Grand Prix de l’Horlogerie de Genève: Du neuf avec du vieux (et inversement)

Jean-Claude Biver

La messe est dite : le 9 novembre dernier, le Grand Prix de l’Horlogerie de Genève (GPHG pour les intimes) a sacré les marques, modèles et hommes qui ont tenu le haut du pavé en 2018. Certes, l’exercice a toujours les mêmes limites : des membres du jury qui sont aussi détaillants et dont l’objectivité à défendre des modèles autres que ceux qu’ils vendent laisse sceptique ; des journalistes dont les publications vivent des subsides des marques ; ou encore le fait, non des moindres, qu’il manque encore et toujours des mastodontes de l’industrie (Rolex, Patek Philippe, entre autres) parmi les marques représentées. Toutefois, le GPHG garde le mérite de donner un sérieux coup de projecteur sur la Cité et l’un de ses Arts majeurs, la Haute Horlogerie.

De l’audace, encore de l’audace ! Le GPHG 2018 a de quoi surprendre et c’est une bonne chose. Ses détracteurs trouveront toujours un angle d’attaque : si les pièces récompensées sont attendues, on le dit trop consensuel, voire acheté. S’il mise trop sur les outsiders, on l’accuse de passer à côté de l’essentiel. L’équilibre à trouver est fragile !

Avoir récompensé Jean-Claude Biver (Omega, Blancpain, Hublot, TAG Heuer, Zenith) pour ses 45 ans de passions horlogères était une évidence. Si Nicolas Hayek, avec le Swatch Group, a sauvé l’horlogerie suisse, M. Biver l’a rendue moderne, désirable, voire sexy. L’homme n’a pas (encore) tiré sa révérence et reste un élément central du jeu éco-horloger.

Les surprises de 2018

Qui connaît Akrivia ? Personne, ou presque. Et Rexhep Rexhepi ? Guère plus de monde. Il est horloger, Akrivia sa marque et son Chronomètre Contemporain a remporté le très convoité Prix de la Montre Masculine. Une audace rare qui contribuera légèrement à la notoriété de la marque : seules 25 pièces de ce modèles seront réalisées ! Le jury s’est ici montré consensuel dans l’approche (mouvement trois aiguilles) mais audacieux dans le choix de cette marque d’ultra niche.

Il en fut de même pour d’autres catégories. C’est par exemple la toute jeune marque Singer Reimagined qui a gagné le Prix du Chronographe, conçu par le Genevois Jean-Marc Wiederrecht. Une pièce aussi simple à comprendre que complexe à réaliser : les aiguilles du chrono, au lieu d’être reléguées dans des sous-compteurs illisibles, sont au centre – et c’est l’heure qui est reléguée en périphérie de cadran. L’intérêt d’une telle composition est évident pour un chronographe mais particulièrement ardue à mettre au point (dix ans de développement).

Enfin, on notera la présence de l’horloger russe Konstantin Chaykin dont la « Clown » a fait sourire tout le monde : une montre sans grand défi technique mais avec une esthétique qui décoiffe ! Et, surtout, nul besoin d’être un collectionneur averti pour en saisir le caractère décalé – une belle horlogerie créative comme il devrait y en avoir plus souvent !

Ces pièces qui frisent le million…

D’autres pièces ont remporté un consensus quasi total. La Récital 22 « Grand Récital » de Bovet a raflé la consécration suprême, l’Aiguille d’Or. De quoi s’agit-il ? D’un calendrier perpétuel avec phase de Lune, tourbillon et réserve de marche – une véritable Grande Complication (Petite et Grande Sonnerie) qui frise le demi-million de francs, limitée à 60 exemplaires. Elle se rapproche en cela de la Grande Sonnerie de Greubel Forsey qui, elle, passe allègrement la barre des 1,2 million de francs. Elle a gagné le prix de l’Exception Mécanique et le mérite amplement. Fruit de onze ans de développement, forte de plus de 930 composants, la pièce, superlative, ne sera réalisée qu’à huit exemplaires chaque année.

Journaliste horlogerie