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Publié par le 17.07.2018

Le calme règne à la Villa Rigot en ce milieu du mois de mai. Après quelques minutes d’attente dans un hall où meubles USM et rallonges électriques côtoient stucs et autres moulures, on nous emmène dans les couloirs sombres de ce resplendissant Trianon qui se garde du chaud par l’obscurité. En haut de quelques marches, dans l’antichambre d’un bureau, on croise un clavecin qui semble attendre sa destination finale. Mais le directeur ne peut l’accueillir dans sa grande pièce de travail, déjà occupée par celui de son père. C’est avec le sourire que Tobias Richter reçoit. On s’installe devant son magnifique bureau de style Directoire, « c’était celui de Kofi Annan, il est beau, mais pas pratique ! » assure-t-il, posant naturellement l’intime atmosphère de l’heure qui suivra. Un tête-à-tête chargé de confidences sur une vie bien remplie et sur les complexes rouages du Grand Théâtre.

Par Fabien BERGERAT

Tobias Richter (c)Nicolas Schopfer, Le calme règne à la Villa Rigot en ce milieu du mois de mai. Après quelques minutes d’attente dans un hall où meubles USM et rallonges électriques côtoient stucs et autres moulures, on nous emmène dans les couloirs sombres de ce resplendissant Trianon qui se garde du chaud par l’obscurité. En haut de quelques marches, dans l’antichambre d’un bureau, on croise un clavecin qui semble attendre sa destination finale. Mais le directeur ne peut l’accueillir dans sa grande pièce de travail, déjà occupée par celui de son père. C’est avec le sourire que Tobias Richter reçoit. On s’installe devant son magnifique bureau de style Directoire, « c’était celui de Kofi Annan, il est beau, mais pas pratique ! » assure-t-il, posant naturellement l’intime atmosphère de l’heure qui suivra. Un tête-à-tête chargé de confidences sur une vie bien remplie et sur les complexes rouages du Grand Théâtre., par fabien bergerat, go out magazine

Tobias Richter (c)Nicolas Schopfer

Selon vous, le temps passé aux Nations a-t-il transformé le Grand Théâtre ? Quel impact cette période a-t-elle eu sur les productions et sur le rapport au public ?

Notre temps aux Nations n’a pas transformé l’institution, mais a élargi notre public et notre rayon d’action. Nous avons eu beaucoup de nouveaux spectateurs, probablement parce que nous avons touché un nouveau bassin de population en nous installant sur la rive droite. Aussi, malgré certaines réserves, le public traditionnel a fait le déplacement. Le bâtiment est moins intimidant pour un nouveau public qu’un temple avec des colonnes et des dorures, ce qui a tout de suite mis à l’aise tant le public que nos équipes. C’est une structure qui respire l’odeur du théâtre ! Nous nous réjouissons beaucoup de réintégrer nos anciens murs, mais nous regretterons certainement l’Opéra des Nations, qui restera un bel épisode, une belle parenthèse de trois ans.

Le choix, aux Nations, d’œuvres aux dimensions plus intimes a-t-il attiré un nouveau public ?

La programmation à l’Opéra des Nations constitue un projet artistique différent. Le public s’est trouvé confronté à un répertoire que l’on voit rarement à la place de Neuve, et les restrictions dues aux moyens techniques limités ont été une incroyable opportunité de découvrir de nouvelles choses. Cette scène offre un cadre similaire aux théâtres de tréteaux, qui met en valeur les métiers du théâtre. C’est une belle sensation ! Ce choix de productions plus inhabituelles a certainement attiré un nouveau public. Certains sont sceptiques lorsqu’on leur propose une œuvre qu’ils ne connaissent pas, mais le programme a été une source de bonnes surprises et de découvertes à succès, par exemple avec Wozzeck.

La prochaine saison affiche un programme varié, marqué par le Ring et le déménagement. Quel a été l’impact du retard des travaux sur la programmation et comment êtes-vous arrivé au bout de ces enjeux ?

L’impact a été énorme. Nous avons ficelé la saison prochaine à sa septième mouture ! Alors que nous avons généralement 3 ou 4 ans d’avance, nous avons dû réajuster complètement le programme en octobre dernier, en accord avec l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR) qui fête son centenaire et qui a réussi à s’adapter à nos besoins malgré sa saison chargée. La réalité, c’est qu’il faut faire avec. Le théâtre est le dernier paradis des arts vivants, qui comme leur nom l’indique peuvent être une source d’imprévus.

