John Legend trouve sa Muse

Plus de vingt ans après Get Lifted, John Legend change de lumière. Le 23 octobre, le chanteur américain dévoilera Muse, un nouvel album imaginé avec Pharrell Williams, entre soul, gospel, hip-hop et élégance cinématographique. Un disque né entre héritage et métamorphose, avec Paris pour décor.

Il y a chez John Legend des chansons qui semblent avoir toujours existé. Une voix chaude, quelques notes de piano, puis cette manière presque instinctive de transformer l’amour en mélodie. Pourtant, avec Muse, attendu le 23 octobre, l’artiste américain a choisi de troubler ses propres habitudes. 

Pour ce nouvel album de 16 titres, le chanteur s’est entouré de Pharrell Williams, qui en assure l’intégralité de la production et participe également à son écriture. Les deux artistes se connaissent depuis plus de vingt ans, mais Muse constitue leur première collaboration sur un projet de cette ampleur. L’idée n’est pas de faire disparaître le John Legend que l’on connaît, mais de lui offrir un autre décor. Moins de certitudes, davantage de mouvement. Toujours de la soul, mais traversée cette fois par le gospel, le doo-wop, les grands standards, l’Afrobeat et le hip-hop. 

Une nouvelle silhouette
Pour imaginer l’univers de Muse, Pharrell Williams dessine autour de John Legend une silhouette élégante, cinématographique et sophistiquée, presque digne d’un héros de film d’espionnage, mais portée par une production résolument contemporaine. Côté influences, le projet regarde aussi vers les grandes figures qui ont façonné l’histoire de la soul et du jazz. Nina Simone, Nat King Cole et Marvin Gaye comptent parmi les références citées autour de l’album. Des héritages que John Legend et Pharrell Williams ne cherchent pas à reproduire, mais à faire résonner autrement, dans un langage musical plus actuel.

Le nom de l’album lui-même n’a rien d’anodin. Muse fait écho aux neuf Muses de la mythologie grecque, liées aux arts et au savoir, mais aussi à tous ceux qui nourrissent silencieusement une création. Pour John Legend, les artistes qui l’ont précédé peuvent eux aussi devenir des muses : des voix anciennes dont il recueille l’héritage avant de le transformer à son tour. 

Paris, muse à son tour
Une partie de cette histoire s’est écrite à Paris. En janvier 2025, les deux artistses s’y retrouvent pour écrire et enregistrer le disque dans le studio de Pharrell installé au siège de Louis Vuitton, maison dont il est le directeur artistique des collections Homme. Paris ne sert d’ailleurs pas seulement de décor aux sessions d’enregistrement. La capitale s’invite jusque dans l’imaginaire de la chanson Muse, qui ouvre l’album et raconte une relation mouvementée entre un homme et sa muse : le désir, l’engagement puis la trahison, avec l’art et le romantisme parisien en toile de fond. Comme si, après avoir cherché l’inspiration auprès des géants de la soul, John Legend en avait trouvé une nouvelle au détour des rues parisiennes.

Pharrell fait bouger les lignes
La genèse de Muse remonte aussi à une première étincelle : « The Birds Don’t Sing », morceau de Clipse sur lequel John Legend avait posé sa voix. Extrait de Let God Sort Em Out, l’album de retour du duo produit par Pharrell Williams, ce titre aurait donné au producteur l’envie d’imaginer tout un projet autour du timbre de John Legend. De cette intuition naît une collaboration plus intime, qui pousse le chanteur à modifier sa façon de travailler. Pour “Muse”, il accepte notamment d’interpréter plusieurs morceaux entièrement écrits par Pharrell, une pratique assez rare dans sa carrière.

La présence de Pharrell se fait d’ailleurs sentir bien au-delà de la production. Il apparaît directement sur « Muse », « Her », « Get Back », « Are You OK? », « Next Time » et « Fireflies », comme un fil conducteur qui accompagne l’album du début à la fin. Avant même la sortie de l’album, John Legend a commencé à en entrouvrir les portes. « Daylight », dévoilé le 8 septembre 2026 en même temps que l’annonce de l’album, a été choisi comme premier single. Le morceau laisse déjà entendre la volonté du chanteur de s’éloigner de l’image des seules grandes ballades au piano pour retrouver quelque chose de plus mouvant et rythmé.

Nos crushs intemporels de John Legend

All of Me — 12 août 2013 – Album : Love in the Future (2013)
Il suffit de quelques notes de piano pour reconnaître « All of Me ». Sorti le 12 août 2013 et présent sur Love in the Future, le quatrième album studio de John Legend, le morceau est devenu l’une de ces chansons que l’on associe presque immédiatement à une histoire d’amour. Inspirée par Chrissy Teigen, qui deviendra son épouse, la ballade préfère les failles aux histoires trop parfaites. John Legend y chante un amour entier, celui qui accepte les défauts autant que les qualités, sans chercher à lisser ce qui dépasse. La recette paraît minuscule : un piano, une voix, quelques silences. Et pourtant, tout y est.

Le titre atteindra même la première place du Billboard Hot 100, une première pour John Legend en solo. Mais les chiffres racontent finalement peu de choses face à ce qui reste du morceau : l’impression d’écouter une déclaration qui aurait dû rester privée, avant de devenir celle de millions d’autres.

Minefields — 5 novembre 2020 – Projet : Citizens de Faouzia
Avec « Minefields », l’amour devient terrain miné. Sorti le 5 novembre 2020, le morceau réunit John Legend et Faouzia dans un duo tout en tension. Il sera ensuite intégré au projet Citizens de la chanteuse. Ici, pas de romance parfaitement dessinée. La chanson parle plutôt de ces liens que l’on sait fragiles, parfois dangereux, mais vers lesquels on revient malgré tout. Comme si retrouver l’autre impliquait d’accepter, dès le départ, le risque de se blesser encore. La voix puissante et presque vertigineuse de Faouzia rencontre celle, plus posée, de John Legend. Deux timbres très différents qui se répondent sans jamais chercher à se fondre l’un dans l’autre.

Save Room — 8 août 2006 – Album : Once Again (2006)
Bien avant All of Me, John Legend savait déjà faire de quelques mots une invitation. Sorti le 8 août 2006, « Save Room » est le premier single de Once Again, son deuxième album, paru quelques semaines plus tard le 24 octobre 2006. Ici, pas de grandes promesses ni de déclaration éternelle. L’amour se fait plus léger, presque timide. Il est question de place à garder, de désir qui s’installe doucement, de cette petite ouverture que l’on espère trouver dans la vie de quelqu’un. Porté par une soul chaleureuse, le morceau possède déjà tout ce qui fera le charme de John Legend : une élégance simple, un romantisme jamais forcé et cette manière de faire passer beaucoup d’émotion sans jamais en faire trop.

Avec “Muse”, John Legend ne cherche finalement pas à devenir quelqu’un d’autre. Il semble plutôt explorer une nouvelle manière d’être lui-même. Entre les fantômes bienveillants de Nina Simone et Marvin Gaye, l’élégance pensée avec Pharrell, les nuits parisiennes et toutes ces histoires d’amour qui traversent sa musique depuis vingt ans, une même question revient : qu’est-ce qui nous touche assez fort pour nous donner envie de créer, d’aimer et, parfois, de recommencer ?

Muse — John Legend
23 octobre 2026 

CLIP de Muse