L’inclusif-ve, un nouveau récit sur l’humanité

© Tristan Bartolini

Sur qui doit-on porter notre choix quand chaque étudiant artiste promeut avec individualité un projet honorant le lien entre l’art et l’humanité ? La question s’est posée lors de la 6e édition du Prix Art Humanité accueillant la Croix-Rouge genevoise, le Comité international de la Croix-Rouge et la Haute école d’art et design qui s’est déroulée le 15 octobre 2020. Cinq projets uniques qui nous ont permis de rêver l’avenir avec un autre regard, plus humain et engagé.

Soumis à des critères louables, les cinq étudiants ont réalisé des travaux artistiques amenant à une réflexion sur l’humanité. Rokhaya Marieme Balde et son film d’essai « A la recherche d’Aline » raconte l’histoire d’Aline Sitoe Diatta, une héroïne sénégalaise qui berça les histoires d’enfance de l’étudiante. Un beau retour dans son patrimoine d’origine qui nous fait voir une Jeanne d’Arc du Sénégal. Thomas Omondi Obiero nous transporte également dans son pays natal, le Kenya avec son projet « A Storyteller, Disorder and Promises of Cure ». Il étudie les voix, les savoirs ancestraux et les approches hospitalières de la thérapie. Une connexion intéressante qui dévoile une structure persistante de l’État colonial. Puis, il y a Alicia Dubuis qui crée un site internet interactif et instructif « Primipare.info » relevant de l’accouchement et de ses enjeux. Un sujet souvent tabou enfin discuté. Ensuite viennent Dany Champion, Karen Pisoni et Marion Vergne, elles nous proposent « CarEvents » qui part d’une réflexion, celle de réunir des gens dans le besoin (financier et psychologique). Sous le regard de ces étudiantes, l’idée est de réhabiliter les locaux de Caritas en un lieu d’écoute, de soutien et de mixité sociale. Pour terminer, le gagnant du Prix Art Humanité Tristan Bartolini nous partage son projet avec de discrètes larmes (n.d.l.r. durant la cérémonie), « L’inclusif-ve ». Ce travail allie le graphisme et la langue française, finalement très genrée. Il y a dans son oeuvre un désir de s’identifier non aux deux extrêmes, le féminin et le masculin mais à une entité située au milieu de ces deux pôles. Cela est amené par l’élaboration d’une nouvelle écriture : d’un graphisme élégant et sophistiqué étudié de manière à distinguer différemment les terminaisons de genre et nombre que nous connaissons. En 2020, l’écriture inclusive est sur toutes les lèvres ; cela s’explique car elle est la conséquence d’une sociolinguistique ancrée dans nos perceptions sociales du genre qui se voit changer progressivement. Ce projet déconstruit une vision étriquée depuis trop longtemps présente dans nos livres et se révèle tel un tremplin pour un nouveau récit sur les sexes.

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