bendor, l’art de faire île
Bendor prouve que les plus grands rêves tiennent parfois sur les plus petites île © Bendor
Au large de Bandol, sept minutes de bateau suffisent pour larguer les amarres du quotidien. Sur ce confetti de Méditerranée où Paul Ricard avait jeté l’ancre de ses extravagances, Zannier Hotels signe une renaissance aussi ambitieuse que délicate. Entre dolce vita, audace artistique et luxe sans esbroufe, Bendor reprend du service sans perdre le nord. Ni son âme.
Un ricard, sinon rien
Il fallait avoir un sacré grain de folie pour transformer sept hectares de roche en paradis terrestre. Et une bonne dose d’anis pour donner du goût à l’utopie. En 1950, Paul Ricard acquiert l’île de Bendor, au large de Bandol. Le créateur du célèbre pastis, homme d’affaires visionnaire mais également peintre contrarié, ne rêve pas d’un énième refuge pour milliardaires. Il veut bâtir un monde à part, ouvert aux artistes, aux rêveurs et aux amoureux de la vie.
Bien avant sa renaissance, l’île de Paul Ricard cultivait déjà l’art de vivre à contre-courant, entre voiliers, pierres provençales et rêves de grandeur © Société Paul Ricard
Ateliers, théâtre, galeries, sculptures, fêtes et rencontres : l’île devient un laboratoire de liberté où se croisent Salvador Dalí, Joséphine Baker, Fernandel ou encore Jean-Paul Belmondo. Un petit théâtre de la démesure où la création ne manque ni d’espace ni d’aplomb. Ici, la vie se boit sans modération et l’imagination n’a jamais connu la sobriété. Mais les paradis aussi prennent des rides. Après des décennies de splendeur et une lente mise en sommeil, Bendor ferme en 2021. Rideau sur la scène méditerranéenne. Jusqu’à ce qu’un autre rêveur décide de rallumer les projecteurs.
L’art de renaître sans se renier
À la barre de cette renaissance, deux hommes : Marc de Jouffroy, arrière-petit-fils de Paul Ricard, gardien d’une mémoire familiale profondément enracinée, et Arnaud Zannier, esthète de l’hôtellerie qui préfère l’âme des lieux à l’ostentation des étoiles.
Entre héritage familial et vision hôtelière, le rêve de Paul Ricard reprend vie sous l’impulsion de Marc de Jouffroy et Arnaud Zannier © Photo Groupe Nice Matin
Après cinq années de travaux, l’île rouvre au printemps 2026 sous une nouvelle constellation cinq étoiles. Avec l’agence Hardel Le Bihan Architectes, le pari consiste moins à réinventer Bendor qu’à réveiller ce qui sommeillait sous ses pierres. Façades provençales, placettes ombragées, maisons de pêcheurs aux couleurs tendres, jardins méditerranéens et sculptures monumentales composent un village où le passé ne prend jamais la poussière. La prouesse ? Avoir réussi à faire entrer le luxe dans le paysage sans lui laisser prendre toute la place.
Trois escales, mille façons de larguer les amarres
À Bendor, le luxe ne se décline pas à l’unisson. Il compose une partition à trois voix, trois atmosphères, trois façons de goûter à l’insularité. Avec ses 93 chambres et suites, Zannier cultive l’art de changer de décor sans jamais perdre le fil de son histoire. Le Delos donne le ton avec son élégance délicieusement rétro, ses arches sculpturales, ses couleurs solaires et ses clins d’œil appuyés aux sixties. Une Riviera de cinéma où l’on s’attend presque à croiser Brigitte Bardot au détour d’un parasol. À quelques pas, le Soukana joue une tout autre musique. Pierre brute, teintes minérales, matières naturelles et lumière à profusion composent un refuge où la Méditerranée semble avoir trouvé son plus bel écrin. Le temps y prend ses aises, le regard ses quartiers d’été. Quant aux cinq Maisons Madrague, blotties près du port, elles cultivent un charme provençal plus confidentiel, entre jardins privés, douceur domestique et délicieux sentiment d’être chez soi, ailleurs. Trois adresses, trois tempéraments, mais une même philosophie : le véritable luxe ne consiste pas à en faire trop, mais à ne manquer de rien.
Dans les suites du Soukana, tonalités terracotta, matières enveloppantes et élégance épurée invitent à prolonger les rêves éveillés © Bendor
L’onde à l’âme, le corps à la fête
À Bendor, même les heures creuses ont du relief. Et pour qui rêve de se jeter à l’eau sans perdre pied, l’île déploie une collection de piscines aussi spectaculaires que les paysages qu’elles embrassent. Entre courbes architecturales, pierres blondes et camaïeux de bleu, les bassins rivalisent d’allure avec la Grande Bleue. Au Delos, la baignade prend des airs de dolce vita, tandis qu’au Soukana, un bassin de 30 mètres invite à aligner les longueurs ou à laisser les pensées prendre le large. Mais c’est au spa Rēsonance que le lâcher-prise atteint des profondeurs insoupçonnées. Déployé sur 1 200 m², ce temple du bien-être aux accents de thermes antiques fait dialoguer la sagesse des rituels ancestraux avec les prouesses des technologies contemporaines. Hammam, bains glacés, cryothérapie, dôme Iyashi, soins sur mesure et balnéothérapie composent une véritable odyssée sensorielle, où chaque expérience invite à renouer le dialogue avec son corps. Les plus remuants trouveront leur bonheur entre Pilates Reformer, yoga et méditation, histoire de travailler l’équilibre sans perdre le nord. Ici, on prend soin de soi sans se prendre au sérieux, on se laisse porter sans dériver et l’on découvre que le plus délicieux des voyages est parfois intérieur. Une parenthèse où les corps se délient, les tensions se dénouent et les pensées se la coulent douce.