Le déménagement sur la rive droite s’est fait en pleine saison, ce qui était lourd et cher. Nous voulions éviter de réitérer l’expérience dans l’autre sens, mais y sommes maintenant contraints. Puis il y a le conflit Ville-Canton qui affecte notre plan financier quadriennal, plus respecté. Mais l’essentiel pour moi est d’avoir pu proposer une belle saison malgré ces aléas, car c’est ça qui intéresse le public.

Gergely Madaras (c)rtbf.be, Le calme règne à la Villa Rigot en ce milieu du mois de mai. Après quelques minutes d’attente dans un hall où meubles USM et rallonges électriques côtoient stucs et autres moulures, on nous emmène dans les couloirs sombres de ce resplendissant Trianon qui se garde du chaud par l’obscurité. En haut de quelques marches, dans l’antichambre d’un bureau, on croise un clavecin qui semble attendre sa destination finale. Mais le directeur ne peut l’accueillir dans sa grande pièce de travail, déjà occupée par celui de son père. C’est avec le sourire que Tobias Richter reçoit. On s’installe devant son magnifique bureau de style Directoire, « c’était celui de Kofi Annan, il est beau, mais pas pratique ! » assure-t-il, posant naturellement l’intime atmosphère de l’heure qui suivra. Un tête-à-tête chargé de confidences sur une vie bien remplie et sur les complexes rouages du Grand Théâtre., par fabien bergerat, go out magazine

Gergely Madaras (c)rtbf.be

On retrouve cette saison Gergely Madaras à la direction de Viva la Mamma!, qui avait fait briller le joyau perdu de Fantasio l’hiver dernier dans la fosse des Nations. Quelle relation avez-vous construite avec le jeune chef et pourquoi ces pièces légères et universelles sont-elles importantes pour le Grand Théâtre selon vous ?

Ce sont des comédies, infiniment plus difficiles à exécuter que les drames. Nous devons présenter toutes les facettes du répertoire lyrique, et le public de la période des fêtes est demandeur d’ambiances joyeuses et festives et nous offre l’occasion de produire de telles œuvres. L’œuvre de Donizetti, dont le titre est en réalité « le Convenienze ed Inconvenienze teatrali », sera l’occasion d’une découverte pour le public genevois, puisque la pièce n’a jamais été donnée au Grand Théâtre depuis sa réouverture en 1962. Prévue pour une grande salle, la mise en scène sera adaptée par son créateur Laurent Pelly, qui connaît bien l’Opéra des Nations.

Gergely Madaras est un excellent jeune chef, qui a une aura intéressante. De culture européenne, issu de l’école hongroise, il a trouvé une bonne synthèse entre un style d’influence baroque et une tradition mozartienne au théâtre. C’est un excellent représentant de la jeune génération, qui a fait un travail remarquable avec la Flûte enchantée et avec Fantasio à Genève. J’ai la chance de le côtoyer à la fois dans ses interprétations lyriques au Grand Théâtre et dans ses performances symphoniques au Septembre Musical, où je l’ai également invité.

Après le défi réussi de Wozzeck, David McVicar revient la saison prochaine mettre en scène Médée. Quelle relation avez-vous construite avec ce grand metteur en scène ?

Ma relation avec David McVicar a commencé il y a une vingtaine d’années. Il a réalisé sa première mise en scène en Allemagne chez moi. J’étais un de ses parrains de la première heure dans son passage de la comédie au monde lyrique. J’ai vu son travail pour le théâtre dramatique en Royaume-Uni puis l’ai invité à Düsseldorf pour une mise en scène de Tamerlano de Haendel. Malgré un budget presque nul, il a fait un travail magnifique. Il a ensuite accompli une immense carrière à l’opéra, mais reste un vrai homme de théâtre et, malgré son succès, notre relation est toujours la même. Lorsque je l’invite, il vient toujours en dépit de son agenda chargé.

La Médée de Charpentier est un projet qu’on a monté ensemble et que je souhaitais réaliser beaucoup plus tôt, lien avec les versions signées Cavalli et Boccherini. C’est une grande production imaginée pour le Coliseum de Londres et le Grand Théâtre de Genève qu’on ne pouvait présenter qu’une fois de retour dans nos murs historiques.

