Grisé par les Grisons

Il y a des hôtels comme des songes, improbables. Le Waldhaus à Sils Maria est de ceux-là. Lové au fin fond des Grisons en Engadine, à quelques encablures de l’Italie, là où les vallées commencent à toiser plusieurs majestueux lacs à la beauté inoubliable, se niche ce joyau hôtelier. Un lieu que l’écrivain et peintre Hermann Hesse avait qualifié d’«avant-goût du paradis», où la blancheur immaculée vous plonge dans une transe arctique et où on se prend aisément à jouer les marquises des banquises. Un rêve cristallin qui a vu le jour il y a de cela 110 ans par le couple Giger-Nigg. Aujourd’hui, l’enseigne peut se targuer d’être une des rares dans le paysage hôtelier à être chapeauté par sa cinquième génération! De Richard Strauss à Albert Einstein en passant par David Bowie, le Waldhaus a accueilli des contemporains de renom ainsi que notre humble présence le temps d’y savourer une retraite nappée de calme et de tranquillité. Close-up sur cette carte postale originelle.

De Sils Maria, on ne connaissait que la présence du philosophe Friedrich Nietzsche qui avait indéniablement participé à la réputation des lieux au XIXe siècle. On ne se doutait pas découvrir au sein de la plus grande région de sports d’hiver de Suisse, forte de son histoire olympique, un lieu aussi magique que le Waldhaus. Six heures de trajet et un dépaysement garanti, c’est l’effort considérable qu’il vous faudra déployer avant d’atteindre l’Eden. L’évasion qu’offre les Grisons est inégalable, et le Waldhaus a ceci de particulier qu’il offre à ses hôtes une occasion singulière de se sentir mieux qu’à la maison. Comment expliquer ce sentiment de bien-être procuré par un lieu inconnu? Première piste: son histoire familiale.

Family business

Entreprise purement familiale, sans actionnaires ni directeurs externes, le Waldhaus est chapeauté depuis 2010 par la cinquième génération, avec les frères Claudio et Patrick Dietrich. Claudio gère tout ce qui touche à la restauration (cuisine, cave et service), quant à Patrick, il est responsable du logement, des réservations et de l’intendance. Le binôme confère à l’hôtel un visage et un caractère très personnels. C’est ainsi que le Waldhaus demeure un phénomène à part entière. Le lieu a naturellement changé au fil des ans. Ainsi, chaque année, la famille investit beaucoup dans son établissement. Pour autant, il n’a guère changé de taille afin de respecter le fruit du travail de son fondateur Josef Giger et ses successeurs et de pouvoir répondre toujours avec la même ferveur aux besoins des hôtes.

L’architecture

Le Waldhaus occupe une place privilégiée dans l’architecture hôtelière suisse. Josef Giger, maître de l’ouvrage et créateur du lieu ouvert en 1908, avait chargé Karl Koller, un architecte d’hôtels réputé de l’époque, de construire «quelque chose de beau, de pratique et de solide». Directeur de grands hôtels durant des décennies, Giger avait une idée parfaitement définie de ce à quoi le Waldhaus devait ressembler. Sa précision dans toutes les décisions entrepreneuriales, du choix du site jusqu’au règlement applicable aux femmes de chambres, était légendaire. Niché sur sa colline, le Waldhaus projette l’image d’un château. À l’écart du célèbre Saint-Moritz, sa situation, à Sils Maria, et son esthétique en font un symbole majestueux de beauté et d’élégance discrètes. Normal qu’en 2005, ICOMOS Suisse octroie à l’hôtel le titre d’hôtel historique de l’année. Puis en 2015, c’est le grand prix Jubilé «20 ans d’Hôtels historiques de l’année» que ce dernier rafle sans grande surprise. Chapka basse!

Hotel Waldhaus Sils
Via da Fex 3 CH-7514
Sils im Engadin
081 838 51 00
waldhaus-sils.ch

Directrice éditoriale et artistique, co-founder

Née à Genève, Mina Sidi Ali grandit à Alger puis revient entamer un cursus scolaire d’où elle sort diplômée d’un double master des Relations Internationales et de Sociologie à l’Université de Genève. Après avoir sillonné la planète terre, vécu au Japon et en Afrique du Sud entre autres, elle s’unit à l’univers des mots. Entre sémio et typo, elle s’affilie à la galaxie de l’écrit. En 2012, elle se prend à rêver les yeux ouverts et aux côtés d’Olivier Gurtner, reprend les rênes du magazine culturel Go Out! jusqu’en 2016 où elle poursuit dorénavant l’aventure éditoriale seule. Eprise de cinéma d’auteur, d’art contemporain et de design, cette sondeuse de nouvelles tendances voue un amour fou pour sa ville natale et sa généreuse culture.