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Publié par le 13.12.2018

Photo: Flash Wall, 2016 ©Kiwon Park

La fin du mois de janvier amorce le calendrier des grandes foires d’art en Europe. Emboîtant de peu le pas à la Brussels Art Fair, artgenève remet le couvert pour une 8ème édition du 31 janvier au 3 février sous les auspices de la hauteur et réaffirme l’engagement pour un salon d’art à taille humaine et au rayonnement international. Dans le paysage saturé des foires d’art, l’événement genevois se singularise en accueillant de nouvelles galeries prestigieuses qui côtoient les traditionnelles expositions institutionnelles. De retour cette année, l’Estate Show atteint les cimes de Palexpo en exposant une œuvre monumentale et le PAD fait salon avec un espace uniquement dédié au design et à l’art décoratif. Les collaborations sont multiples, mais celle avec la Ville de Genève et les galeries participantes est particulièrement féconde puisqu’elle donne lieu à artgenève/ sculptures en parallèle du salon.
Par Quentin Arnoux

Roberto Longo ©Untilted (Sheer Virtue), 2018

Un événement à dimension humaine
A défaut de tout montrer et de multiplier les exposants, artgenève fait le choix audacieux de se limiter à environ 80 stands pour son salon et 40 pour le Pavillon des Arts et du Design (PAD). La loi des quotas a de la peine à se frayer un chemin en Suisse et peut faire grincer des dents. Néanmoins, dans le cadre du salon d’art genevois, cette démarche porte ses fruits et garantit une dynamique et un dialogue intéressant entre les galeries et avec les visiteurs. Un cycle de dix conférences en partenariat avec la maison de vente Christie’s encourage également à tisser des liens entre des œuvres et des thématiques développées au sein du salon.
Les galeries fidèles à l’événement à l’instar de Pace ou Gagosian côtoient de nouveaux venus ainsi que les traditionnelles expositions institutionnelles, suisses pour la plupart. Ce mouvement de la suissitude est relativement bien représenté avec la collection du Zurichois Michael Ringier, la présence assidue de la Fondation Beyeler et surtout avec la Kunsthaus Baselland qui dans une démarche d’émulation artistique, paye des artistes pour l’occasion afin de bénéficier de nouvelles œuvres.

Galeries d’ici et d’ailleurs
La programmation de 2019 accueille de nombreuses nouvelles galeries dont de grands noms de la scène contemporaine européenne et d’outre-Atlantique comme Marlborough Contemporary, Hauser&Wirth ou Raffaella Cortese. Cette nouvelle édition permet également de faire place aux galeries venues d’Asie telles que ShanghART ou la Tang Contemporary Art dont l’offre en art contemporain est très étoffée. Ces deux occurrences ne sont qu’un exemple parmi les nombreuses galeries qualitatives d’art qui se multiplient en Asie depuis quelques années et qui sont le symptôme de ce gout pour la production contemporaine. A cela s’ajoute les galeries qui se proposent de faire découvrir de nouvelles productions. C’est notamment le cas avec la venue de la galerie de Téhéran AB-ANBAR qui opère une entrée remarquée de l’art iranien dans le salon genevois. La génération qui suit la Révolution de 1979 s’aventure volontiers en peinture ou en photographie et plus généralement dans les nouveaux médias. Ce bouillonnement de l’art contemporain en Iran est très bien représenté bien qu’il reste malheureusement souvent cantonné aux foires d’art régionales du Moyen-Orient et d’Asie centrale.

Des installations stratosphériques
Pour la cinquième année consécutive, artgenève présente sa traditionnelle section « The Estate Show » qui est consacrée à l’œuvre d’un artiste historique et qui traduit l’ambition grandissante de s’adonner à des projets toujours plus ambitieux. Cette année anniversaire est placée plus que jamais sous les auspices de la monumentalité. En effet, après la banquise toute de polystyrène vêtue de General Idea en 2015, le gigantesque wall drawing de 40 mètres de long de Sol LeWitt en 2016, les cônes lumineux crépusculaires d’Anthony McCall en 2017 et enfin du parc de sculptures de Max Bill en 2018, l’édition de cette année honore l’artiste américain Chris Burden et poursuit cette apologie de la grandeur. L’installation architecturale de Burden joue sur la verticalité déjà introduite en filigrane dans l’édition de 2018 avec l’arbre de Penone et avoisine les 13 mètres de haut. Un imposant néon de l’artiste Cerith Wyn Evans pour la galerie White Cub complète cette ascension. En prenant en considération que le plafond des halles bute à 18 mètres, ces installations qui s’approchent plus de buildings que de sculptures, relèvent un défi qui ne laissera le public assurément pas penaud.

Inception à la façon art contemporain
En parallèle et en collaboration avec artgenève ont lieu une multitude de salons qui s’inscrivent dans l’esprit de l’événement et qui constituent de véritables salons dans le salon. A la manière d’un récit enchâssé qui complète un récit cadre, ces événements annexes explorent d’autres possibilités. The living room est une exposition vidéo indépendante – la première du salon – curatée par Samuel Gross qui réunit une dizaine de vidéos choisies par les galeries participantes.
Le PAD poursuit sa collaboration avec le salon d’art genevois et remploie le dispositif qui avait fait ses preuves l’année dernière. Une quarantaine de galeries spécialisées dans les arts décoratifs et dans l’art premier sont réunies pour rendre accessible, ou plus simplement, pour faire connaitre ces branches de l’art contemporain. Le PAD fera également une incursion à artmonte-carlo au printemps prochain, mais se consacrera plutôt à des expositions monographiques.
Dans un autre registre, artgenève et la villa Sarasin s’associent pour présenter une foire parallèle qui pour le coup, relève plus de l’exposition que de la foire économique. En effet, l’accent est mis sur la découverte d’œuvres et d’artistes peu connus. Cette dimension non-pécuniaire constitue une part importante de l’identité d’artgenève puisqu’elle représente environ 30 % selon Charlotte Diwan, en charge de la programmation vip, et se remarque avec des expositions à l’instar de celles du Centre d’art contemporain et du MAMCO. Invité habituel du salon, le musée d’art Moderne et Contemporain réitère l’expérience de son exposition In course of acquisition qui fait voir les œuvres achetées au sein du salon de même que le Centre d’art contemporain propose lui-aussi une exposition en lien avec la Biennale de l’Image en Mouvement.
Cette même volonté d’art visible pour tous se poursuit avec artgenève/sculptures. L’emplacement migre cependant des rivages de la Rade au cœur de la ville. Les œuvres des galeries Whitechapel ou Serpentine pour ne citer qu’elles s’invitent au cœur du centre et des places historiques de Genève. Cette manifestation offre aux galeries une plateforme de diffusion supplémentaire en plus du salon hivernal et permet également de faire découvrir l’art contemporain aux passants d’une manière originale.

The Dark Space of Speech ©Amy Sillman, 2018

Artgenève
Salon d’art
Du 31 janvier au 3 Février 2019
Palexpo
022 761 11 11
www.artgeneve.ch