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Publié par le 07.11.2018

C’est une énergie folle qui émane du studio Sainte-Clotilde, où les danseurs du ballet du Grand Théâtre de Genève travaillent actuellement avec le chorégraphe Abou Lagraa sur sa toute première création pour le ballet de Genève, Wahada, qui sera présentée du 27 novembre au 2 décembre prochains à l’Opéra des Nations. Témoin privilégié au sein de cette effervescence artistique, Go Out ! a eu l’occasion d’évoquer cette œuvre en gestation avec son créateur Abou Lagraa, ainsi que le parcours de ce fervent chantre de la mixité sous toutes ses coutures.
Par Virginie Nopper

En entrant à Sainte-Clotilde, dans le studio que le ballet utilise le temps de la rénovation du Grand Théâtre, c’est sur les notes de la sublime Messe en ut mineur de W.A Mozart que l’on est accueilli. Très vite, les bruits des mouvements que les danseurs exécutent s’y ajoutent. Des étreintes fortes et passionnelles ainsi que des déplacements énergiques nous laissent présager que cette création sera sans doute une prouesse physique pour les vingt-deux interprètes.

Abou Lagraa se tient au milieu des danseurs, leur montrant des mouvements que lui-même avouera adapter aux corps et aux sensibilités de ces derniers. C’est un échange et cela se voit. L’effet de groupe occupe une place primordiale dans cette création qui n’est faite que d’individualités. Le chorégraphe dresse dans cette œuvre le tableau d’une société multiculturelle par excellence, dans laquelle des individus, qu’il aura voulu habillés de façon identiques, assument leurs différences de genre ou d’origines, et le revendiquent. A une époque ou l’on a tant besoin de se rappeler que la diversité est une richesse et une force, la pièce d’Abou Lagraa tombe à pic. Extraits d’une rencontre placée sous le signe de l’ouverture si chère à cet artiste.

 

Pour commencer, comment ce projet est-il né ?
Il s’agit d’une commande de Philippe Cohen, le directeur du ballet. Il m’a proposé de faire une création pour les vingt-deux danseurs sur la Messe en ut de Mozart. J’adore cette œuvre mais il fallait que je me sente suffisamment mûr pour m’y atteler. Cette proposition est arrivée au bon moment. J’ai accepté sans hésitation.

Votre danse a quelque chose de très communautaire. Est-ce que la promesse (Wahada, en arabe) à laquelle le titre fait allusion ne serait-elle pas celle d’un monde meilleur ? L’acceptation de soi et des autres ?
Exactement, c’est tout à fait cela. En découvrant les danseurs pour la première fois, j’ai remarqué cette mixité qu’il y avait chez eux. Je voulais montrer au public que la différence est une force dans notre monde malgré ce que l’on essaie de nous faire croire parfois. J’ai donc travaillé avec eux à faire de cette pièce un exemple de ce qu’est une société.

Né en Ardèche de parents algériens, dans quelle mesure vos racines ont-elles influencé votre danse ?
J’ai passé tous mes étés en Algérie. Mes parents sont musulmans. Je le suis mais non pratiquant. Ma maman a 92 ans et mon papa est décédé à 101 ans. Ils m’ont demandé de suivre les cours de catéchisme pour connaître mieux la culture et la religion du pays dans lequel nous vivions. Une ouverture hallucinante. C’est ce qui a fait de moi quelqu’un de fier de ses racines en étant en même temps très curieux, respectueux et à l’écoute de celles des autres.

Vous en êtes à mi-chemin dans le processus de création, votre projet initial se dessine-t-il comme vous l’aviez imaginé ou a-t-il changé ?
J’avais évidemment préparé quelque chose mais je me suis laissé aussi toucher par les personnalités de chacun. Je peux dire que je me suis laissé surprendre. Le ballet du Grand Théâtre de Genève est une vraie maison de création. Pas de production. C’est ce qui fait toute la nuance à mes yeux.

Wahada
Du 27 novemebre au 2 décembre
Opéra des Nations
40, avenue de France – 1202 Genève
022 322 50 50
www.geneveopera.ch