Suite au grand succès du Ring il y a cinq ans, vous avez choisi d’inaugurer le Grand Théâtre à la place de Neuve l’hiver prochain, avec une nouvelle programmation de la production de Dieter Dorn et Jürgen Rose. Quel est votre rapport personnel à cette œuvre, et plus particulièrement à cette production ?

J’entretiens un rapport très fort à cette œuvre, sur laquelle j’ai travaillé tout au long de ma carrière. J’ai quitté mon poste d’assistant metteur en scène et régisseur au Grand Théâtre en 1974 pour rejoindre Götz Friedrich à Covent Garden, au moment où il se lançait dans la production de son fameux Ring, qui restera avec celui de Chéreau l’une des deux grandes productions de la tétralogie dans les années 1970.

J’ai moi-même monté un demi-Ring dans une usine désaffectée de sidérurgie Thyssen dans la vallée de la Ruhr, région où les sujets de l’œuvre puisent leur essence autant que dans la Révolution industrielle. D’immenses structures – construites à l’époque de Wagner – ont été transformées en salles de spectacle et nous étions parmi les premières équipes à les exploiter. Nous y avons joué L’Or du Rhin et La Walkyrie dans un froid terrible devant un public en manteaux et pourtant ravi ! Nous n’avons malheureusement pas pu terminer ce Ring, notamment à cause de l’hiver glacial.

Dans les années 1990-2000, avec ma compagnie de Düsseldorf, nous avons présenté pour la première fois un Ring au théâtre national de Prague. C’était un spectacle énorme. En arrivant au Grand Théâtre, il était indispensable pour moi d’en présenter une production de qualité, et Dieter Dorn et Jürgen Rose se sont imposés comme un choix évident, car ils incarnent une certaine histoire du théâtre.

Das Rheingold, Richard Wagner (c)Opera Musica, Le calme règne à la Villa Rigot en ce milieu du mois de mai. Après quelques minutes d’attente dans un hall où meubles USM et rallonges électriques côtoient stucs et autres moulures, on nous emmène dans les couloirs sombres de ce resplendissant Trianon qui se garde du chaud par l’obscurité. En haut de quelques marches, dans l’antichambre d’un bureau, on croise un clavecin qui semble attendre sa destination finale. Mais le directeur ne peut l’accueillir dans sa grande pièce de travail, déjà occupée par celui de son père. C’est avec le sourire que Tobias Richter reçoit. On s’installe devant son magnifique bureau de style Directoire, « c’était celui de Kofi Annan, il est beau, mais pas pratique ! » assure-t-il, posant naturellement l’intime atmosphère de l’heure qui suivra. Un tête-à-tête chargé de confidences sur une vie bien remplie et sur les complexes rouages du Grand Théâtre., par fabien bergerat, go out magazine

Das Rheingold, Richard Wagner (c)Opera Musica

Combien de personnes travailleront sur le montage de cette production du Ring ? Est-ce davantage que pour un opéra « standard » ?

Le montage d’un Ring requiert la participation de toute la maison, soit environ 285 personnes, ainsi qu’entre 100 et 150 extras. L’œuvre commence et se termine par un plateau vide, mais entre-temps, l’absolue intégralité de nos moyens techniques est exploitée.

Comment concevez-vous le caractère symbolique de ce choix de programmation pour marquer la fin des chapitres Richter et Nations, et l’ouverture du nouveau chapitre Place Neuve ?

C’est un symbole fort, bien sûr. La tétralogie de Wagner est un des projets phares de l‘art lyrique, elle est à l’opéra ce qu’un « 8000 mètres » est à l’alpinisme. Pouvoir la réaliser, c’est un peu le sommet.

Quelle est selon-vous la place du Grand Théâtre dans la cité genevoise, et les liens qu’il entretient avec le canton et les autres communes ?

J’ai toujours été très impressionné par la grande importance attachée à la place de notre institution dans le bassin lémanique par l’ensemble de la population, y compris ceux qui ne la fréquentent pas. En revanche, je m’étonne toujours des problèmes parfois superflus que pose la politique dans la gestion quotidienne. La querelle Ville-Canton nous coûte énormément d’énergie et d’argent. Les conflits gauche-droite, quant à eux, se font souvent sur le dos du Grand Théâtre. Ce ne sont même pas des conflits idéologiques, mais des querelles sur des détails. Cela me laisse assez perplexe. Le Grand Théâtre a une très belle place dans le paysage local et une excellente réputation internationale, c’est une institution solide et respectée dans tous les milieux de la société, j’aimerais qu’on nous laisse davantage faire notre travail.

