Genève se met en veille… pour mieux rêver
BamX Lux — EPFL GCL & Félix Michel
Quand la nuit enveloppe la Cour Saint-Pierre, l’agora s’illumine comme un organisme vivant. Refuge, tempête, respiration — la lumière raconte une nature intérieure. (C) Geneva Lux
Quand janvier s’étire et que la nuit s’installe trop tôt, Genève refuse l’obscurité comme fatalité. Elle l’apprivoise. Elle la sculpte. Elle l’illumine. Du 16 janvier au 1er février 2026, Geneva Lux transforme la ville en constellation urbaine, où chaque rue devient phrase, chaque reflet une respiration.
La nuit tombe. Et soudain, Genève ne s’éteint pas : elle bascule. Avec Geneva Lux, la ville propose moins une promenade qu’un passage. Un glissement du réel vers l’imaginaire, du béton vers le symbole, de l’hiver vers une lumière qui pense.
Un portail vers l’ailleurs
Dès l’entrée du Jardin Anglais, The Doors d’Atom Sphère agit comme un rituel d’initiation. Seize arches d’acier sombre, légèrement pivotées, tapissées de LED matricielles en 3D. Un tunnel. Un seuil. Une faille douce. On ne regarde pas l’œuvre : on la traverse. Et dans ce franchissement, quelque chose se dépose — le bruit du monde, le poids du jour. La lumière dessine une frontière immatérielle et murmure : ici commence autre chose.
The Doors — Atom Sphère Un portail lumineux comme une faille douce dans le réel. Seize arches pour quitter le monde ordinaire et entrer dans celui des possibles. Ici, la lumière n’éclaire pas : elle autorise le passage. (C) Geneva Lux
Le mythe du bug
Au cœur du Jardin Anglais, Kraken de Jérémy Oury & Thomas Voillaume surgit comme une anomalie magnifique. Une créature monumentale filaire, en low-poly, échappée des premiers âges de la 3D. Un bug devenu totem. La sculpture perturbe le réel, comme si la nature elle-même s’était emparée du langage numérique.
Symbole des forces sauvages qui dépassent l’homme, Kraken parle autant de forêts et d’océans que de technologies incontrôlables. Ici, le futur n’est pas lisse. Il est brut, instable, indomptable.
Une étoile tombée sur Terre
Toujours au Jardin Anglais, Polaris de Structurals & Owelle agit comme un champ gravitationnel. Un dôme lumineux aux arches convergentes, attirant le regard vers un noyau incandescent. On s’approche. On entre. On se laisse absorber.
Les séquences audiovisuelles, construites sur des géométries euclidiennes, orchestrent un voyage du froid cosmique vers la chaleur vibrante du cœur stellaire. Le temps se dilate. L’espace se déforme. Le visiteur devient corps céleste.
Polaris — Structurals & Owelle Une étoile tombée sur Terre. Sous ce dôme incandescent, le visiteur gravite du froid cosmique vers la chaleur du noyau. Un voyage sensoriel où le temps se dilate et l’espace se dissout. (C) DR
Architecture sensible
Dans la Cour Saint-Pierre, BamX Lux créé par l’EPFL Geometric Computing Laboratory & Félix Michel change la respiration du festival. Une agora en bambou, humble en apparence, mais née de calculs complexes. Le geste ancestral rencontre l’algorithmie, la matière durable dialogue avec la puissance mathématique.
Animée par les compositions lumineuses et la scénographie immersive de Félix Michel, l’œuvre devient expérience totale : lumière, architecture, son en quadriphonie, immersion à 360°. La nature s’y fait tour à tour refuge, souffle, menace. Un voyage intérieur, presque chamanique, au cœur d’une architecture qui écoute.
BamX Lux — EPFL Geometric Computing Laboratory & Félix Michel Une agora de bambou où l’algorithme épouse la matière. Tradition et calcul s’entrelacent, la lumière respire, le son enveloppe. Architecture du futur, expérience du présent (c) Geneva Lux
Quand Genève ne brille pas, mais révèle
À travers ces œuvres, Geneva Lux ne cherche pas l’effet. Il cherche le sens. La lumière devient langage. Le numérique devient mythe. L’architecture devient émotion. Genève ne s’illumine pas pour séduire. Elle s’illumine pour penser, ressentir, relier.
La nuit tombe. La ville s’ouvre. Et quelque chose, en nous aussi, franchit le seuil.
Programme complet et horaires sur www.genevalux.ch