50 Best Hotels : Badrutt’s met la Suisse au sommet
Paris avait sorti ses ors, les palaces leurs rêves les plus hauts. Pour la première fois, The World’s 50 Best Hotels quittait Londres pour faire son lit sous le Louvre. Go Out! était là, au battement près : les noms tombent, les souffles se coupent, les lauréats se lèvent et les larmes montent. Rosewood Hong Kong garde sa couronne, mais c’est un éclat des Alpes qui nous cueille en plein cœur. Badrutt’s Palace se hisse au 36e rang mondial et décroche le SeiBellissimi Art of Hospitality Award, une première suisse. Ce soir-là, Saint-Moritz avait quitté ses sommets pour conquérir Paris : un Palace sous les ors, des étoiles dans les yeux et la Suisse, enfin, au sommet de l’art de recevoir.
Paris vaut bien une nuit
Sous les voûtes du Carrousel du Louvre, la planète palace avait rendez-vous avec son firmament. Hong Kong croise Bangkok, Tokyo tutoie Marrakech, Côme trinque avec São Paulo et Saint-Moritz descend de ses montagnes. Un atlas du luxe en smoking, où les frontières fondent au rythme des coupes qui tintent.
Pour sa quatrième édition, The World’s 50 Best Hotels change de chambre et, surtout, d’adresse. Après trois cérémonies londoniennes, le classement traverse la Manche pour poser pour la première fois ses valises à Paris. Go Out! était dans la salle. Et derrière la mécanique millimétrée d’une cérémonie internationale, quelque chose déborde très vite du protocole : l’émotion. Les numéros défilent à rebours. Les regards se cherchent. Les mains se serrent. Puis un nom tombe et une table explose. On se lève, on s’enlace, parfois on pleure. Ceux qui passent leur vie à orchestrer les émotions des autres se retrouvent soudain submergés par les leurs. Le luxe perd alors un peu de son lustre pour gagner beaucoup d’humanité.
Hong kong, toujours plus haut
Au sommet, Rosewood Hong Kong refuse de rendre sa couronne. Déjà numéro un en 2025, le géant posé au-dessus de Victoria Harbour conserve son titre de World’s Best Hotel. Soixante-cinq étages, 413 chambres et suites, onze restaurants et bars, un vaste espace bien-être Asaya : l’adresse imaginée par Tony Chi ne se contente plus de tutoyer le ciel, elle semble y avoir pris résidence.
Bangkok lui souffle pourtant dans le cou. Capella Bangkok prend la deuxième place tandis que Four Seasons Bangkok at Chao Phraya River complète le podium. L’Asie impose 18 établissements dans le Top 50, mais l’Europe joue les grandes dames avec 21 adresses classées. L’Italie et la France en comptent chacune six. Passalacqua, perle posée sur le lac de Côme, atteint la cinquième place et conserve pour la troisième année son Best Boutique Hotel Award. Un bal de géants, donc. Puis les Alpes entrent dans la danse.
Un palace, un pays, un frisson
Badrutt’s Palace. Saint-Moritz. Numéro 36. Quelques mots sur un écran et notre cœur helvétique prend soudain de l’altitude. Seul établissement suisse à intégrer le Top 50 cette année, le palace grison aurait déjà pu savourer son entrée dans ce cercle très serré. Mais Paris lui réservait un supplément d’âme : le SeiBellissimi Art of Hospitality Award, qui récompense l’excellence du service, le souci du détail et l’expérience offerte aux hôtes. Une première pour une adresse suisse.
Et c’est peut-être là que le prix devient particulièrement beau. Dans une industrie capable de compter les suites, les étoiles, les mètres carrés et parfois jusqu’aux fils des draps, Badrutt’s est distingué pour ce qui ne se mesure presque pas. Un geste. Un regard. Une attention. Cette science subtile d’être présent sans peser, de prévoir sans paraître, de transformer un séjour en souvenir avant même que l’on ait compris pourquoi. Car recevoir est un métier. Faire se sentir attendu est un art.
La précision sans la partition
Ouvert en 1896, Badrutt’s Palace pourrait facilement se contenter de son histoire. Plus d’un siècle face au lac de Saint-Moritz, une silhouette de château devenue icône, des générations de têtes couronnées, d’artistes et de voyageurs passées sous ses plafonds. Mais une légende qui se contente de se regarder vieillir finit en musée. Badrutt’s préfère le mouvement.
Ici, l’héritage ne s’empaille pas, il s’incarne. Le cérémonial conserve son panache sans prendre la poussière. La précision reste suisse, mais jamais froide. Et derrière le décor de conte alpin se joue chaque jour une chorégraphie presque invisible, portée par celles et ceux qui savent que le véritable luxe commence souvent là où l’effort disparaît. Pas besoin d’en faire des tonnes quand chaque détail pèse son gramme d’or.
Cinquante nuances de nuit
Pendant ce temps, la planète palace poursuit sa révolution. Rosewood São Paulo bondit jusqu’à la sixième place. Casa Maria Luigia, l’univers de Massimo Bottura à Modène, signe la plus haute nouvelle entrée en surgissant directement au 18e rang. Patina Osaka, 33e, repart avec le Best New Hotel Award. Atlantis The Royal à Dubaï, quatrième mondial, décroche le Best Beach Hotel Award. Au Mexique, Chablé Yucatán, neuvième, reçoit l’Eco Hotel Award, tandis que Las Ventanas al Paraíso réalise une envolée de dix-neuf places pour atteindre le 25e rang.
Et Paris ne se contente pas de prêter ses ors à la cérémonie. Hôtel de Crillon grimpe jusqu’à la 14e place, Le Bristol se pose au 19e rang, Cheval Blanc Paris au 20e, tandis que Plaza Athénée fait son entrée dans le classement à la 41e place. Cinquante hôtels. Six continents. Autant de manières de réinventer cette vieille obsession humaine : partir ailleurs pour se sentir, quelques nuits, exactement à sa place.
Derrière les étoiles, des humains
The World’s 50 Best Hotels repose sur les votes d’une Academy de plus de 800 membres répartis dans treize régions du monde : hôteliers, journalistes spécialisés, professionnels du secteur et voyageurs aguerris. Chaque votant choisit ses adresses à partir de séjours réellement effectués au cours des trois années précédentes. Deloitte intervient comme adjudicateur indépendant du processus.
Voilà pour les chiffres. Dans la salle, ils finissent pourtant par devenir secondaires. Ce que l’on emporte de Paris tient davantage dans les visages. Dans cette seconde suspendue avant qu’un nom ne soit prononcé. Dans les bras qui se nouent lorsque le verdict tombe. Dans les larmes discrètes de ceux qui savent combien de nuits de travail se cachent derrière une nuit parfaite. Et puis cette image : Badrutt’s Palace montant chercher son prix. Pendant quelques minutes, sous les ors du Louvre, Saint-Moritz semblait avoir déplacé ses montagnes jusqu’à Paris.
Ce soir-là, les Alpes avaient déplacé leurs sommets jusqu’à Paris. Pour rappeler qu’au royaume des mille étoiles, le plus grand luxe reste peut-être celui qui ne se compte pas : une attention qui touche juste et laisse une empreinte longtemps après que la porte s’est refermée.
The World’s 50 Best Hotels 2026
www.the50.com
Badrutt’s Palace, Saint-Moritz : n°36 mondial
SeiBellissimi Art of Hospitality Award 2026


