head : l’étoffe des insoumis

Le 6 novembre, Genève desserre le col. Au Cube, le Défilé HEAD 2026 fera sortir la jeune création des ateliers : 33 collections, 220 tenues et des idées qui refusent de rester sur cintre. Une soirée pour voir ce que la relève a dans le ventre — et dans les coutures.

La relève a du fil à retordre
33 collections, 220 silhouettes et autant de façons de découdre les conventions. Cette année, les 20 diplômés Bachelor et les 13 diplômés Master du département Design Mode, bijou et Accessoires ne comptent pas simplement habiller les corps. Ils entendent aussi déshabiller les idées reçues. Car derrière chaque couture se cache une conviction, derrière chaque étoffe, une histoire à détricoter. La nouvelle garde genevoise ne suit pas les tendances : elle préfère leur couper l’herbe sous le pied, quitte à tailler quelques costumes aux certitudes de notre époque.

Bachelor : les premières griffes s’affirment
Du côté des Bachelor, la créativité sort les griffes et les identités s’affirment sans demander la permission. Sarah Bouamoud, avec OUELOU – y’a plus rien à gratter, fait dialoguer streetwear et vestiaire traditionnel marocain. En réhabilitant la passementerie artisanale et l’héritage beldi, elle interroge une industrie qui emprunte volontiers aux cultures populaires sans toujours rendre hommage à celles et ceux qui les font vivre. Une manière de rappeler que la mode peut avoir de la mémoire, et surtout qu’elle ferait bien de ne pas la perdre.

Arthur Jeandat, lui, s’attaque aux carcans de la virilité avec I LOVE BEING A GROS DUR, une collection qui met les injonctions masculines à l’épreuve d’une féminité volontairement exacerbée. Une masculinité mise à nu, dont les muscles semblent soudain moins solides que les préjugés. Quant à Zakarie Boubekeur, il arpente les marges urbaines avec Straycore, un vestiaire nourri de ses déambulations photographiques et des silhouettes anonymes croisées au hasard des rues. La mode quitte son piédestal pour battre le pavé. Trois démarches, trois sensibilités, une même volonté : ne pas se laisser tailler un avenir sur mesure par les conventions.

Master : la mode prend position
Chez les diplômés Master, les propositions poussent plus loin encore l’expérimentation, entre détournement des matières, récits intimes et questionnements sociaux. Chloë Fournier fait des chutes de papier et des matériaux récupérés la matière première d’Artificières, où recyclage, hyperféminité et souvenirs adolescents se rencontrent dans une joyeuse collision esthétique. La preuve que le mauvais goût peut avoir sacrément bon goût lorsqu’il est revendiqué.

Elouan Tschumi, avec Couture failure, revisite Cendrillon et les codes de la haute couture pour faire de l’échec une échappatoire aux modèles imposés. Ici, pas question d’attendre le prince charmant : on préfère retailler le conte à sa mesure. Plus politique, Catarina Santos Moreira donne du poids à l’invisible avec OVERWORKED: bags to share the load. Ses sacs interrogent la surcharge de travail, notamment celle des femmes précaires et immigrées. L’accessoire devient réflexion sociale : porter un sac, oui, mais pourquoi faudrait-il toujours porter le poids du monde ?

Enfin, Hippolyte Laporte invite à un bal surréaliste avec Anamorphoses, où les règles du dîner bourgeois finissent par voler en éclats au profit du déguisement, de la métamorphose et de la liberté d’être. Quand les bonnes manières deviennent matière à déconstruction, même l’étiquette finit par perdre le fil.

Du Bachelor au Master, ces sept univers ne prétendent pas dessiner une seule et même vision de la mode. Ils en revendiquent au contraire toute la pluralité. À la HEAD, le vêtement devient langage, la silhouette prend position et le podium se transforme en tribune. Une génération moins préoccupée par le prochain it-bag que par les idées qu’elle entend défendre. Et qui ne cherche pas seulement à être dans l’air du temps, mais à lui donner un nouveau souffle.

