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Publié par le 13.12.2018

Viggo Mortensen, beauté scandinave indomptée, yeux bleus délavés, coupe négligée et attitude farouche ne se présente plus. Cet acteur culte déclame vrai, se gausse des apparences et exhale l’intelligence. Hier, il conduisait son peuple, fier Aragorn, vers la Terre du Milieu dans Le Seigneur des anneaux de Peter Jackson. Aujourdhui, il enfile pour Peter Farelly (en solo, sans son duo fraternel), la panoplie de l’Italien macho façon Parrain pour driver le pianiste virtuose afro-américain Don Shirley – campé par le suave Mahershala Ali – dans Green Book (nom d’un guide fort utile aux afro-américains en voyage dans le Sud pour éviter les établissements peu hospitaliers, et encourager les plus accueillants). Tiré d’une histoire vraie, le film narre le road-trip de ces deux personnages à la dynamique étonnante, devenus amis jusqu’à la fin de leur vie. C’est au Zurich Film Festival (ZFF), en septembre dernier, qu’on a rencontré Viggo Mortensen. Confidences d’un artiste polymorphe et polyglotte, rompu à l’exercice de la confession.

 Bien que les thématiques abordées soient assez complexes, comme la ségrégation, Green Book est un feel good movie. On en ressort heureux…
Oui et j’ai eu beaucoup de feedbacks de la presse qui après avoir apprécié le film en le visionnant me faisait la même remarque: « Il est bien mais c’est un film de divertissement! ». Et est-ce négatif du coup? (rires) Je sais que pour certains critiques, il faut trouver un élément qui cloche, je ne pense pas que ce soit toujours nécessaire. Je trouve personnellement qu’il est très délicat de réussir à réaliser un film qui vous fasse à la fois rire, ressentir des émotions puis également prendre conscience de certaines problématiques sociales. Cela paraît facile de prime abord, mais l’exercice relève de l’exploit. En bref, je trouve que c’est une façon rafraîchissante de dealer avec des questions socio-historiques et de faire ouvrir l’esprit des spectateurs polarisés politiquement et idéologiquement. Le film a un aspect rassembleur qui me plaît.

Vous campez le personnage d’Anthony Vallelonga aka Tony Lip. Sa personnalité bouillante et un brin raciste d’italo-américain du Bronx habitué à vider des clubs avec ses poings va beaucoup évoluer dans le film. Pourriez-vous nous en parler?
Je pense que les deux protagonistes principaux évoluent tous deux énormément dans le film. Les deux hommes se rencontrent, leur ego à la main, dansant chacun autour de l’autre avec curiosité, suspicion, amusement et peur, puis ils réalisent que chacun possède des strates que l’autre ne soupçonnait pas. Mon personnage, Tony, est certes rempli d’a priori sur la communauté noire bien qu’il vive dans le Bronx, mais on voit également qu’il connaît mieux la culture afro-américaine que Don Shirley lui-même issu de cette communauté. Ce dernier perçoit Tony comme une personne bête, brutale, peu cultivée et ignorante. Il ne voit pas d’intérêt à lui parler ou interagir davantage que cela. Il est habitué à se faire conduire par des chauffeurs peu bavards. Don Shirley réalise au fur à mesure que Tony n’est pas stupide, qu’il est doté d’une certaine intelligence naturelle et qu’il peut saisir ce personnage beaucoup plus complexe et intéressant qu’il n’y paraît! Il ne faut jamais se fier aux apparences car dans la vie on peut se retrouver avec des gens radicalement différents de nous et s’apercevoir qu’on partage plus de points en commun qu’avec notre propre entourage!

Est-ce que vous aviez déjà entendu auparavant parler de ce Green Book, ce guide pour afro-américains en voyage dans le Sud des Etats Unis?
Peu de gens le connaissent, même au sein de la communauté afro-américaine. J’étais tombé dessus par hasard dans une libraire. J’ai acheté un livre pour enfants Ruth and the Green book. Cela se déroule également dans les années 1960, et narre l’histoire d’une petite fille qui va visiter avec sa famille sa grand-mère. Ils partent de Chicago pour aller dans le sud. Les parents usent de ce guide très fonctionnel qui leur permet de préserver leur fille du racisme institutionnalisé à cette époque!

A quel point le personnage de Tony Lip fut-il un challenge pour vous?  Est-ce que vous vous sentez proche de cet homme?
J’étais nerveux au départ. Bien que je trouvais le script très intéressant, qu’il m’ait fait rire et ému, j’ai clairement suggéré à Peter (Farelly, le réalisateur) qu’il devrait plutôt caster un bon acteur italo-américain pour ce rôle! A mes yeux, il y avait tellement de talents grandioses pour camper Tony mieux que moi. Mais il m’a répondu qu’il voulait un acteur qu’on attendait pas dans ce rôle. Il s’est avéré que j’avais tort et qu’il avait raison (rires). Ce qui m’a surpris en bien également, c’est que plusieurs membres de la famille de Vallelonga participent aux film alors qu’ils ne sont pas acteurs et n’ont jamais joué de leur vie. Ce fut parfois chaotique mais magnifique! Il y a plusieurs anecdotes drôles à ce sujet, comme par exemple quand certains mangeaient toute la nourriture qu’ils trouvaient sur les plateaux et le metteur en scène avait beau leur expliquer que c’était pour les scènes, ils continuaient en riant!

Il y a tellement de nourriture dans ce film d’ailleurs! Votre personnage passe son temps à manger!
Quand j’ai rencontré la famille de Tony, j’ai appris à connaître le personnage. Ils en rajoutaient des tonnes (rires)! Ils disaient que c’était le meilleur dans tout, qu’il pouvait traverser l’Hudson River en moins d’une demi-heure, qu’il pouvait gagner un concours de danse accompagné de deux danseuses à la fois, qu’il ne perdait jamais aux cartes…J’avais saisi qu’il était bon dans tout. Mais quand je leur ai demandé qu’elles étaient ses activités préférées, ce qu’il adorait faire par dessus tout,  ils m’ont tous répondu: manger et fumer ou fumer et manger ou les deux à la fois souvent (rires)!

Green Book
Drame biographique de Peter Farrelly
Avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Don Stark
États-Unis
2018
130 min.