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Publié par le 08.10.2018

Dès le 20 octobre, la Fondation Martin Bodmer, en partenariat avec le MAMCO, ouvre ses malles pour faire découvrir une partie de sa mine inépuisable jusque-là inconnue : des œuvres inimprimées. Soit parce qu’elles furent oubliées, soit parce qu’elles souffrirent – à tort – du statut d’œuvres inachevées et de fait, jugées moins intéressantes que celles terminées, les cahiers, dessins et autres travaux non publiés cultivent toutefois une unicité certaine. Plus que de simples brouillons, ils permettent de faire voir divers univers et de nous renseigner sur la genèse d’une œuvre. L’exposition Cahiers écrits, dessinés, inimprimés est avant tout la promesse d’une mise en lumière singulière et contemporaine des échafaudages de notre littérature et de l’art plus actuel. Elle permet également de cerner les liens qu’ils peuvent entretenir ou de découvrir des ouvrages jamais exposés.

Par Quentin Arnoux

Sans titre, Frédéric Bruly Bouabré ©Fondation Martin Bodmer

Parallélismes
A défaut d’une affiliation chronologique, c’est par parallèles plastiques que sont réunies les œuvres présentées. Qu’il s’agisse de parenté graphique ou iconographique, les différents ouvrages s’interrogent et se répondent pour former un langage commun. C’est ainsi qu’un évangile pictographique mexicain du 16ème siècle – évangile raconté sous la forme d’images figuratives au lieu de textes – est habilement mis en perspective avec l’introduction dactylographiée de l’ouvrage de l’artiste ivoirien Frédéric Bruly Bouabré, dont les figures assimilables à des grotesques trouvent étrangement leur pendant avec le Codex Testeriano d’Amérique centrale.

Le parallèle se retrouve également dans les carnets d’écrivains eux-mêmes, dans la mesure où ils représentent une clef parfois indispensable à la compréhension d’une œuvre et de sa genèse. Dès lors, les multiples ajouts, d’Arthur Schopenhauer sur son traité Le Monde comme volonté et comme représentation, de même que les constantes modifications manuscrites de Marcel Proust sur son cycle narratif Les Intermittences du cœur qui sera modifié à la dernière minute en A la Recherche du temps perdu, prennent tout leur sens et introduisent des nuances et des angles de réflexion jusque-là inabordés. Cette réunion d’objets très divers offre la possibilité de (re)découvrir la collection de la Fondation Martin Bodmer tout en la mettant en perspective avec des pièces plus contemporaines dont certaines sont issues de la collection du Musée d’art moderne contemporain tels que les cahiers de l’artiste croate Julije Knifer qui interroge le statut du journal. Brouillon pour certains, mais à la fois savamment ordonné et paré de couleur, le cahier accède au rang d’œuvre d’art à part entière.

Unique. Cahiers écrits, dessinés, inimprimés
Du 20 octobre 2018 au 25 août 2019
Fondation Bodmer
19-21, route Martin Bodmer – 1223 Cologny
022 707 44 33
www.fondationbodmer.ch