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Publié par le 12.02.2019

Au bout de la neuvième édition, Antigel ne bénéficie plus de l’effet de surprise – à l’instar d’un Trump dans un éventuel deuxième mandat. À l’inverse, c’est au tour- nant que Genève l’attend et on peut dire que le programme tient ses promesses. On abordera la pluridisciplinarité du festival par chapitres, et ce pour la même raison qui a amené les moines-copistes du Moyen-Âge à les inventer : la profusion marquée d’informations ; d’ailleurs ça va name-dropper coquin donc n’ayez pas peur d’utiliser Google le cas échéant.

MOTHER AFRICA : LE TURFU

Une voix particulière est donnée cette année à “l’Afrique” dans Africa What’s Up – en vrai une initiative bienvenue (Sap Sap, CUSS & Afrodyssée) pour établir un peu plus la présence d’artistes africains de naissance ou d’origine, avec quand même Moonchild Sanelly, terrible brute queer et reine du gqom sud-africain, avec aussi Angel-Ho qui tape plutôt dans la trap queer sud-africaine, et enfin Pongo qui elle se positionne très bien sur le kuduro angolais. On marque un temps pour mentionner que ces deux soirées se passent au Grand Central à Pont-Rouge. Le Théâtre de l’Usine accueille le spectacle de Dear Ribane, performance dansée et chantée d’une fratrie futuriste d’Afrique australe avec un petit côté Shabazz Palaces dans la musicalité.

ROCK : QUE ÇA SENTE LE FENNEC

Passons au rock-rap-bref la musique à majorité acoustique. Avec plus de trente noms, on va se concentrer sur les plus marquants tels que ceux que votre serviteur a préféré, dans une approche subjectiviste bien entendu. Avant toute chose, il faut noter la présence exception- nelle de Brigitte Fontaine, la reine de l’underground français le plus trash-poétique, le majeur toujours levé, qui est encore de ce monde – et on recommande d’en pro- fiter même si la bête a la peau dure. On notera la présence au rang des autres idoles toujours pertinentes Kristin Hersh, front woman post-punk des Throwing Muses, le slowcore ultime de Low (ou son post-post-punk), la new-wave vraiment bien de Brendan Perry. Pour la jeunesse on a Anna Calvi, une meuf à qui on évite de faire chier en plus d’avoir une voix de southerner queer, Odetta Hartmann et sa soulcore bien couillue, et Alexandra Stréliski compositrice de bande-son de films au piano, pur bijou (il y a aussi Yann Tiersen – mais bon…). Odette, anglo-sudafricaine à la voix très mature même à 21 ans, une fille qui fait de la soul en voulant taper dans l’acid folk. On notera la présence de Lankum, qui font du folk irlandais pas cliché pour une fois et ça vous hérisse un duvet en deux coups de violon à gigue. Enfin, les plus impressionnants de tous, Altın Gün. Groupe turco-néerlandais, l’Âge d’Or en turc, la renaissance de la mythique époque de la psyfolk turcisante. Un must absolu, produit par les efforts des valeureux Bongo Joe de la place des Augustins.

BOUM BOUM TCHAT TCHAK : TRACK ID PLZ ?!

