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Publié par le 13.09.2018

Chaud chaud, La Bâtie s’annonce sensuelle ! Pour cette 42ème édition, les visuels émoustillent la curiosité. Tout commence avec ceux du programme : des bouts de peaux dans des géographies corporelles incertaines, des drapés, du mystère, de la suggestion. Le nouveau directeur Claude Ratzé injecte un souffle chaud à cette mouture toujours imaginative et affirme d’emblée dans son édito : « c’est une foultitude de projets ». Entre créations et commandes pluridisciplinaires, La Bâtie s’apprête à nous faire passer le cap de la rentrée en immersion culturelle avec du beau monde, y compris international. En option, des spectacles kinky vraiment pour adultes, d’autres pour enfants, et aussi du clubbing et de quoi se nourrir au vert. Du 30 août au 16 septembre, La Bâtie quadrille les alentours, du Grütli au Théâtre du Loup, en passant par Château rouge ou Kugler, et ramifie jusqu’à Divonne, Annemasse, ou St-Genis-Pouilly. L’équipe de La Bâtie nous attend de pied ferme.

Par ANNE FATOUT et ALEXANDRE KASPAR

DANSE DENSE

Si La Bâtie a le chic pour nous sortir de notre zone de confort avec des spectacles qui marquent et emmènent où bon lui semble, le registre de la danse n’y échappe pas, en version souvent expérimentale, sinon obsédante, jouant aussi parfois avec les limites du dérangeant. On en perd son latin, on ressort essorés, partagés ou touchés mais La Bâtie fait mouche. Cette année encore, munissons-nous d’une bonne dose de curiosité, d’une once d’humour et laissons-nous séduire, apprivoiser, conquérir. Le programme aiguise l’envie, décrivant chaque proposition avec pléthore d’adjectifs aiguisés comme des flèches. Citons notamment Jan Martens, qui avait coupé le souffle dans The dog days are over, et dont il est prédit qu’il collera le public au plafond avec Rule of three. L’ex-dramaturge de Pina Bausch Raimund Hoghe transperce avec Canzone per Ornella, chorégraphie portrait sur textes de Pasolini. Le très attendu Hofesh Shechter fédère dans une pièce monumentale pour dix danseurs et Dimitris Papaioannou (chorégraphe des jeux d’Athènes) joue les magiciens avec poésie. Pour les esprits les plus débridés, place au kinky avec la danoise Mette Ingvartsen qui se livre audacieusement dans 21 pornographies, ou le duo Simone Aughterlony & Jen Rosenblit qui lui use de chaînes et de cuir. Jérôme Bel ouvre le bal en début d’édition avec Gala : pro et amateurs fusionnent en communauté pour se mouvoir décomplexés, sans jugement. Quant à Eric Arnal Burtschy, il bluffe avec un concept lumineux ! Côté création, Théo Mercier et Steven Michel incorporent Ikea non sans cynisme. La Ribot s’acoquine avec la compagnie portugaise Dançando com a diferança pour Happy Island. La boxe flirte avec la danse entre puissance et fragilité dans (B), de Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero.

 

ARTS TRÈS VIVANTS

Côté théâtre and co, les planches du festival seront foulées par une myriade d’artistes aux projets aussi surprenants qu’intéressants. Les couleurs qui s’en dégagent portent les noms d’Aurélien Patouillard et Marion Duval, Thibaud Croisy, François Grémaud pour 2b company, Alessandro Serra ou encore Amir Reza Koohestani. L’Iranien dont le nom n’est plus à faire revient à La Bâtie pour Summerless, le dernier volet d’une trilogie dont les deux autres avaient fait l’unanimité sur les planches bâtisiennes il y a quelques années. Après Téhéran, place à la Sardaigne où Alessandro Serra place son Macbeth devenu Macbettu au contact de la belle île italienne. Quant à la 2b company, François Grémaud se charge de

nous proposer Conférence de choses, véritable encyclopédie participative décalée dont on ne sort pas plus bête. Et si l’envie d’apprendre ne nous prenait pas, si à tout hasard vous étiez plutôt dans un mood kinky, vous pourriez compter sur Thibaud Croisy pour vous donner les palpitations que vous attendiez. Car dans la pièce, il fera chaud. Témoignage d’un homme qui n’avait pas envie d’en castrer un autre, c’est un sol moelleux, la détente qui vous invite, c’est le son de la voix hésitante de l’auteur et de cet inconnu, se livrant, expliquant ses pratiques sadomasochistes à vos oreilles tendues. Votre imagination se chargera de mettre ces récits en image. Vous ne résisterez pas. Dans un autre registre, l’innocent Hulul, hibou naïf et sage de notre enfance vous invitera pour un moment intime à la légèreté plaisante. Accessible aux plus petits, la pièce met en scène l’oiseau, joué par Marion Duval, au coeur de ses questionnements. Alors qu’il va se coucher, il prend le public à partie et se demande, par exemple, si la lune le regarde ou si l’hiver voudrait entrer se réchauffer quelques instants. Sur les planches cette année, il y en a pour tous les goûts : familiers ou non des arts vivants, vous n’aurez aucune excuse.

 

MÉLOMAMÈNES

Les mélomanes se réjouiront. La Bâtie c’est aussi de la musique. Une programmation aux petits oignons pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Pour les amoureux du hip-hop qui aiment le boom-bap bien oldschool, il ne faudra pas rater le grand Grems, prêt à mettre le feu avec son très chaud Fantômas Tour 2018. Jeudi 6, ça se passe évidemment à la Gravière avec le jeune T/O et B77 suivi d’un after DJ set par les boys du collectif hapax 21. Vendredi, l’Alhambra tremblera au rythme de Nakhane et celui d’Émilie Zoé pour commencer le weekend comme il se doit. Pendant la semaine, d’autres concerts nous emmèneront loin, comme celui des percussionnistes d’Eklekto. L’excellente Derya Yildirim, chanteuse et instrumentiste germano-turque, se produira au shop de Bongo Joe pour un moment qui s’annonce inoubliable. Coup de foudre garanti. Si vous aviez aimé l’intro tout en hip-hop, il faudra goûter à la cuvée bien de chez nous le vendredi 14 à l’Alhambra avec Di-Meh et ses invités pour le Di-meh Focus 2 Tour. Une trap bien lourde et une énergie sans faille pour faire jumper la foule de la cité. Si les jambes tiennent – et elles tiendront –, elles vous mèneront à l’Usine le lendemain pour une folle soirée avec la tant attendue Total Bongo Joe Night dont les protagonistes ne sont ni plus ni moins que Cyril Cyril, Bégayer et les Bongo Joe DJ’s. Pour les nyctalopes, on ne passe pas à côté du Club, spot fou à la sélection pointue et goûteuse : vous pourrez compter sur des sommités comme Brian Shimkovitz de Awesome Tapes From Africa, le bien de chez nous Aloko, et également le duo du bout du lac des Diplomates ou encore un B2B furieux Folamour et Ethylène. Enfin, une belle quinzaine pour se déhancher sur tous les rythmes et faire de belles découvertes. A vous le dancefloor, à vous la fosse.

 

La Bâtie – Festival de Genève
Du 30 août au 16 septembre
Divers lieux de Genève
022 738 19 19
www.batie.ch