Le monde à travers les yeux des femmes

Caire Tonoir Marie (1860-1934) Femme de Biskra
Paris, musée du quai Branly – Jacques Chirac

Jusqu’au 21 mai prochain, le Palais Lumière d’Evian nous entraîne dans un voyage mené par les femmes. Artistes voyageuses – L’appel des lointains 1880-1944 rend hommage à ces femmes artistes parties à l’autre bout du monde immortaliser peuples et traditions. Encouragées par les premiers pas des mouvements féministes, elles quittent leur pays d’origine et deviennent actrices de leur destin. Au total, les oeuvres peintes, sculptées et photographiées d’une quarantaine d’artistes sont ici exposées ici, pour un voyage qui nous emmène de part le monde à travers le regard de la femme. 

 

Léa Lafugie,Femmes des hauts palsteaus (Nord Vietnam), ca 1928, gouache sur papier, 51 x 32 cm, collection particulière, © Mirela Popa.jpg

Actrices de leurs destins

La « Belle époque » voit naître les premiers mouvements féministes, ceux-ci s’étendant rapidement au monde de l’art. En quête de Droits civiques, et d’émancipation de leur place au foyer, les femmes investissent les mondes de l’art, allant de la presse à l’édition, en passant par les salons artistiques, et revendiquent une égalité qui se traduit par la création d’unions. C’est de ce contexte clef que part l’exposition du Palais Lumière, qui à travers un accrochage chronologique et organisé par régions visitées nous fait découvrir le travail réalisé par ces peintres, auteures, sculptrices, puis photographes, à l’étranger. Ces voyages, elles les réalisent parfois avec leurs époux diplomates, mais désormais elles ont également accès aux bourses leur permettant à leur tour de rejoindre l’Orient, l’Afrique, puis l’Asie. Sur les murs du Palais, nous découvrons alors ces territoires sous un nouveau regard. « Les femmes avaient accès à des lieux dans lesquels les artistes masculins n’étaient pas admis. Elles ont pu ainsi représenter les harems, mais aussi les femmes et enfants dans leur intimité. C’est un regard nouveau qui est rendu possible par ces artistes, qui emportent également avec elle leur sensibilité et leur oeil indéniablement différents de ceux de l’homme » explique Arielle Pélenc, co-commissaire de l’exposition. 

Flandrin Marthe (1904-1987). Beauvais, MUDO, musée de l’Oise

Un autre regard

Un regard différent sans aucun doute, qui vient non pas représenter un fantasme de l’ailleurs, mais à l’inverse porter un regard vrai, quasiment ethnographique. En Orient, Marie Caire-Tonoir part à la rencontre des danseuses d’Ouled Naïl de Biskra, mais ici l’érotisation omniprésente dans les représentations masculines est absente. Marie Lucas-Robiquet passe elle de nombreuses années en compagnie des Berbères, une proximité qui aboutit à des œuvres pour ainsi dire documentaires sur le quotidien de ce peuple. Dès les années 1920, nombreuses sont les artistes à rejoindre l’Afrique Centrale. Au Palais, on découvre les bronzes de Jeanne Tercafs, ou encore les affiches de Thérèse Le Prat réalisées quelques décennies plus tôt, au cœur de la colonisation. L’Asie elle est plus difficile à rejoindre, mais certaines suivent leurs époux diplomates, telle qu’Alix Aymé qui, partant d’Indochine, poursuit ensuite seule son itinéraire jusqu’en Chine, immortalisant par sa peinture des territoires encore peu connus de la société occidentale. Artistes voyageuses est une exposition d’art, présentant des œuvres d’exception, rarement exposées. Mais c’est aussi une exposition historique, qui lève le voile sur un passé ignoré et porte au regard de toutes ces femmes trop souvent oubliées dont l’œuvre est d’une valeur artistique et historique inestimable.

Ackein Marcelle (1882-1952). Paris, musée du quai Branly – Jacques Chirac

 

Artistes voyageuses – L’appel des lointains 1880-1944
Jusqu’au 21 mai 2023

Palais Lumière d’Evian, Quai Charles Albert-Besson – 74500 Evian – France
www.palaislumiere.fr