La Redoute à Roubaix: quand un catalogue devient mémoire collective
Trench caramel, col shearling, taille ceinturée : la silhouette se structure, le style La Redoute s’installe — entre rigueur seventies et douceur assumée (c) La Redoute
Quand La Redoute déroule son histoire comme un fil rouge sur l’échiquier des époques, elle ne tricote pas seulement des vêtements — elle tisse des récits, des renversements, des révolutions de style et des mémoires à porter. À Roubaix, dans le bassin-musée – La Piscine – où l’industrie se fait art, cette maison qui a habillé des vies étend son catalogue en légende. Une exposition qui ne se contente pas de regarder l’histoire en face, mais qui la regarde en filigrane, en pointillés de poésie et en couture de sens. Immersion textile à aller zieuter jusqu’au 5 juillet!
À Roubaix, l’eau a laissé place au tissu, et la mémoire se tisse à grande échelle. Dans le bassin mythique de La Piscine plonge dans son propre héritage et ressort avec une fresque sensible, populaire et visionnaire. Près de 190 ans d’histoire déroulés comme un fil rouge entre foyers, modes et mutations sociales. L’exposition La Redoute — 180 ans de création et d’art de vivre — ne regarde pas le passé par nostalgie, mais par transmission.
Entrée en matière, entrée en mémoire : dès les premiers pas, La Redoute déroule son récit comme un fil tendu entre hier et aujourd’hui (c) La Redoute
De maille en maille
Née en 1837 dans la vapeur industrielle du Nord, La Redoute commence par la laine avant d’habiller des générations entières. Ici, l’exposition raconte l’ascension d’une filature familiale devenue boussole du quotidien français. Le récit est chronologique mais jamais figé : archives, publicités, photographies, catalogues et objets de design composent un album vivant, celui d’une marque qui a su rendre accessible l’inaccessible — quand « tout au coin de la rue » n’existait pas encore.
De ces pelotes du XIXᵉ siècle aux silhouettes contemporaines, La Redoute entremêle passé, présent et futur comme on entrelace des fils de laine. Dans cette rétrospective, l’enseigne tricolore ne raconte pas juste une chronologie : elle tricote des anecdotes, elle tisse des influences et brode des codes. Chacune de ces pièces — du catalogue mythique aux collaborations fulgurantes — est une maille dans la grande pièce du design français.
Maille en mosaïque, motifs en mémoire : l’héritage se tricote en couleurs. Pénélope version pop, archive en mouvement (c) La Redoute
Catalogue, collaborations et custo-créations
La Redoute n’a jamais été une simple enseigne — plutôt une scène ouverte, couture en coulisses et casting cinq étoiles. Très tôt, elle invite les signatures à s’inviter chez nous : Emmanuelle Khanh ouvre le bal, suivie de Jean Bousquet. Puis le vestiaire prend de l’altitude avec Yves Saint Laurent, Karl Lagerfeld, Jean-Paul Gaultier, Christian Lacroix ou encore Azzedine Alaïa.
Smoking au féminin signé Yves Saint Laurent : quand le vestiaire masculin glisse vers l’icône (c) La Redoute
Côté design, même partition pointue : Philippe Starck, Jean-Michel Wilmotte ou encore Tom Dixon. Et plus tard, des nouveaux noms devenus les nouvelles normes : Simon Porte Jacquemus, Anthony Vaccarello, Christelle Kocher.
Philippe Starck en équilibre — design démultiplié, objets en orbite. Quand le quotidien devient terrain de jeu, presque une performance (c) La Redoute
Chez La Redoute, les collections ne défilent pas, elles dialoguent, dérivent, dérangent parfois. Plus de 150 collaborations : une garde-robe collective où le quotidien devient terrain de création.
Design et détours : détourner, dériver, désirer
L’exposition ne montre pas, elle met en mouvement. Entre archives et installations contemporaines, le regard glisse du fonctionnel vers le sensible, du banal vers le presque charnel. Un catalogue devient paysage, une chaise devient chapitre, un vêtement devient voix. Ici, tout se détourne : l’objet s’émancipe, le design s’écrit, et le quotidien prend la parole.
Chaise sculptée, tapis solaire : entre artisanat et poésie domestique (c) La Redoute
Capsules contemporaines — héritage en mouvement
Parce que le passé ne se plie pas, il se replie, se réécrit, se remix. La Redoute propose pour célébrer cette exposition quatre capsules, quatre lectures du patrimoine :
- Charles de Vilmorin transforme le t-shirt en toile vivante — six graphismes comme six éclats d’imaginaire.
- MaPoésie insuffle ses motifs vibrants à La Redoute Intérieurs : coussins, tapis, parasols deviennent surfaces en mouvement.
- Le suisse Kevin Germanier réinvente les pièces iconiques avec une énergie upcyclée, flamboyante.
- Blanchemaille replonge dans les années 1920 pour mieux les réactiver — maille mémoire, maille moderne.
Mobilier pixelisé, couleurs en collision : Kevin Germanier transforme l’assise en statement. S’asseoir, oui — mais avec panache (c) La Redoute
Une histoire qui ne se raconte plus au passé, mais au présent continu. Du salon au jardin, du textile à l’objet, tout pulse. Ici, on ne décore pas : on réveille, on relève et on réenchante.
Dernière maille
On entre pour voir des vêtements, on sort avec des fragments de vies. Des lignes qui racontent, des tissus qui témoignent, des objets qui insistent. La Redoute ne vend pas seulement du style — elle archive nos gestes, nos époques, nos élans. Un catalogue ? Non. Un roman textile.
Lignes tracées, contours assumés : le trench se dessine comme une esquisse en relief. Minimalisme graphique, impact maximal (c) La Redoute
Pratique comme un bon sac à main
Exposition : La Redoute — 180 ans de création et d’art de vivre
Jusqu’au → 5 juillet 2026
La Piscine – Musée d’Art et d’Industrie André Diligent, Roubaix
(700 m² où chaque pièce chuchote une époque, un style, une histoire)