Valse d’émotions

La Fondation Fluxum, en collaboration avec le Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut (LaM), présente jusqu’au 15 juin 2019 « Danser brut. Le corps instrument ». L’exposition-dossier étudie de façon inédite les liens entre certaines formes de danse et l’art brut avec une approche à la lisière de l’art et de la démence. Ainsi, diverses expressions artistiques sont ici présentées, de la photo au cinéma, en passant par la sculpture et le dessin de la fin du XIXème siècle à nos jours. On y explore l’art brut sous le prisme de la danse et du geste, parfois involontaire, répétitif, saccadé ou hors-norme. Difficile à décrire, cette exposition traversée par le rythme et l’émergence fait partie de celles que l’on doit vivre pour être saisi. Spirales phénoménales, corps serrés et danses extravagantes. Avant-goût.
Rares sont les expositions qui proposent une relecture singulière de l’histoire de l’art. En collaboration avec le Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut (LaM), la Fondation Fluxum, dont l’espace à la rue de la Muse a été inauguré en octobre dernier, relève ce challenge. Celui de mettre en exergue certaines œuvres d’art brut sous l’angle des modes d’expressivité du corps. Ici, cela peut aller du simple geste, d’un trait énergique sur une feuille de papier, à la danse et à tout déplacement du corps dans l’espace! Ces mouvements que l’on observe dans des expressions artistiques marginales s’inscrivent souvent dans des contextes inhabituels ou difficiles à remarquer, ils sont parfois involontaires, répétitifs ou témoignent d’un équilibre précaire. Sans relever de la danse, ils en constituent à la fois une expression et une altérité.
Ainsi, le parcours de cette exposition laissant une large place à l’interdisciplinarité est d’une impressionnante harmonie grâce au méticuleux travail des deux commissaires d’exposition: Savine Faupin et Christophe Boulanger. Ces deux derniers mettent en correspondance avec sagacité et modernité, différentes façons et expressions d’être au monde, à travers la création artistique : cinéma muet, archives hospitalières, constructions d’art brut, dessins réalisés en état de conscience modifiée, musiques brutes, tracés éphémères, folles impulsions du corps, pantomimes et danses magiques. Dès le pied foulé à la Fondation Fluxum, on y découvre un des surprenants personnages sculptés d’Ulrich Bleiker, bras tendus, seins dressés, coiffée d’un arbre et en train d’accoucher! D’entrée de jeu, l’exposition jette le trouble.
Puis, on passe à des histoires beaucoup plus angoissantes. Des récits où les gens sont possédés par la danse comme pendant l’été 1518 à Strasbourg. Quelques personnes, puis des centaines, sont emportées dans une épidémie de danse frénétique, parfois jusqu’à la mort. Le parcours dévoile également les travaux du médecin Jean-Martin Charcot. Pour lui, certains gestes répétitifs sont maladifs, relevant de l’hystérie ou de l’épilepsie. On voit à travers les photographies de ses patients qu’il y a une succession de gestes qui peut presque être vue comme une forme de danse. Au fil de l’exposition, on découvre également les dessins du célèbre danseur russe Vaslav Nijinski ou encore les films de Charlie Chaplin! C’est là que se trouve la force d’une telle exposition, avec la mise en correspondance de ces divers modes et expressions d’être au monde. Elle pose un regard inédit et transversal sur la danse à partir de l’art brut mais aussi de l’art contemporain, du cinéma ou encore de la musique!
Exposition jusqu’au 15 juin 2019
Table Ronde : Le geste dansé : entre émancipation et aliénation – Vendredi 3 mai 2019
Conférence de Christian Dumais-Lvowski et projection du film Vaslav Nijinski, une âme en exil le jeudi 16 mai 2019
Fondation Fluxum Genève
5 rue de la Muse, 1207 Genève
022 436 81 91
info@fluxumfoundation.org
www.fluxumfoundation.org
