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Publié par le 13.09.2018

Décidément le vent qui souffle sur la scène théâtrale genevoise ne cesse de frapper. Après le Grütli, l’ADC, la Comédie et l’Orangerie, c’est au tour du Saint-Gervais de faire peau neuve. Après vingt-quatre ans de règne à la tête du Théâtre Saint- Gervais, Philippe Macasdar passe le relai à Sandrine Kuster, ancienne directrice dynamique du théâtre vaudois l’Arsenic. Pour cette femme aux multiples talents – elle est aussi comédienne, metteure en scène et programmatrice théâtrale – le Théâtre Saint-Gervais représente une institution de la scène genevoise depuis de nombreuses années et joue un rôle clé dans la proposition d’un théâtre novateur, engagé et poignant. C’est donc non sans quelques appréhensions mais surtout avec beaucoup d’humilité et de sincérité que la lumineuse Sandrine Kuster s’est livrée à Go Out! concernant son nouveau poste de directrice du Théâtre Saint-Gervais.

Par AMEIDIE TERUMALAI

Sandrine Kuster ©Isabelle Meister

Vous prenez la suite de Philippe Macasdar, directeur du Théâtre Saint-Gervais de 1995 à 2018, est-ce que cela représente une pression ou un challenge particulier ?
C’est une sensation contradictoire dans le sens où un changement de direction est toujours vital pour une structure. Il faut les esthétiques, les approches artistiques et amener un autre point de vue. C’est donc à la fois très stimulant et en même temps un certain poids et une responsabilité d’offrir autre chose. Tant notre amitié que notre collaboration professionnelle sont très anciennes. Philippe représente quelqu’un qui m’a appris beaucoup de choses et avec lequel j’ai collaboré, ce qui fait que j’arrive comme à la maison. Néanmoins, Philippe a marqué le territoire avec une programmation engagée et je n’ai pas la fibre ni les compétences pour proposer la même esthétique. Il réside tout de même une idée de passation, j’espère faire aussi bien que lui à ma manière.

Vous avez été co-directrice du Théâtre de l’Usine et avez programmé plusieurs éditions du Festival de la Bâtie, puis avez été directrice du théâtre L’Arsenic à Lausanne. Est-ce qu’on peut parler d’un retour aux sources ?
Je suis contente de revenir à Genève, j’aime cette ville dans toutes ses contradictions. Je retrouve une Genève un peu perdue et blessée artistiquement, mais en même temps elle garde une dynamique en ce qui concerne le théâtre. J’arrive à Genève avec d’autres camarades (les directions du Grütli, de la Comédie, de l’ADC et de l’Orangerie sont toutes reprises) dans une atmosphère très stimulante avec l’envie de remailler un tissu culturel. Nous sommes tous conscients que le domaine du théâtre indépendant est différent des productions institutionnelles et souffre en ce moment de précarité. Le monde change à tous les niveaux mais on ne peut plus faire du théâtre hors-sol et désengagé. La pratique du théâtre vient directement de son actualité.

Quel est le fil rouge de cette saison ?
Je dirais le corps, l’acteur/actrice. Quand on construit une saison, il existe toujours plein de paramètres qui entrent en jeu. On ne programme pas uniquement ce qu’on aime, c’est aussi une rencontre de plusieurs éléments. Une fois la saison programmée, on s’est rendus compte que le fil rouge est constitué par des acteurs et des actrices, surtout une actrice : Marion Duval. Elle vient de la Manufacture et est à la fois interprète et metteure en scène. Il y a six ou sept exemples d’artistes qu’on va retrouver, mais dans un autre contexte. C’est une manière de montrer que les artistes ont des entrées multiples dans le domaine du théâtre. Comme le plateau est petit, on est dans un face-à-face tendu entre gradin et plateau. Ce qui marche fort c’est le corps-à-corps dans ce théâtre.

©David Ellingsen

Vingt-sept spectacles au compteur (reprises, créations et accueils), quelles sont les bonnes surprises de cette saison ?
J’espère que les bonnes surprises seront les créations car il s’agit toujours d’un pari. J’ai eu envie de proposer une programmation éclectique et protéiforme avec différentes esthétiques. Je parle toujours « des théâtres », il n’existe pas une façon de faire le théâtre aujourd’hui. Au milieu de cette programmation, j’ai souhaité faire trois reprises qui sont « L’effet de Serge » de Philippe Quesne, « Adishatz » de Jonathan Capdevielle et « Claptrap » de Marion Duval. Ils sont coup de poing. « L’effet de Serge » et « Adishatz » ont été une ouverture de bal et ont lancé la carrière de Philippe Quesne et Jonathan Capdevielle. En ce qui concerne Marion Duval, « Claptrap » représente son spectacle testament où elle a voulu tout mettre, parce qu’elle pensait qu’elle allait arrêter le théâtre. C’est un spectacle explosif, suicidaire tellement il est extrême et on peut dire que c’est une claque énorme.

Pourquoi autant d’artistes suisses sont-ils présents dans cette programmation ?
Petit à petit des talents suisses sont apparus, notamment grâce à la Manufacture qui fait un travail à la fois de recherche et de repérage d’artistes. Programmer des Suisses c’est très bien ; or, le plus intéressant est de programmer de la diversité. Ce pourquoi je suis ravie d’accueillir des artistes espagnols, belges, … Pour moi, c’est une caractéristique de la Suisse qui n’est pas un pays, mais plutôt une rencontre d’influences d’autres pays. Ce maillage international se ressent aussi dans mon envie d’associer des artistes confirmés et ceux au début d’une carrière.

Des nouveautés sont apportées en ce qui concerne l’abonnement ?
Le tarif unique n’a malheureusement pas pu se faire cette année pour des raisons logistiques. Nous proposons un abonnement à CHF 100 qui permet de tout voir, c’est un pass pour assister à tous les spectacles autant de fois qu’on le souhaite. On a mis en place rapidement avec les nouveaux directeurs un système qui compte seize structures qui sont d’accord d’offrir une réduction au public par le billet d’un abonnement ou d’une carte. C’est un message au public pour énoncer notre appartenance à un tissu culturel genevois et on essaie d’enlever au maximum cette barrière économique. Je rêve d’un théâtre gratuit, peut-être que ça viendra un jour.

Théâtre Saint-Gervais
5, rue du Temple 5
– 1201 Genève
022 908 20 00
www.saintgervais.ch