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Publié par le 26.11.2018

Véritable thématique à part entière de la série télévisée, le milieu hospitalier est ausculté de bien des façons sur le petit écran, en amputant bien souvent le réalisme des situations. L’hôpital en est alors réduit à un simple lieu où se déroulent des romances entre collègues d’une mièvrerie sans limites (Grey’s Anatomy) ou encore des scènes fantasques qui s’apparentent davantage à un bon trip sous morphine (Scrubs & H). Hippocrate, nouvelle création originale Canal + biberonnée par Thomas Lilti, possède les atouts nécessaires pour devenir LA série médicale référence en matière de réalisme. Présent à l’avant-première au cinéma Pathé Balexert en compagnie de Zacharie Chasseriaud, l’homme à la fois réalisateur, scénariste et médecin généraliste a accepté de répondre aux questions de Go Out! sans ordonnance.

 Par François Graz

Expliquez-nous la genèse de la série Hippocrate. J’ai eu envie de replonger dans la thématique de mon film éponyme sorti il y a 4 ans qui narrait déjà l’histoire d’internes en médecine. Le format de la série c’est-à-dire 8 épisodes de 52 minutes m’a paru comme étant davantage adapté pour s’attarder plus longuement sur des sujets tels que le fonctionnement de l’hôpital ainsi que ses internes qui font face à des situations délicates malgré leur jeune âge.

Comment avez-vous procédé pour choisir les acteurs ? En tout il y a 130 rôles dans la série donc cela a nécessité du temps. Pour les personnages principaux j’ai effectué un long casting qui a duré quelques mois. À un moment donné j’ai eu l’idée de Louise Bourgoin pour le rôle de Chloé, et c’est à partir de ce personnage que j’ai articulé le reste du casting, à savoir Alice Belaïdi, Karim Leklou et Zacharie Chasseriaud. Je voulais vraiment que les internes soient tous différents au niveau de leur physique et de leur caractère. La différence de jeu des acteurs a également contribué à obtenir un groupe éclectique.

Ont-ils eu recours à une formation spécifique avant de débuter le tournage ? Aucune ! Je les ai moi-même formés au fur et à mesure de la préparation et du tournage. Je leur ai appris la gestuelle, la manière de parler à un patient, effectuer une consultation etc…

Quelles ont été les possibles difficultés liées au tournage ? Alors il n’y en a pas vraiment eu si ce n’est quelques problèmes techniques liés au matériel. Ce n’est pas une difficulté à proprement parler mais davantage un travail de rigueur : on a énormément mis l’accent sur la qualité d’interprétation pour obtenir une série hyper-réaliste, donc il n’était pas rare de faire et refaire des prises jusqu’à que ce les scènes soient au plus près de la réalité.

Avez-vous une anecdote à nous livrer ? (Assurez-vous d’avoir regardé l’épisode 1 avant de lire ce qui suit, ça va spoiler sec) Lors du tournage de la scène du vieux monsieur amputé de la jambe, je n’avais pas prévenu le comédien qui joue Rachid que c’était un faux moignon juste pour voir sa réaction. Il m’a dit « rassure moi il a une vraie jambe ?! » je suis resté silencieux exprès et il a enchainé « j’suis désolé mais je ne vais pas pouvoir jouer… ». J’ai dû lui montrer le trucage sinon il aurait été en panique tout le long !

C’est une belle preuve que le réalisme de la série est poussé au maximum. Mais carrément ! Souvent les acteurs croyaient avoir à faire à des vrais malades si je ne les prévenais pas, alors que tout est factice ! On n’a même pas tué des vrais gens !

Quelle est votre série médicale préférée ? Urgences, parce que c’est une des rares séries américaines qui traite de la problématique du système de santé propre aux Etats Unis. Par exemple au niveau du scénario, quand un patient à des problèmes d’assurance maladie privée, l’équipe médicale va avoir des difficultés à le soigner correctement alors que dans une série comme Grey’s Anatomy cette question ne se pose jamais.

Quel est votre dernier coup de cœur cinématographique ? J’ai adoré Le monde est à toi de Romain Gavras, avec Karim Leklou qui joue dans Hippocrate justement.

Je vous laisse le mot, la phrase ou le monologue de fin. Un monologue ça va être dur car je suis un peu claqué là ! Je trouve cela marrant de présenter Hippocrate en Suisse car la dimension politique que peut prendre la série sur le problème du système hospitalier français est inconnue ici. C’est intéressant de se confronter à un public qui hallucine de constater que les hôpitaux français sont en si mauvais état alors qu’en France cela fait partie de notre quotidien.

Hippocrate de Thomas Lilti

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