Le MAH: œil pour œil, œuvre pour œuvre
Portrait de John Armleder (c) Annick Wetter
Et si, pour une fois, ce n’était pas nous qui observions les œuvres, mais elles qui nous jaugeaient en silence ? Avec Observatoires, le Musée d’art et d’histoire renverse la focale et transforme ses salles en laboratoire de perceptions. Carte blanche confiée à John M Armleder, l’exposition brouille les frontières entre patrimoine et présent, sérieux et ludique, sacré et trivial. Ici, le regard déambule, hésite, s’étonne. Le musée devient terrain de jeu mental, constellation d’indices, miroir à multiples facettes. Clin d’œil sur ce panoptique poétique.
Portrait de John Armleder (c) Annik Wetter
Le MAH en mode mirador esthétique
Pour sa sixième Carte Blanche, le MAH invite Armleder à faire ce qu’il sait faire de mieux : désacraliser sans jamais désenchanter. Plus de 500 œuvres de l’artiste dialoguent — parfois se frottent, parfois se narguent — avec les collections permanentes. Résultat? Un parcours thématique où animaux, fleurs, musique, mobilier, abstractions et lumières se répondent comme des constellations imprévues. Le musée n’est plus un coffre-fort, mais un organisme vivant, traversé de pulsations contemporaines.
Salles sur salles, sens en spirale
Armleder imagine des architectures éphémères, inspirées de ses propres dessins, qui créent des « salles dans les salles ». On passe d’un univers à l’autre comme on feuillette un carnet de pensées. Une boule à facettes nous accueille d’emblée — manifeste disco-philosophique — avant de glisser vers une peinture abstraite en arc de cercle, des fleurs artificielles plantées dans des pneus, des instruments de musique devenus sculptures mentales. Tout est affaire de collision douce entre l’ordinaire et l’esthétique.
John M Armleder (1948) CP (Furniture sculpture), 2004 (C) MAH
Quand le son scintille et le silence s’illumine
La musique, chère à l’artiste, résonne partout : piano miroir, guitares électriques, références à John Cage. La lumière clignote, se réfléchit, se démultiplie. Même le vide devient sujet : armures absentes, cadres volontairement vides, films miroitants qui brouillent la vision. Ici, l’absence parle aussi fort que la présence. Et c’est peut-être là que le regard s’aiguise le plus.
John M Armleder (1948) Furniture Sculpture 237, 1990 (C) Musée d’art et d’histoire, Genève
Le visiteur, co-auteur du sens
Observatoires n’impose rien : elle suggère, elle provoque. Le visiteur devient acteur, monteur invisible d’un récit personnel. Une exposition évolutive, avec rotations d’œuvres tous les trois mois, qui s’inscrit dans la vision d’un « musée des contingences » : ouvert, imprévisible, poreux au monde.
John M Armleder (1948) Guitar Multiple (Furniture Sculpture 164), 1987 (C) Musée d’art et d’histoire, Genève
Observatoires, carte blanche à John Armleder
Musée d’art et d’histoire (MAH)
Rue Charles-Galland 2
1206 Genève
Jusqu’au 25 octobre 2026