On sort les boîtes à rythme avec le Grand Central qui a le bon sens de continuer à proposer son restaurant sri lankais panoramique au sommet de la tour CFF, dans cette ambiance de bâtiments publics des années 70-70, grands à-plats boisés, linoléums des plus douteux et cette odeur perpétuelle de salle de travaux manuels d’’école primaire. L’Opening Night nous met Lakuti, fondatrice d’Usuri et résidente du Freerotation (!) avec Esa Williams, un autre londonien sud-africain qui officie dans la house. S’ensuit la soirée bailey funk-trap avec Ozadya et DKVPZ en duo et Nidia Minaj avec son kuduro – à ne pas confondre avec “l’autre”. La soirée Berlin à présent. Kobosil, énorme acteur new techno, de l’écurie Ostgut qui passe des disques très émotionnels, mais surtout Nur Jaber, la Libanaise de Berlin; quelle brute celle-là ! Niveau Paula Temple clairement. La soirée Detroit conviendra plus aux amateurs de groove plus détendu avec Tama Sumo (épouse de Lakuti – elles sont venues en couple : Antigel, un festival familial), réputée tant pour son talent house que ses incursions plus violentes, avec Marcellus Pitmann dans un registre adjacent. Passons à la soirée Rave, Phase fatale un mec tellement véner que l’ingé son de son Boiler Room n’a sans doute pas osé lui avouer que les voyants étaient tellement dans le rouge que l’enregistrement peine à le suivre. Accompagné de Broken English Club, artiste pour lequel, une fois n’est pas coutume, on se contentera de citer le descrip- tif fait par un.e stagiaire inspiré.e : “du genre William Burroughs meets Crash de J.G. Ballard meets Aleister Crowley meets centrale nucléaire à l’abandon”. Word. Ghettohouse avec DJ Funk; là si la décontraction bumpy ne vous convient pas, n’y allez pas ça va tout foutre en l’air, accompagné de Tornado Wallace dont on va voir si le warm-up saura amener le précédent. Mentionnons encore la soirée des 10 ans de House of Colors, label de hip-hop genevois qui chapeaute Slimka, avec Di-meh et un posse aussi long qu’un jour sans pain. Le Closing, c’est Job Jobse et Dr Rubinstein (on attend un ultime barbu avec tattoo de Mickey dans le cou, mais non c’est une charmante brune qui officie).

LA JEUNESSE LOCALE : NEEDS OUR MONEY TOO

L’Abri et la Salle des Terreaux sont les lieux de collaborations visant à propulser la scène locale, comme les Elephant Troop et les Valhalia qui font revivre le surf et le psyché rock de la grande époque où les États-Unis étaient plus grands aux Terreaux – lieu par ailleurs nou- vellement ouvert à un collectif protéiforme rassemblant plus de dix-sept associations membres, plus une tren- taine gravitant autour de ce noyau. D’autre part, l’Abri, qui accueille le Collectif Détente et ses peintures de corps ou ses corps peints, le Ballet Junior dont on parle dans un article spécial dans ce numéro, et La Horde, collectif de danseurs qui a pour ambition de sortir le jump style de son ornière gabber.

ANTIGEL S’INVITE : N’IMPORTE OÙ

Les Made in Antigel sont les performances qui consti- tuent l’ADN du festival-sémaphore de février : les occur- rences spatialement saugrenues et osons-le, disruptives. Il y a le Feu au Lac, où l’on se ballade aux flambeau dans un son et lumières à la plage des Eaux-Vives qui n’a finalement pas pris tant de retard que cela, un concert d’autoradio de Minis dans le parking de Sécheron en mode kéké recherché, la projection-concert de Philippe Chassol sur des immeubles meyrinois, le train fantôme de performances dans un souterrain de l’école Sapay, et le Blind Date – sorte de danse d’after théâtre. On notera aussi le concert-piscine au Lignon des Viagra Boys et de Fontaines DC en mode post-wave aquatique.

LES ARTS DE LA VIE : SANS DOUTE À DESTINATION DES VIVANTS

Malgré le départ de Claude Ratzé vers la Bâtie, le pôle danse reste une composante majeure d’Antigel. Pour simplifier on a ajouté à la danse les performances plus hybrides, le tout se voyant qualifier d’Art Vivants. Des hommages à feu Noémie Lapsezon, éminente chorégraphe qui a largement contribué à la fondation de l’ADC, une performance à base d’interview de cameral roumaines dans un angle éroto-sociétal, Lia Rodrigues et sa pièce sur la violence des favelas, Yves-Noël Genod et sa recherche proustienne et monologique, le lumi- neux spectacle pour enfants de Philippe Saire, et enfin le décloisonnage queer de MDLSX à la dynamite.

Il est également toujours possible de courir le gueux au run d’antigel, quelques initiative de yoga-accordéon-ramen bien sympathiques, et autres taichi-détox que l’époque affectionne tant avec d’autre activités plus sociales qui sont là aussi abordées dans un autre article de ce numéro.

Voilà, vous savez tout. Non ? C’est normal, c’est un test : recommencez ! En vrai, le lectorat se doute que mettre ne serait-ce qu’une information de plus dans cet article et les gilets jaunes vont prendre la rue en semaine.

Antigel Festival

Du 1er au 23 février

Divers lieux (genre beaucoup)

Divers tarifs – Pass 110 ou 90 CHF

www.antigel.ch