matière. Avec Getting Robotic, présentée à la Galerie Arteresilia à Lancy, elle ausculte nos nouvelles anatomies : celles d’êtres reliés, augmentés, traversés de réseaux, mais toujours lestés de mémoire et de racines. Une archéologie du futur, quelque part entre la cellule et le circuit.
Du microscope à la matière
Avant l’art, Claire Guanella a fréquenté un autre atelier : le laboratoire. Formée comme laborantine médicale avec une spécialisation en biologie moléculaire à Zurich, elle étudie également l’histoire de l’art, puis le dessin et la céramique à Londres. Suivront la poterie, le textile, le papier et des formations entre Lausanne et Boston. Un parcours en rhizome, précisément à l’image d’une œuvre qui refuse depuis longtemps les frontières trop sages.
Car chez Guanella, tout semble affaire de matière et de mutation. Les corps, les paysages, les mots, les fibres se superposent, se contaminent et se transforment. La scientifique n’a finalement jamais complètement quitté l’artiste. Elle semble simplement avoir troqué la blouse blanche contre une autre manière de disséquer le vivant.
De la cellule au circuit
Avec Getting Robotic, cette généalogie prend une résonance particulièrement contemporaine. Les silhouettes semblent humaines sans tout à fait le rester. Des tracés les parcourent comme des réseaux nerveux devenus circuits imprimés. Des mots apparaissent, des lignes relient, des fragments s’accumulent. La chair rencontre la donnée. L’ancêtre croise l’algorithme. Mais ici, pas de robot chromé ni de science-fiction sous stéroïdes. La technologie se glisse dans l’humain presque silencieusement. Et c’est beaucoup plus troublant.
La série s’ancre dans ce que la critique Clotilde Wuthrich décrit comme une pratique de « la filiation et du réseau ». Deux notions qui pourraient sembler opposées : l’une regarde derrière nous, vers les racines ; l’autre devant, vers un monde toujours plus connecté. Guanella les fait collisionner.
Nos racines ont-elles un wi-fi ?
La question devient vertigineuse : que reste-t-il de nos héritages lorsque nos existences passent désormais aussi par les machines ? Nos souvenirs vivent dans des clouds, nos visages deviennent données, nos relations empruntent des réseaux et l’intelligence artificielle apprend à parler, écrire, dessiner et raisonner à partir des traces que nous lui abandonnons. Humanité 2.0, certes. Mais avec quelques milliards d’années de vivant encore imprimées sous le capot. Guanella ne tranche pas. Elle relie.
Ce geste traverse d’ailleurs son travail. Dans sa série consacrée aux migrations, exposée à Muttenz en 2024, l’artiste s’intéressait déjà aux mouvements, aux passages et aux transformations. Elle y rappelait que tout migre : l’être humain, bien sûr, mais également le corps, les plantes, les formes. Tout est processus. Tout est devenir. Getting Robotic semble prolonger cette pensée : après avoir migré à travers les territoires, l’humain migre désormais jusque dans la technologie.
Bugs très humains
Présente depuis plusieurs décennies sur la scène artistique suisse et internationale, Claire Guanella a exposé notamment à Genève, Berne, Zurich, Bâle, Fribourg et en France. Son travail figure dans différentes collections publiques et privées en Europe, aux États-Unis, au Japon, en Turquie, au Liban et en Israël. Elle reçoit notamment le Grand Prix du Jury d’Art Forum à Montreux en 1998 et développe parallèlement une œuvre éditoriale autour de la matière, de l’eau, de la terre, des villes et des paysages.
Autant de territoires qui convergent aujourd’hui vers cette drôle de créature : nous. Car le robot le plus fascinant de Getting Robotic n’est peut-être pas celui que nous fabriquerons demain. C’est l’humain que nous sommes déjà en train de reprogrammer aujourd’hui. Et sous les connexions, les codes et les circuits, Claire Guanella laisse heureusement subsister quelques bugs. Terriblement humains.
Getting Robotic, Claire Guanella — Galerie Arteresilia, 4A chemin de Tressy-Cordy, Lancy. Du 17 au 27 septembre 2026. Vernissage jeudi 17 septembre dès 18h. Jeudi et vendredi de 17h à 20h, samedi et dimanche de 15h à 18h. claireguanella.ch · Galerie Arteresilia