Cette place tenue par l’institution a-t-elle été redéfinie par le déménagement temporaire aux Nations. Quels sont les grands enjeux posés par ce double déménagement d’une maison d’opéra ? Est-ce quelque chose qui avait été fait auparavant ?

C’est quelque chose qui arrive souvent lorsqu’il s’agit de restaurer un bâtiment historique. Le rythme et le calendrier des travaux sont soumis à des contraintes politiques et pratiques qui font que la situation idéale n’existe pas. Les travaux devaient commencer en 2014, ils ont débuté en 2016. Le calendrier amène toujours des surprises, mais c’est la relation au public qui est délicate à gérer. Nous avons déménagé en milieu de saison pour limiter les dégâts à ce niveau, car si l’on avait arrêté toute la machine, on prenait le risque qu’il ne nous suive pas. L’abonné est un archétype de public en disparition dans une société de loisir où chacun veut décider de ses activités au jour le jour. Les abonnés sont très précieux pour nous, ils nous apportent leur soutien et leur contribution tout au long d’une saison. Aujourd’hui, nous en avons entre 4’000 et 5’000 aux Nations, mais lors du dernier Ring à la place de Neuve nous avons dépassé les 8’000.

Die Walküre, Richard Wagner ©Carole Parodi, Le calme règne à la Villa Rigot en ce milieu du mois de mai. Après quelques minutes d’attente dans un hall où meubles USM et rallonges électriques côtoient stucs et autres moulures, on nous emmène dans les couloirs sombres de ce resplendissant Trianon qui se garde du chaud par l’obscurité. En haut de quelques marches, dans l’antichambre d’un bureau, on croise un clavecin qui semble attendre sa destination finale. Mais le directeur ne peut l’accueillir dans sa grande pièce de travail, déjà occupée par celui de son père. C’est avec le sourire que Tobias Richter reçoit. On s’installe devant son magnifique bureau de style Directoire, « c’était celui de Kofi Annan, il est beau, mais pas pratique ! » assure-t-il, posant naturellement l’intime atmosphère de l’heure qui suivra. Un tête-à-tête chargé de confidences sur une vie bien remplie et sur les complexes rouages du Grand Théâtre., par fabien bergerat, go out magazine

Die Walküre, Richard Wagner ©Carole Parodi

Quel moment particulier d’une production vous a le plus marqué au cours de ces dix années ?

Le Ring bien sûr ! C’était un nouveau projet avec beaucoup d’inconnues qui s’est conclu en grande réussite. L’élément le plus fort pour moi était L’Or du Rhin, le moins populaire des quatre volets, qui est une œuvre théâtrale grandiose démontrant une maîtrise unique du métier d’acteur. Mais l’ensemble de ce Ring était très fort, du début à la fin.

La réussite d’une nouvelle production est toujours une grande fierté, mais les reprises peuvent également être magnifiques. J’ai été très fier de présenter Juliette ou la Clé des songes, la Trilogie de Beaumarchais et Richard III par exemple. Ce sont des moments de théâtre inoubliables.

Que vouliez-vous faire comme métier lorsque vous étiez jeune enfant ? Étiez-vous influencé ou inspiré par la carrière de votre père, Karl Richter ?

Pas directement. Je n’ai jamais songé à une carrière professionnelle de musicien, mais j’ai grandi dans cet univers. J’ai senti très jeune ne pas avoir les mêmes talents que mon père, comme sa rigueur qui le maintenait parfois cinq ou six heures assis à l’instrument pour travailler. Il avait une telle discipline ! Je me suis vite intéressé au théâtre et au cinéma. J’ai d’abord voulu être cinéaste, mais lorsqu’il a fallu commencer mes études j’ai choisi la philosophie, matière qui me fascinait à un moment où je ne me demandais pas encore comment j’allais gagner ma vie.

Hugues Gall était politologue. Vous avez étudié la philosophie, votre successeur le droit. En quoi selon vous les sciences humaines sont-elles un atout pour votre fonction ?

Les sciences humaines apportent une certaine structure de pensée, qui permet d’organiser son esprit et d’aborder les sujets les plus variés. Mon père était inquiet que je choisisse ce métier – et je le comprends aujourd’hui – car il trouvait extrêmement difficile d’arriver à un long parcours et à gagner sa vie. Il faut beaucoup de talent et de rigueur, mais il faut également de la chance. Tant d’éléments doivent coïncider pour que ça fonctionne ! Mais la structure de pensée que j’ai acquise par la philosophie m’a certainement aidé.

