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Publié par le 14.03.2018

Interviewer Chinois Marrant aka Bun Hay Mean s’apparente à un shoot au gaz hilarant. Propice à la formule, prodigue à la réplique, ce comique ayant foulé les planches du Jamel Comedy Club vanne comme il respire, affûte des calembours et piétine les plates bandes de l’insipide avec un phrasé panaché à flanquer de l’urticaire à une escouade de comiques en herbe. Son bagout brut de décoffrage fait sauter les verrous de la comédie. Ici, l’humour est corrosif, excessif, décoiffant, taillé dans l’éclatant. Il y drille son auditoire avec spontanéité, passe les clichés au rayon X et flingue sur tous les fronts : racisme, homophobie, religion, politique, stéréotypes du quotidien. Le tir est continu, fourni par un Bun Hay Mean égrenant les blagues à la même vitesse que Bruce Lee les allers-retours de nunchaku. Stand-up, sketchs et digressions incessantes, tout est désopilant, à pleurer de rire, à se tordre de plaisir, les adjectifs pourraient s’empiler sans y trouver à redire. Toujours est-il que par sa faute nos zygomatiques sont soumis à la plus délectable des tortures : entre fou rire et délire qu’on se réjouit de subir à nouveau le 16 mars prochain au Théâtre du Léman. Ping-pong verbal avec un comique sensible, irrésistible et à l’humour caustique.

Bun Hay Mean ? Traduction ?
Avant de fuir le Cambodge dans les années 70 sous le régime du dictateur Pol Pot, mon père était pêcheur. Bun Hay signifie ainsi : le bonheur qui vient de la mer. Mon nom de famille est en fait Ly, et pas Mean mais mes parents ont passé pas mal de temps en centres de réfugiés. Et c’est à force d’entendre « what does it mean ? » que mon père a décidé qu’on s’appellerait ainsi.

Votre histoire familiale, un véritable périple humain que vous partagez à travers diverses thématiques abordées dans votre spectacle…
Mes grands-parents avaient déjà fui la Chine, puis mes parents le Cambodge. Ce sont des espèces d’intermittents de la vie. Je dois avoir dans mes gènes cette notion d’étranger qui est ancrée. J’ai grandi en France et je dois dire que j’ai plutôt vécu une discrimination positive. Certains termes peuvent blesser les gens. J’essaie toujours de dédramatiser.

Vous avez pourtant un langage loin d’être châtié, plutôt cru…
Je suis comme ça. Je n’ai pas envie de mettre des mots qui ne sont pas les miens. Quand je suis sur scène, je fais du stand-up, c’est de l’impro, du spontané ! On me fait souvent des remarques, d’enlever certaines expressions. Mais, je parle comme as (verlan de comme ça). Je n’ai pas envie de me dire que je filtre mes mots, j’aurais peur de dénaturer mes pensées.

Bun Hay Mean, le Chinois marrant, humoriste et comédien franco-cambodgien, au théâtre du léman, genève

Comment se travaille le stand-up ?
Je ne cherche pas des idées, je suis davantage une forme d’antenne. J’écoute et je laisse les vannes venir. Elles sont dans l’air, dans le temps et je laisse mûrir les choses. Je fais aussi des cures de méditation, des retraites de silence de deux-trois jours. Sans téléphone, ni contact social, je me retrouve seul avec moi-même. C’est l’une des principales peurs chez les gens : se retrouver seul avec soi-même. Je commence à connaître mes défauts. Parfois, j’ai été lâche ou méchant, j’essaie d’analyser et de comprendre pourquoi et de travailler sur ces failles. Moi je suis un cancre, j’ai besoin de commettre les mêmes erreurs plusieurs fois avant de les arrêter (rires).

Des anecdotes marquantes sur scène ?
Dernièrement, il y avait une très jolie fille au premier rang dans le public. Elle m’a dit être célibataire depuis trois ans, donc je lui ai demandé comment c’était possible. Elle m’a répondu que c’était parce qu’elle avait été en prison. Ça plombe forcément l’ambiance. J’ai dédramatisé la situation et j’ai trouvé le moyen de rebondir en jouant sur les expériences rares qu’on pouvait vivre derrière des barreaux.

Vous n’avez peur de rien sur les planches ?
Non, tout peut arriver. Il y a peu aussi, une femme au premier rang reçoit un appel sur son téléphone. Je bondis pour répondre à sa place. C’était sa fille. Je lui réponds que je suis en train de la ken (faire l’amour) à sa mère et qu’il faut rappeler plus tard. Mais le téléphone sonne à nouveau et on apprend que le mari a eu un malaise, une crise de cardiaque. C’était difficile. Il y a eu un gros froid. Je me suis arrangé pour qu’elle parte en prenant mon numéro et qu’il me donne des nouvelles. Pendant le rappel, j’apprends en coulisse que le père est en vie et qu’il va bien. J’en ai parlé au public en invitant la famille à revenir revoir mon spectacle en entier et qu’on prévoira cette fois une ambulance !

Votre actualité ?
J’écris des films. Je suis surtout en train d’écrire mon deuxième spectacle prévu pour 2019. Je sais c’est long, mais ça prend du temps, j’ai rencontré beaucoup de personne dont les histoires m’ont ému et dont j’aimerais parler.

RÉSERVER

Bun Hay Mean dans Chinois Marrant
Le 16 mars à 20h30
Théâtre du Léman
19, quai du Mont-Blanc
1201 Genève

Théâtre du Léman | Quai du Mont-Blanc, 19