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Publié par le 10.04.2018

Il y a déjà belle lurette que l’univers de la finance et celui des arts ont uni leur destin. Mais depuis quelques années, le couple séculaire vit un vif retour de flamme. A Genève, Mirabaud cultive de solides accointances avec le monde de l’art contemporain. Sous la houlette de Lionel Aeschlimann, associé et CEO du groupe bancaire et financier, l’entreprise bicentenaire a développé une remarquable collection d’art constituée avec passion et reflète une pluridisciplinarité du monde, une ouverture d’esprit sans distinction de medium. Mirabaud ne se repose pas sur son passé et pense à aujourd’hui et demain. Comme le souligne avec sagacité son curateur, Lionel Aeschlimann ; « Les artistes ont souvent 10, 15 ans d’avance sur nous et notre vision du monde ». Ce gentleman érudit égraine les références arty aussi habilement et rapidement que Basquiat ses coups de pinceaux ! Avec beaucoup de discernement, il tisse un passionnant réseau narratif sur la nécessité de l’art contemporain dans la cité. Intarissable, on l’écouterait des heures durant. Entretien avec un collectionneur d’art visionnaire aussi passionné que passionnant.

Lionel Aeschlimann devant l'œuvre de Royden Rabinowitch, 5th Lesson of Emmanuel Feuermann, acier huilé 160x160x80cm, coll. MAMCO, don Max Wandeler ©David Wagnières - Mirabeaud, serial collector, article de mina sidi ali

Lionel Aeschlimann devant l’œuvre de Royden « Rabinowitch, 5th Lesson of Emmanuel Feuermann » (c) David Wagnières pour Mirabaud

Comment décririez-vous votre rapport à l’art contemporain ?

Je suis collectionneur d’art même si je l’ai longtemps nié. Mais à partir du moment où on n’a plus de place sur ses murs, on doit bien se rendre à l’évidence (rires) ! Le terme collectionner évoque des éléments auxquels on ne s’associe pas vraiment, comme mettre des choses dans du formol. Non ! Quand on achète c’est pour avoir un dialogue avec les artistes, c’est pour montrer, pour vivre avec. Il n’y a rien de poussiéreux, l’idée de collection, ce n’est pas de mettre sur des étagères ses œuvres d’art mais c’est au contraire de vivre et d’entretenir un dialogue avec.

Pour la Banque Mirabaud, vous endossez une nouvelle fonction, celle de curateur. Comment la collection s’est-elle constituée ?

Oui, c’est effectivement un travail de curateur mais il est vrai que je ne suis pas formé à cet exercice. Au début ce n’était pas évident et on a vite réalisé avec enchantement qu’au sein de Mirabaud, beaucoup d’employés s’intéressent à l’art contemporain. On a une association avec les employés avec laquelle on organise diverses activités et en ce qui concerne celles dédiées aux expositions, la capacité d’étonnement est très présente. C’est une aventure magnifique. Cette collection me tient à cœur, pour Genève, pour les artistes, pour la Suisse en général et pour l’art. On a besoin d’art. La liberté se restreint de plus en plus dans le monde. Ainsi, nous avons besoin d’artistes qui conservent et développent ces espaces d’émotions. Leur univers est l’un des derniers remparts à la liberté complète.

Ann Veronica Janssens, Magic Mirror Pink #2, 2013-2016 120 x 120 x 1,8 cm Film dichroïque, verre de sécurité, verre flotté, serial collector, article de mina sidi ali

Magic Mirror Pink #2 (c)Ann Veronica Janssens

La Banque Mirabaud s’implique depuis longtemps dans ce projet de promotion artistique. Elle ne se limite pas à acquérir des œuvres d’art mais soutient diverses institutions…

Les associés de la banque se sont impliqués depuis longtemps dans l’univers de l’art contemporain. Ainsi, il y a bientôt trente ans, l’un des membres de la banque a été l’un des six membres fondateurs du Musée d’art moderne et contemporain (MAMCO). Cela représentait un engagement fort à l’époque. Depuis, pas grand chose n’avait été mis en place afin de poursuivre ce soutien. Ainsi, il y a environ six ans, nous avons décidé de nous investir plus fortement en soutenant des artistes, l’effervescent Quartier des Bains, le pôle muséal qu’est le MAMCO et la Foire internationale d’art contemporain (FIAC) à Paris dont nous sommes partenaires. Nous souhaitions conserver l’idée qu’au fond l’art contemporain est un cluster, un microcosme doté d’artistes – c’est par eux que tout naît – de galeristes à soutenir car ils font la promotion de ces derniers et souvent les produisent. Tout est interdépendant, tout le monde doit collaborer main dans la main. Il faut également que les politiques s’investissent davantage pour cette création artistique et pour en faire profiter la population. Car l’art contemporain est un art populaire, il est loin d’être élitiste ! Il y a un amalgame à ce sujet, ce qui est fort dommage. Il faut souligner que la plupart des artistes sont des révolutionnaires, des contestataires, critiques de la société et sont parfois même très politiquement engagés. On doit faire plus pour l’art contemporain à Genève. Et comme entreprise bicentenaire, je trouve que Mirabaud a une responsabilité sociale. On est là pour nous occuper de nos clients, faire du profit, créer de l’emploi, mais on doit également être présent pour la cité. S’engager dans l’art, soutenir les artistes sont des responsabilités d’entrepreneurs. Ces derniers suscitent en nous la réflexion et nous font sortir de notre zone de confort. Cela fait également réfléchir nos collaborateurs, cela permet d’entamer des débats et des dialogues avec nos clients. Tout cela est très enrichissant et stimulant !

Comment distinguez-vous votre collection d’art personnelle et celle de la banque ? Comment s’opèrent vos choix pour Mirabaud ?

Dans une collection personnelle, on peut tout faire car l’on engage que soi. Dans une collection d’entreprise, on a davantage de responsabilité, à l’égard de ses associés, de ses collaborateurs et des ses clients. Il est donc essentiel de pouvoir s’adosser à des spécialistes du marché de l’art qui pourront confirmer nos choix, nous aiguiller, car ils ont la connaissance du marché. La collection de la banque est aujourd’hui dotée de 300 œuvres d’artistes établis et des talents émergents. Nous avons des salons pour nos clients dans plusieurs villes dans le monde et nous sommes partis sur l’idée de les habiller de trois pièces par artiste. Ainsi, à Zurich on a entre autres une salle avec les œuvres de Cornelia Parker, l’une avec celles de Marina Abramović, puis une autre avec celles de Roman Signer et les corridors sont investis par les créations de Stéphane Kropf.

José María Sicilia LA LOCURA DEL VER (VERDE), 2017 Technique mixte sur bois 200 x 200 cm , serial collector, article de mina sidi ali, go out magazine avril 2018

La Locura del Ver (c)José María Sicilia

Mirabaud | Boulevard Georges-Favon 29