Go Out Magazine Menu

Publié par le 16.11.2018

Présenté début novembre lors de l’édition 2018 du GIFF, l’Heure de la Sortie fait preuve d’un mélange des genres certain dont ne nous avait pas habitué le 7ème art de l’hexagone. Le pitch ? Un prof habitué aux remplacements, Pierre Hoffman, intègre le prestigieux collège de Saint Joseph suite à la tentative de suicide de son prédécesseur en plein cours. Un groupe d’élèves de la classe semble être particulièrement hostile à l’environnement extérieur. Pierre va alors tenter de découvrir le mal qui les ronge. Deux ans après Irréprochable, son premier long métrage maitrisé, Sébastien Marnier replonge dans la fiction. Entretien avec un réalisateur qui aime se démarquer. Vivement l’heure, mais également la date de la sortie.*

 Par François Graz

Expliquez-nous la genèse de votre second film, l’Heure de la Sortie, adaptation du roman éponyme de Christophe Dufossé. C’est un projet qui date de 15 ans, à l’époque avec Elise Griffon (qui a co-réalisé plusieurs courts-métrages) on avait racheté les droits du livre après l’avoir lu dans le but de l’adapter. Sauf qu’on avait 25 ans et qu’on débutait donc c’était compliqué. Ce n’est que très récemment il y’a un an et demi, lorsque je réalisais mon premier long-métrage, Irréprochable, que j’en ai parlé à ma productrice. Le film est une ré-adaptation du livre car l’époque n’est plus la même qu’en 2003. Au final on a pris beaucoup de libertés par rapport au roman mais tout en gardant son ADN.

L’Heure de la Sortie fait office de thriller semi-fantastique sur fond de cause écologique. Pourquoi avoir opté pour ce mélange des genres ? Toute la direction artistique du film ainsi que sa conception visuelle et sonore accompagnent le public à travers le ressenti du personnage principal qui varie continuellement. J’aime l’idée de passer d’un état à un autre tout comme d’un genre à un autre. On peut voir l’œuvre comme un objet hybride en effet, mais j’aime surprendre et déstabiliser le spectateur au cinéma. Rares sont les personnes qui parviennent à anticiper le cheminement scénaristique que va emprunter le film. Tout le challenge de la mise en scène était de réussir à façonner un film fluide qui naviguait entre plusieurs genres distincts tout en restant cohérent.

La métamorphose de Franz Kafka à également une place importante au sein du film. Oui tout à fait, le fait que Pierre fasse sa thèse sur l’œuvre de Kafka n’est pas anodin. Au fil des évènements le personnage se transforme, non pas physiquement mais psychiquement, voilà pourquoi j’ai décidé de faire référence à cet auteur que j’apprécie énormément.

Pourquoi votre choix s’est-il porté sur Laurent Laffite pour endosser le rôle de Pierre Hoffman ? De base j’avais imaginé le professeur comme quelqu’un de beaucoup plus jeune que dans le livre, le personnage devait avoir 20 ans sauf que pour diverses raisons cela n’a pas fonctionné. Du coup j’ai totalement réécrit ce rôle pour Laurent que j’avais déjà rencontré plusieurs fois auparavant. C’est un acteur dont j’appréciais beaucoup le travail et c’est son rôle dans le film de Paul Verhoeven, Elle, qui a fait office de déclic. Il a proposé une autre facette de jeu et c’est ce qui m’a intéressé car le rôle de Pierre Hoffman nécessitait une retenue certaine. Laurent a été très enthousiaste lorsque je lui ai parlé de mon projet car ce n’est pas un registre qu’on lui propose souvent et la thématique l’intéressait.

Autre figure du casting, le rappeur Gringe. En fait j’aime beaucoup faire participer des personnes qui ne sont pas issues du milieu du cinéma au sein de mes films. J’avais d’ailleurs convié Benjamin Biolay à rejoindre la distribution d’Irréprochable, ma précédente œuvre. Gringe je l’ai énormément apprécié à l’écran dans Comment c’est loin, tourné avec son pote OrelSan. Je l’ai donc invité à rejoindre l’aventure. Son rôle s’efface peu à peu à mesure que la trame du film avance mais il était tout à fait d’accord avec ça et très impliqué.

Justement l’ensemble du corps enseignant est de moins en moins présent au fil de l’intrigue, cela n’a pas posé de problème aux acteurs cette diminution d’exposition ? Non aucunement, ils étaient conscients d’être progressivement en retrait comme l’exige le scénario. La première partie du film est très chorale avec une véritable galeries personnages, qui cependant finissent par disparaitre pour laisser place aux protagonistes principaux en effet.

Comment avez-vous procédé pour choisir les jeunes acteurs ? Le casting de sélection a été très long, on a auditionné 150 adolescents. On voulait des personnages singuliers, aussi bien physiquement qu’au niveau de leur manière d’être. En outre, afin d’entrer en corrélation avec leurs personnages, ils devaient savoir s’exprimer de manière riche et soutenue. Pour certains notre choix s’est confirmé dès la première rencontre. Suite aux sélections, les acteurs ont eu environ 4 mois de travail en amont du tournage pour préparer leurs rôles.

Ils ont bénéficié d’un entrainement particulier ? Ils ont été coachés par Véronique Ruggia qui joue également le rôle de l’assistante du proviseur dans le film. L’objectif était de créer un groupe soudé, aussi bien pour leur coordination lors du tournage qu’en dehors, car c’est avant tout une aventure humaine. En plus des textes à apprendre, Il y a également eu tout un travail au niveau corporel car leur démarche met en exergue leur différence. Le tournage de l’Heure de la Sortie a demandé beaucoup de rigueur car techniquement ce n’est pas un film facile à réaliser et je félicite les jeunes acteurs de leur régularité. Tous avaient déjà eu au moins une expérience de tournage, je ne voulais pas me risquer avec des acteurs novices disons.

La bande originale signée Zombie Zombie apporte une vraie tension au film. C’est votre deuxième collaboration avec le groupe électro français, comment les avez-vous rencontrés ? J’ai connu ce groupe via leurs covers de Carpenter et j’ai beaucoup aimé leur travail. Du coup je les ai conviés à composer la bande son d’Irréprochable, et c’était un peu le rush pour eux car ils avaient à peine un mois pour tout enregistrer étant donné que le montage du film était déjà terminé. Vu qu’on avait très envie de retravailler ensemble on a remis ça pour l’Heure de la Sortie. Ils ont composé de A à Z les effets sonores, c’est-à-dire aussi bien des morceaux que de simples sons afin de donner une sonorité propre au film.

Une scène du film semble faire référence à La Nuit des Morts Vivants de Romero, c’est un réalisateur qui vous a influencé ? Evidemment, ce qui me plait dans les films de zombies c’est cette lenteur omniprésente d’un groupe de personnages maléfiques. C’est ce que j’ai essayé de retranscrire avec le groupe des enfants. Au-delà de Georges Romero, John Carpenter fut également une source d’inspiration pour moi avec notamment son œuvre Le Village des Damnés.

Quel est votre dernier coup de cœur cinématographique ? Jusqu’à la garde de Xavier Legrand m’a beaucoup plu. Le film évoque la violence parentale et bascule progressivement dans un genre terriblement angoissant grâce au effets sonores et visuels, c’est superbement exécuté. Depuis la sortie du film Grave de Julia Ducourneau je trouve qu’il y a une nouvelle génération de réalisateurs français qui innovent en matière de film de genre et c’est vraiment intéressant.

*À l’heure de la publication de cet article, aucune date de sortie Suisse n’a encore été annoncée, on croise les doigts ceci dit !