FIFDH : quand les films font front
Affiche du FIFDH 2026 — photographie de Zed Nelson, issue de la série The Anthropocene Illusion. Une image vertigineuse qui interroge notre rapport au vivant et au réel, où la nature devient spectacle et le regard, médiatisé par écrans et vitrines. Une métaphore puissante des contradictions de notre époque!
Dans un monde où les démocraties se craquellent et où l’autoritarisme gagne du terrain, le FIFDH choisit la lumière de l’écran pour éclairer les zones d’ombre du réel. Du 6 au 15 mars 2026, Genève accueille la 24ᵉ édition de ce festival singulier, où cinéma et conscience dialoguent pour interroger le pouvoir, les libertés et les résistances qui se créent à travers le monde. Le cinéma comme boussole dans la tempête.
Genève, capitale des consciences
Chaque printemps, Genève devient plus qu’une ville diplomatique : elle se transforme en théâtre d’idées. Dans les salles du FIFDH, les images ne divertissent pas seulement — elles interrogent, dérangent, réveillent.
À l’heure où l’autoritarisme gagne du terrain et où les institutions internationales semblent parfois perdre leur souffle, le festival pose une question simple mais vertigineuse : comment défendre les libertés quand le monde se durcit ?
La rapporteuse spéciale à l’ONU Francesca Albaneseà sera présente à l’issue de la projection de Disunited Nations, qui rend compte de l’inaction de la communauté internationale face au génocide en cours à Gaza (c) DR
Pour nourrir ce dialogue, le FIFDH convoque cinéastes, activistes et penseur·ses venus du monde entier. Parmi eux, Adèle Haenel, Francesca Albanese, Yara El-Ghadban, Claire Denis, Vanessa Eileen Thompson, Susan Stryker ou encore Féris Barkat. Autant de voix qui font du festival un véritable carrefour entre cinéma, politique et conscience citoyenne.
Autoritarisme : les ombres qui s’étendent
Le thème de cette édition est clair : scruter les dérives autoritaires qui redessinent la carte du monde. Avec Le Cas Meloni, présenté en première mondiale, Anna Bonalume et Jérémy Frey plongent dans les mutations du pouvoir en Europe. D’autres forums se penchent sur les États-Unis, où certaines pratiques politiques fragilisent les équilibres démocratiques, ou encore sur l’Europe, où la liberté de manifester, l’indépendance de la justice et la pluralité médiatique subissent des pressions croissantes.
Giorgia Meloni, le 19 février 2026, à Rome. — © FILIPPO ATTILI /CHIGI PALACE PRE / keystone-sda.ch
Le festival élargit également la focale vers l’Argentine, la Chine ou l’Iran, révélant une mécanique universelle : lorsque les régimes se durcissent, ce sont presque toujours les minorités qui encaissent les premiers coups.
Le documentaire Just Kids de Gianna Toboni explore ainsi les offensives politiques contre les personnes trans, tandis que la chercheuse Vanessa Eileen Thompson interroge les violences policières et les fractures raciales.
Just Kids de Gianna Toboni (c) DR
L’ordre international : une architecture qui se lézarde
Mais le FIFDH ne se contente pas d’observer les régimes autoritaires. Il examine aussi les fissures du système international censé les contenir. Avec Disunited Nations, le réalisateur Christophe Cotteret dissèque l’impuissance de la communauté internationale face aux crises contemporaines. La projection donnera lieu à un échange avec Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU, autour d’un multilatéralisme qui semble parfois vaciller sous le poids des intérêts géopolitiques.
Autre film marquant : Palestine 36 d’Annemarie Jacir. En remontant au soulèvement palestinien de 1936 contre l’administration coloniale britannique, la réalisatrice éclaire les racines historiques d’un conflit devenu l’un des symboles les plus brûlants des failles de l’ordre mondial.
Palestine 36 d’Annemarie Jacir (c) DR
Le festival évoque également les guerres oubliées — au Soudan ou dans l’est du Congo — où les populations civiles vivent au cœur d’un engrenage violent nourri par les ressources et les rivalités internationales.
Résister : quand l’art devient refuge
Face à ces secousses, le FIFDH ne se contente pas de dresser un constat. Il explore les formes de résistance qui émergent dans les interstices du monde. Avec From GAZA with LOVE, le reporter Charles Villa laisse la parole aux enfants de Gaza à travers une série de courts métrages réalisés par des cinéastes gazaouis. Une manière de rappeler que, même au cœur du chaos, l’image peut devenir mémoire, témoignage et acte de survie.
Le film Portuali de Perla Sardella suit quant à lui les dockers de Gênes engagés dans une lutte syndicale contre le commerce d’armes. La projection donnera lieu à un forum avec Adèle Haenel et l’écrivaine militante Sarah Schulman, autour d’une question simple et redoutable : comment transformer la solidarité en force politique ?
La programmation explore aussi des résistances plus intimes. Dans Mailin, María Silvia Esteve suit le combat d’une femme pour faire reconnaître les abus d’un prêtre. Black Water de Natxo Leuza relie migrations forcées et crise climatique. Et dans A Fox Under a Pink Moon, l’art devient refuge pour une jeune Afghane confrontée à la violence patriarcale et à l’exil.
Le cinéma pour changer le réel
Au-delà des projections, le FIFDH revendique une ambition plus vaste : faire du cinéma un levier de transformation sociale. Avec ses Impact Days, le festival accompagne des films encore en production pour amplifier leur portée politique et médiatique. La section Impact Spotlight présentera notamment Yurlu | Country de Yaara Bou Melhem, consacré aux ravages de l’amiante sur les populations autochtones australiennes.
Autre projet marquant : Molly vs the Machines de Marc Silver, qui raconte le combat d’un père contre la plateforme Meta après le suicide de sa fille. Ici, les films ne s’arrêtent pas au générique. Ils cherchent à prolonger leur impact dans le réel.
Molly vs the Machines de Marc Silver (c) DR
Claire Denis, dernière lumière
La 24ᵉ édition s’achèvera le 15 mars avec la projection en première suisse du nouveau film de Claire Denis, Le Cri des gardes. Une rétrospective consacrée à la cinéaste se poursuivra ensuite à la Cinémathèque suisse. Une manière élégante de refermer cette édition : avec un cinéma qui refuse de détourner les yeux. Car au FIFDH, l’écran n’est jamais une échappatoire. C’est un miroir tendu au monde, parfois fissuré, souvent inconfortable, mais toujours nécessaire.
Isaach de Bankolé dans «Le Cri des gardes», de Claire Denis. — © Les Films du Losange
FIFDH — Festival du film et forum international sur les droits humains
6 – 15 mars 2026
Plusieurs lieux à Genève : Maison des Arts du Grütli, Pitoëff, Cinélux, Cinéma Spoutnik, Auditorium Arditi, Théâtre Pitoëff
Programme complet et billetterie :
www.fifdh.org