Le cube monte le volume
Les silhouettes auront leur terrain de jeu : une scénographie imaginée par les étudiants en Design Installation lors d’un workshop dirigé par la sacrée agitatrice de formes: Matali Crasset. Figure incontournable du design français, passée par l’univers de Philippe Starck avant de tracer sa propre trajectoire, cette exploratrice de l’ordinaire cultive depuis plus de trente ans l’art de faire dérailler les conventions. Du mobilier à l’architecture, des espaces publics aux installations artistiques, ses créations, présentes jusque dans les collections du MoMA et du Centre Pompidou, interrogent nos habitudes pour mieux les réinventer. Son credo ? Un design vivant, ludique, social, qui ne se contente pas d’habiller le monde, mais cherche à le faire évoluer. Enseignante à la HEAD depuis 2010, elle a accompagné les étudiants en Design Installation dans la conception de la scénographie de cette édition.

Côté bande-son, Romano Bianchi x Village Pipo signeront une composition réalisée avec l’Orchestre de Chambre de Genève. De quoi tendre l’oreille autant que le regard. La couture aura de la compagnie, et le podium, du répondant.

Caudalie, la beauté à fleur de création
La mode fait peau neuve, la beauté lui emboîte le pas. Caudalie rejoint les partenaires officiels du Défilé HEAD 2026, scellant une rencontre entre deux univers qui cultivent l’art de se réinventer. Née au cœur des vignobles bordelais, la maison française de cosmétiques a fait des vertus de la vigne et du raisin sa signature, conjuguant recherche scientifique, naturalité et innovation. Un ADN qui résonne avec celui de la HEAD, où la créativité ne connaît ni saison ni date de péremption. Entre les audaces textiles de la jeune garde et les formules de la marque, une même envie d’explorer la matière, de repousser les conventions et de cultiver la différence. Une alliance qui rappelle que la beauté ne se résume pas à une question de surface, pas plus que la mode à une affaire d’apparence. Car si Caudalie prend soin des peaux, la HEAD, elle, donne une seconde peau aux idées. Et lorsqu’il s’agit de faire éclore les talents, voilà un partenariat qui ne manque pas de raisin d’être !

Un jury qui ne manque pas d’étoffe
Et pour départager cette relève qui n’a pas froid aux idées, la HEAD sort le grand jeu! Parmi les regards affûtés du jury international, Kris Van Assche, créateur belge passé par l’école d’Anvers, qui a régné onze ans sur la direction artistique de Dior Homme avant de prendre les rênes de Berluti. Un maître du tailoring contemporain, capable de faire dialoguer rigueur sartoriale et culture de la rue sans jamais perdre le fil de son élégance.

À ses côtés, Craig Green, enfant terrible de la mode britannique, diplômé de Central Saint Martins, dont les silhouettes architecturales et les expérimentations textiles transforment le vêtement en terrain d’exploration, entre armure, uniforme et sculpture portable. Sans oublier Tim Blanks, plume redoutée et respectée de la critique internationale, aujourd’hui Editor-at-Large de The Business of Fashion, qui ausculte depuis quatre décennies les podiums et leurs révolutions avec un regard aussi érudit qu’incisif. Un casting auquel s’ajoutent notamment des représentants de Louis Vuitton, Kering et Richemont, dessinant une passerelle précieuse entre la liberté des ateliers et les réalités de l’industrie.

À l’issue du second défilé, plusieurs distinctions viendront récompenser les talents émergents. Mais derrière les trophées et les applaudissements, l’enjeu dépasse largement le cérémonial : faire passer une idée de l’ombre d’un atelier à la lumière des grandes maisons. Car au-delà des prix, des projecteurs et des applaudissements, c’est bien l’avenir de la mode qui se dessine sur ce podium. Une génération qui ose découdre les conventions, retailler les certitudes et donner du fil à retordre aux codes établis. La HEAD ne se contente pas de faire défiler des silhouettes, elle propulse des visions. Et si les grandes maisons écrivent encore les règles du jeu, la relève pourrait bien en réinventer les coutures. Après tout, les grands noms de demain ont bien dû commencer par un premier défilé.

Défilé HEAD
Vendredi 6 novembre 2026, à 18 h 30 et 21 h
Remise des prix après la seconde représentation.
Campus HEAD, Le Cube, bâtiment H, avenue de Châtelaine 7, Genève.
Informations et billetterie : defile-head.ch/2026