Lors de chaque saison, vous avez promu des pièces modernes ou peu connues. Quels sont les défis techniques et financiers de tels projets, et comment y attirer le public ?

Il faut distinguer les projets contemporains déjà existants des créations mondiales. Les premiers sont essentiels, car ce n’est qu’en produisant à nouveau un opéra récent que sa pérennité peut être assurée. Aussi, en tant que directeur de maison, programmer quelque chose d’existant permet de réduire les risques.

Quant aux créations mondiales, elles se font sans références. C’est un vol à l’aveugle. La presse y voit un certain prestige et se précipite en masse aux créations – heureusement ! – mais le problème c’est que, souvent, le public ne suit pas.

Les défis et risques dans l’exécution d’une telle œuvre sont multiples, avec des calendriers souvent reportés d’une saison à l’autre quand le projet n’est pas prêt. Les périodes de préparation et de répétition sont également plus longues que pour les œuvres du répertoire. En effet, les artistes doivent tout apprendre et ce sont souvent des partitions difficiles, de même que les coûts qui sont généralement d’un tiers plus élevés. Enfin, les entrées d’argent sont plutôt difficile, donc c’est malheureux, mais produire de tels opéras reste un luxe.

On doit mentionner également le défi de la législation suisse concernant les droits d’auteurs. Les défis sont encore importants pour que la création contemporaine jouisse de meilleures conditions dans la pratique en Suisse. Je souhaite que l’avenir du Grand Théâtre soit marqué par la programmation d’une pièce contemporaine chaque saison.

GTG (c)Carole Parodi, Le calme règne à la Villa Rigot en ce milieu du mois de mai. Après quelques minutes d’attente dans un hall où meubles USM et rallonges électriques côtoient stucs et autres moulures, on nous emmène dans les couloirs sombres de ce resplendissant Trianon qui se garde du chaud par l’obscurité. En haut de quelques marches, dans l’antichambre d’un bureau, on croise un clavecin qui semble attendre sa destination finale. Mais le directeur ne peut l’accueillir dans sa grande pièce de travail, déjà occupée par celui de son père. C’est avec le sourire que Tobias Richter reçoit. On s’installe devant son magnifique bureau de style Directoire, « c’était celui de Kofi Annan, il est beau, mais pas pratique ! » assure-t-il, posant naturellement l’intime atmosphère de l’heure qui suivra. Un tête-à-tête chargé de confidences sur une vie bien remplie et sur les complexes rouages du Grand Théâtre., par fabien bergerat, go out magazine

GTG (c)Carole Parodi

Dix ans à la tête de la plus grande institution culturelle de Suisse romande. Quels sont vos grands regrets, et quelles sont vos grandes joies ?

Très peu de regrets, si ce n’est de n’avoir pas pu réaliser de grands projets de créations contemporaines. Il y a eu l’opéra sur Rousseau, JJR, mais j’aurais souhaité être en mesure de commander un opéra et de programmer davantage de créations.

Vous avez fait vos débuts dans la mise en scène au Grand Théâtre en 1972. Mais quelle est la raison initiale de votre arrivée à Genève ?

Je rendais souvent visite à ma famille dans la région lémanique du canton de Vaud. Jeune, j’étais très attiré par Genève, de même que par la région et par le Grand Théâtre. Puis il y a eu mon choix d’étudier la philosophie auprès de Jeanne Hersch. Ces éléments parmi d’autres m’ont attiré ici.

Avez-vous un opéra ou une pièce musicale que vous préférez par-dessus tout, ou dont vous diriez qu’elle a changé votre vie ?

Difficile à dire. Dans l’univers de l’opéra, je trouve que les trois opéras Mozart-Da Ponte sortent du lot. Les Noces de Figaro sont le plus parfait que je connais. Je suis aussi particulièrement sensible à l’univers du Falstaff de Verdi.

Il y a deux autres œuvres que j’aime infiniment et que j’aurais voulu faire : Palestrina d’Hans Pfitzner, une œuvre du 20e siècle qui appartient musicalement au 19e et à la fin du romantisme allemand, et Moses und Aron d’Arnold Schoenberg. J’avais l’intention de les présenter dans la même saison, mais le bouleversement du calendrier des travaux a rendu cela impossible.

Grand Théâtre de Genève
Saison 2018-2019