Au spa Rēsonance, la pierre épouse l’eau, la lumière caresse les courbes et le bien-être prend des allures de rituel antique © Bendor
La mer à boire, la terre à croquer
À Bendor, l’appétit vient en naviguant et les papilles n’ont pas fini de prendre le large. Sous la houlette du chef étoilé Lionel Lévy, l’île décline la Méditerranée à toutes les sauces, sans jamais perdre le goût du partage. Au Nonna Bazaar, la Provence flirte avec l’Italie, le Maghreb et le Levant dans un joyeux métissage de saveurs où les assiettes circulent aussi librement que les conversations. À la Table du Delos, l’élégance des sixties se déguste au bord de la piscine, tandis que le Soukana met le cap sur l’Asie avec une cuisine légère, subtile et délicatement parfumée. Sur le port, le Café Paul Ricard perpétue l’esprit bistrot, celui des petits plaisirs sans grandes manières. Autant d’escales gourmandes avant de jeter l’ancre au Grand Large, véritable joyau gastronomique de l’île.
Au Nonna Bazaar, matières naturelles, céramiques et lumière dorée composent une ode au charme méditerranéen © DePasquale+Maffini
Lucas antoniotti, le goût du large et l’audace en bouche
Au Grand Large, la Méditerranée ne se contente pas de faire tapisserie. Elle donne le la, inspire la carte et s’invite jusque dans les moindres détails de l’assiette. Dans son écrin bleu et blanc, cette adresse historique ressuscitée cultive une gastronomie qui a du caractère sans faire de manières. Aux fourneaux, Lucas Antoniotti, jeune Marseillais de 26 ans au talent déjà bien trempé, a fait ses armes auprès d’Arnaud Donckele, à La Vague d’Or, table auréolée de trois étoiles Michelin à Saint-Tropez. Un parcours étoilé qui ne lui a manifestement pas donné le goût de se regarder briller.
Premier chef en résidence d’un concept imaginé avec Fulgurances, il ouvre le bal d’une aventure culinaire où de jeunes talents se succéderont au fil des saisons pour réinterpréter le terroir provençal. Sa partition ? Une Méditerranée à fleur de peau, ancrée dans ses racines mais jamais enfermée dans ses traditions. L’asperge verte se décline en textures et en acidités, tandis que le rouget, escorté de fenouil braisé, plonge dans les profondeurs d’un bouillon de roche relevé d’une rouille de son propre foie. Tout est affaire de justesse, de tempérament et d’équilibre. Une cuisine qui ose sans poser, surprend sans surjouer et préfère l’émotion à la démonstration.
Sous ses arches ouvertes sur la Méditerranée, la table gastronomique accueille la cuisine inspirée de Lucas Antoniotti, où le terroir provençal prend un délicieux coup de jeune © Bendor
De cette rencontre avec Lucas Antoniotti se dégage surtout l’impression d’une génération qui n’entend pas suivre les recettes toutes faites. Le jeune chef a déjà le pied marin, le palais affûté et l’avenir à portée de fourchette. Une belle promesse qui rappelle qu’à Bendor, les étoiles ne brillent pas seulement au-dessus de la mer.
L’art n’a pas dit son dernier mot
Le plus beau pied de nez au temps se niche peut-être ailleurs que dans les suites et les piscines. Fidèle à l’esprit de son fondateur, Bendor redonne une place centrale à la création. Galerie d’art, ateliers d’artisans, résidences, rencontres et sculptures réinvestissent cette terre qui n’a jamais cessé de vouloir être une œuvre en soi. L’ancien théâtre Vincent Scotto reprend du galon artistique, tandis que des créateurs contemporains renouent le dialogue entre gestes, matières et imagination. Une île qui ne se contente pas d’être belle à regarder, mais qui invite encore à regarder autrement.
Le luxe de ne pas être une île déserte
Reste la plus jolie contradiction de Bendor : être privée sans vouloir devenir inaccessible. Car derrière ses prestations cinq étoiles, l’île conserve l’ambition d’accueillir promeneurs, curieux et habitants de Bandol. Une partie de pétanque, une crêpe sur le port ou quelques pas au bord de l’eau suffisent pour en goûter l’esprit.C’est peut-être là que réside sa véritable singularité. À l’heure où le luxe multiplie les frontières pour cultiver l’exclusivité, Bendor tente de faire exactement l’inverse : préserver le privilège sans confisquer le plaisir.
Au Delos, velours, courbes seventies et teintes chaleureuses ressuscitent le glamour insouciant de la Riviera © Bendor
Et lorsque le soleil embrase les rochers, que la mer se couvre d’or et que le continent semble appartenir à une autre vie, une évidence s’impose : Paul Ricard avait peut-être inventé un pastis, mais son plus beau mélange reste celui des gens, des genres et des générations. À Bendor, le temps ne se suspend pas. Il reprend goût à la vie.
Zannier Île de Bendor, 83150 Bandol, France
Accès par navette maritime depuis le port de Bandol, environ 7 minutes de traversée
93 chambres et suites, restaurants, bars, spa, galerie d’art et ateliers créatifs
www.zannierhotels.com